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Histoire de Charles XII, roi de Suède : avec des notes grammaticales et un vocabulaire suffisant ; à l'usage des écoles / par Voltaire
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HISTOIRE DK CHARLES XII.

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visir répliqua sèchement que son maître savait donner quandil voulait, et qu’il était au-dessous de sa dignité de prêter;qu’on fournirait au roi abondamment ce qui était nécessairepour son voyage, d’une manière digne de celui qui le renvoyait;que peut-être même la Porte lui ferait quelque présent en ornon monnayé, mais qu’on n'y devait pas compter.

Enfin, le premier octobre 1714, le roi de Suède se miten route pour quitter la Turquie: un capigi bacha avec sixchiaoux le vinrent prendre au château de Démirtash, où ceprince demeurait depuis quelques jours: on lui présenta de lapart du grand-seigneur une large tente d’écarlate brodée d’or,un sabre avec nne poignée garnie de pierreries, et huit chevauxarabes d’une beauté parfaite, avec des selles superbes, dont lesétriers étaient d’argent massif. Il n’est pas indigne de l’histoirede dire qu’un écuyer arabe, qui avait soin de ces chevaux,donna au roi leur généalogie; c’est un usage établi depuislong-temps chez ces peuples, qui semblent faire beaucoup plusd’attention à la noblesse des chevaux qu’à celle des hommes;ce qui peut-être n’est pas si déraisonnable, puisque chez lesanimaux les races dont on a soin, et qui sont sans mélange,ne dégénèrent jamais.

Soixante chariots chargés de toutes sortes de provisions,et trois cents chevaux, formaient le convoi. Le capigi bacha,sachant que plusieurs Turcs avaient prêté de l’argent aux gensde la suite du roi à un gros intérêt, lui dit que l’usure étantcontraire à la loi mahoinétane, il suppliait sa majesté de li-quider toutes ses dettes, et d’ordonner au résident qu’il laissaità Constantinople de ne payer que le capital. ,,Non, dit leroi, si mes domestiques ont donné des billets de cent écus,je veux les payer, quand ils n’en auraient reçu que dix.“

Il lit proposer aux créanciers de le suivre avec l’assu-rance d’être payés de leurs frais et de leurs dettes. Plusieursentreprirent le voyage de Suède, et Grothusen eut soin qu’ilsfussent payés.

Les Turcs, afin de montrer plus de déférence pour leurhôte, le faisaient voyager à très petites journées; mais cettelenteur respectueuse gênait l’impatience du roi: il se levaitdans la route à trois heures du matin, selon sa coutume; dèsqu’il était habillé il éveillait lui-même le capigi et les chiaoux,et ordonnait la marche au milieu de la nuit noire. La graviteturque était dérangée par cette manière nouvelle de voyager;mais le roi prenait plaisir à leur embarras, et disait qu’il sevengeait un peu de l’aifaire de Bender.

Tandis qu’il gagnait les frontières des Turc.3, Stanislas