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Histoire de Charles XII, roi de Suède : avec des notes grammaticales et un vocabulaire suffisant ; à l'usage des écoles / par Voltaire
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HISTOIRE DK CHARLES XII.

Le grand-seigneur fit alors revenir d'Alep Baltagi Mehemel,hacha de Syrie, qui avait déjà été grand - visir avant Chour-louli. Les haltagis du sérail, ainsi nommés de balta qui signifiecognée, sont des esclaves qui coupent le bois pour l'usage desprinces du sang ottoman et des sultanes. Ce visir avait étéfraltagi dans sa jeunesse, et en avait toujours retenu le nom,selon la coutume des Turcs, qui prennent sans rougir le nomde leur première profession, ou celle de leur père, ou du liende leur naissance.

Dans le temps que Baltagi Mehemet était valet dans lesérail, il fut assez heureux pour rendre quelques petits ser-vices au prince Achrnet, alors prisonnier d’état sous l’empirede son frère Mustapha: on laisse aux grinces du sang ottoman,pour leurs plaisirs, quelques femmes dun âge à ne plus avoird'enfans (et cet âge arrive do bonne heure en Turquie), ruais,assez belles encore pour plaire. Achrnet, devenu sultan, donnaune de ses esclaves qu’il avait beaucoup aimée en mariage ilBaltagi Mehemet. Cette, femme, par ses intrigues, fit son marigrand-visir; une autre intrigue le déplaça, et une troisième le;lit encore grand-visir.

Quand Baltagi Mehemet vint recevoir le bul de l’empire,il trouva le parti du roi de Suède donrinant dans le sérail.La sultane validé, Ali Coumourgi, favori du grand-seigneur,le kislar aga, chef des eunuques noirs, et l’aga des janissaires,voulaient la gtrerre contre le czar: le sultan y était déterminé,Le premier ordre qu’il donna au grand-visir fut d’aller com-battre les Moscovites avec deux cent mille hommes. BaltagiMehemet n’avait jamais fait la guerre; mais ce n’était pointun imbécille, comme les Suédois méconten? .de lui l’ont repré-senté. Il dit au grand-seigneur, en recevant de sa mai»un sabre garni de pierreries: „Ta hautesse sait que j’ai étéélevé à me servir d’une hache pour fondre du bois, et no»d’une épée pour commander tes armées: je tâcherai de te bienservir; mais, si je ne réussis pas, souviens-toi que je t’aisupplié de ne me le point imputer.* 1 Le sultan l’assura deson amitié, et le visir se prépara à obéir.

La première démarche de la Porte ottomane fut de mettre >au château des Sept-Tonrs l’ambassadeur moscovite. La cou-tume des Turcs est de commencer ( 1S ) d’abord par faire arrêterles ministres des princes auxquels ils déclarent la guerre: ob-servateurs de l’hospitalité en tout le reste, ils violent en celale droit le plus sacré des nations. Ils commettent cette in-justice sous prétexte d’équité, s’imaginant, ou voulant fairecroire qu’ils n’entreprennent jamais que de justes guerres,