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HISTOIRE DE CHARLES XII.
Le czar, sîir du prince de Moldavie, ne s’attendait pas queles Moldaves dussent lui manquer: mais souvent le prince etles sujets ont des intérêts très différons. Ceux-ci aimaient la ,domination turque, qui n’est jamais fatale qu’aux grands, et :qui affecte de la douceur pour les peuples tributaires; ils re-doutaient les chrétiens, et sur-tout les Moscovites, qui lesavaient toujours traités avec inhumanité: ils portèrent toutes ileurs provisions à l’année ottomane. Les entrepreneurs quis’étaient engagés à fournir des vivres aux Moscovites exécu-tèrent avec le grand-visir le marché même qn’ils avaient fait Iavec le czar. Les Vainques, voisins des Moldaves, montrèrentaux Turcs la même affection; tant l’ancienne idée de la bar- |barie moscovite avait aliéné tous les esprits.
^ Le czar ainsi trompé dans ses espérances, peut-être troplégèrement prises, vit tout d’un coup son armee sans vivreset sans fourrages. Les soldats désertaient par troupes (“), etbientôt cette armée se trouva réduite à moins de trente millehommes près de périr de misère. Le czar éprouvait sur lePruth, jpour s’être livré à Canteinir, ce que Charles XII avaitéprouve a Pnltava pour avoir trop compté sur Mazeppa. Ce- ipendant les Turcs passent la rivière, enferment les Russes, etforment devant eux un camp retranché. Il est surprenant quele czar ne disputa point le passage de la rivière, ou du moinsqu'il ne répara pas cette faute en livrant bataille aux Turcsimmédiatement après le passage, au lieu de leur donner letemps de faire périr son armée de faim et de fatigue. Ilsemble que ce prince lit dans cette campagne tout ce qu’ilfallait pour être perdu; il se trouva sans provisions, ayant larivière de Pruth derrière lui, cent cinquante mille Turcs devantlui, et quarante mille Tartares qui le harcelaient continuelle-ment à droite et à gauche. Dans cette extrémité il dit publi-quement: „Me voilà du moins aussi mal que mon frère Charles1 était à Pnltava."
' Le comte Poniatowski, infatigable agent du roi de Suède,était dans l’armée du grand-visir avec quelques Polonais etquelques Suédois, qui tous croyaient la perte du czar in- ■évitable.
Dès que Poniatowski vit qne les armées seraient infail-liblement en présence, il le manda au roi de Suède, qui partitaussitôt de Bender, suivi de quarante officiers, jouissant paravance du plaisir de combattre l’empereur moscovite. Aprèsbeaucoup de pertes et de marches ruineuses, le czar, poussévers le Pruth, n’avait pour tout retranchement que des chevauxde frise et des chariots: quelques troupes de janissaires et de