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Histoire de Charles XII, roi de Suède : avec des notes grammaticales et un vocabulaire suffisant ; à l'usage des écoles / par Voltaire
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HISTOIRE DE CHARLES XII.

étaient entrés par une fenêtre, et s’étaient rendus maîtres detous les appartenons, à la réserve d’une grande salle où lesdomestiques du roi s’étaient retirés. Cette salle était heureu-sement près de la porte par où le roi voulait entrer avec sapetite troupe de vingt personnes: il s’était jeté en bas de soncheval le pistolet et l’épée à la main, et sa suite en avait faitautant.

Les janissaires tombent sur lui de tous côtés; ils étaientanimés par la promesse qu’avait faite le bacha de huit ducatsd’or à chacun de ceux qui auraient seulement touché son ha-bit, en cas qu’on pût le prendre. Il blessait et il tuait tousceux qui s’approchaient de sa personne. Un janissaire qu’ilavait blessé lui appuya son mousqueton sur le visage; si lebras du Turc n’avait fait un mouvement, causé par la foulequi allait et qui venait comme des vagues, le roi était mort:la balle glissa sur son nez, lui emporta un bout de l’oreille,et alla casser le bras au général Hord, dont la destinée étaitd’être toujours blessé à côté de son maître.

Le roi enfonça son épée dans l’estomac du janissaire; enmême temps ses domestiques, qui étaient enfermés dans lagrande salle, en ouvrent la porte : le roi entre comme un trait,suivi de sa petite troupe; on referme la porte dans l’instant,et on la barricade avec tout ce qu’on peut trouver. VoilàCharles XII dans cette salle enfermé avec toute sa suite, quiconsistait en près de soixante hommes,.officiers, gardes, secré-taires, valets de chambre, domestiques de toute espèce.

Les janissaires et les Tartares pillaient le reste de lamaison, et remplissaient les appartemens. „AUons un peuchasser de chez moi ces barbares," dit-il; et se mettant à latête de son monde, il ouvrit lui-même la porte de la salle quidonnait (“) dans son appartement à coucher; il entre, et faitfeu sur ceux qui pillaient.

Les Turcs, chargés de butin, épouvantés de la subite ap-parition de ce roi qu’ils étaient accoutumés à respecter, jettent-leurs armes, sautent par la fenêtre, ou se retirent jusque dansles caves: le roi proiitant de leur désordre, et les siens ani-més par le succès, poursuivent les Turcs de chambre enchambre, tuent ou blessent ceux qui ne fuient point, et en unquart-d’heure nettaient la maison d’ennemis.

Le roi aperçut, dans la chaleur du combat, deux janis-saires qui se cadraient sous son lit; il en tua un d’un coupd’épée; l’autre lui demanda pardon en criant nmmnn. „Jete donne la vie, dit le roi au Turc, à condition que tu irasfaire au baoha un fidèle récit de ce que tu as vu." Le Turc