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Histoire de Charles XII, roi de Suède : avec des notes grammaticales et un vocabulaire suffisant ; à l'usage des écoles / par Voltaire
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HISTOIRE DE CHARLES XII.

pagnait le chariot du roi de Suède. Le hacha le dit h Fabrice:celui-ci, s'approchant du chariot de Charles XII, lui appritqu’il n’était pas le seul roi prisonnier entre les mains desTurcs, et que Stanislas était, a quelques milles de lui, con-duit par des soldats. „Courez à lui, mon cher Fabrice, luidit Charles sans se déconcerter d’un tel accident; dites-luibien qu’il ne fasse jamais de paix avec le roi Auguste; assu-rez-le que dans peu nos aifaires changeront. 11 Telle étaitl’inflexibilité de Charles dans ses opinions, que, tout ( s ) aban-donné qu’il était en Pologne, tout poursuivi dans ses propresétats, tout captif dans une litière turque, conduit prisonniersans savoir où on le menait, il comptait encore sur sa fortune,et espérait toujours un secours de cent mille hommes de laPorte ottomane. Fabrice courut s’acquitter de sa commission,accompagné d’un janissaire, avec la permission du hacha. 11trouva à quelques milles le gros de soldats qui conduisaientStanislas: il s’adressa au milieu d’eux à un cavalier vêtu à lafrançaise (°) et assez mal monté, et lui demanda en allemandoù était le roi de Pologne. Celui à qui il parla était Stanis-las lui-même, qu’il n’avait pas reconnu sous ce déguisement.„Eh quoi! dit le roi, ne vous souvenez-vous donc plus demoi?“ Alors Fabrice lui apprit le triste état où était le roide Suède, et la fermeté inébranlable, mais inutile, de sesdesseins.

Quand Stanislas fut près de Bender, le bacha qui revenait,après avoir accompagné Charles XII quelques milles, envoyaau roi polonais un cheval arabe avec un harnais magnifique.

Il fut reçu dans Bender au bruit de l’artillerie; et, à laliberté près qu’il n’eut pas d’abord, il n’eut point à se plaindredu traitement qu’on lui fit. Cependant on conduisait Charlessur le chemin d’Andrinople. Cette ville était déjà remplie dubruit de son combat. Les Turcs le condamnaient et l’admiraient;mais le divan irrité menaçait déjà de le reléguer dans uneîle de l’Archipel.

Le roi de Pologne, Stanislas, qui m’a fait l’honneur dem’apprendre la plupart de ces particularités, m’a confirmé aussiqu’il fut proposé dans le divan de le confiner lui-même dansune île de la Grèce; mais quelques mois après le grand-seigneur adouci le laissa partir.

M. Désaleurs, qui aurait pu prendre son parti, et empêcherqu’on ne fît cet affront aux rois chrétiens, était à Constanti-nople, aussi-bien que M. Poniatowski, dont on craignait tou-jours le génie fécond en ressources. La plupart des Suédoisrestés dans Andrinopte étaient en prison. Le trône du sultan