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Histoire de Charles XII, roi de Suède : avec des notes grammaticales et un vocabulaire suffisant ; à l'usage des écoles / par Voltaire
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LIVRE VI.

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Fabrice, se mit en colère contre scs prêtres, et leur dit qu’illes avait pris pour faire les prières et non pour lui direleurs avis.

Le général Hord et le général Dardoff, dont le sentimentavait toujours été de ne pas tenter un combat dont la suitelie pouvait être que funeste, montrèrent au roi leurs estomacscouverts de blessures reçues à son service; et l’assurant qu’ilsétaient prêts à mourir pour lui, ils le supplièrent que ce fûtau moins dans une occasion plus nécessaire. „Je sais, par vosblessures et par les miennes, leur dit Charles XII, que nousavons vaillamment combattu ensemble; vous avez fait votredevoir jusqu’à présent, faites-Ie encore aujourd’hui.“ II n’yeut plus alors qu’à obéir; chacun eut honte de ne pas chercherà mourir avec le roi. Ce prince, préparé à l’assaut, se flattaiten secret du plaisir et de l'honneur de soutenir avec trois centsSuédois les efforts de toute une armée. II plaça chacun àson poste: son chancelier Mnllern, le secrétaire Êmpreus, etles clercs devaient défendre la maison de la chancellerie ; lebaron Fief, à la tète des officiers de la bouche, était à unautre poste: les palefreniers, les cuisiniers, avaient un autreendroit à garder; car avec lui tout était soldat. Il courait àcheval de ses retrancheinens à sa maison, promettant des ré-compenses à tout le monde, créant des officiers, et assurantde faire capitaines les moindres valets qui combattraient aveccourage.

On ne fut pas long-temps sans voir l’armée des Turcs etdes Tartares qui venaient attaquer le petit retranchement avecdix pièces de canon et deux mortiers; les queues de chevalflottaient en l’air, les clairons sonnaient, les cris de Alla, Allase faisaient entendre de tous côtés. Le baron de Grothusenremarqua que les Turcs ne mêlaient dans leurs cris aucune injurecontre le roi, et qu’ils l’appelaient seulement demirbash, têtede fer ( 13 ). Aussitôt il prend le parti de sortir seul sans armesdes retrancheinens : il s'avança dans les rangs des janissaires,qui presque tous avaient reçu de l’argent de lui: Eh quoi!mes amis, leur dit-il en propres mots, venez-vous massacrertrois cents Suédois sans défense? vous, braves janissaires, quiavez pardonné à cent mille Russes quand ils vous ont criéananan (pardon), avez-vous oublié les bienfaits que vous avezreçus de nous? et voulez-vous assassiner ce grand roi de Suèdeque vous aimez tant, et qui vous a fait tant de libéralités?Mes amis, il ne demande que trois jours, et les ordres du sul-tan ne sont pas si sévères qu’on vous le fait croire. 11

Ces paroles firent un effet que Grothusen n’attendait pas