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HISTOIRE DE CHARLES XII.
d'un officier allemand, et courut la poste à cheval avec soncompagnon de voyage.
II évita dans sa route, autant qu’il le put, les terres dases ennemis déclarés et secrets, prit son chemin par la Hon-grie, la Moravie, l’Autriche, la Bavière, le Virtemberg, le Pala-tinat, la Vestphalie, et le Meckelbourg: ainsi il fit presque letour de l’Allemagne, et alongea son chemin de la moitié. Ala lin de la première journée, après avoir couru sans relâche,le jeune During, qui n’était pas endurci à ces fatigues exces-sives comme le roi de Suède, s’évanouit en descendant decheval: le roi, qui ne voulait pas s’arrêter un moment sur laroute, demanda à During, quand celui-ci fut revenu à lui,combien il avait d’argent: During ayant répondu qu’il avaitenviron mille écus en or: „Donne-m’en la moitié, dit le roi;je vois bien que tu n’es pas en état de me suivre, j’achevevaila route tout seul . 14 During le supplia de daigner se reposerdu moins trois heures, l’assurant qu’au bout de ce temps ilserait en état de remonter à cheval et de suivre sa majesté; ille conjura de penser h tous les risques qu’il allait courir: leroi, inexorable, se lit donner les cinq cents écus, et demandades chevaux ; alors During, elt’rayé de la résolution du roi,s’avisa d’un stratagème innocent; il tira h part le maître dela poste, et lui montrant le roi de Suède: „Cet homme, luidit-il, est mon cousin ; nous voyageons ensemble pour la mêmeaffaire; il voit que je suis malade, et ne veut pas seulementm’attendre trois heures; donnez-lui, je vous prie, le plusméchant cheval de votre écurie, et cherchez-moi quelque chaiseou quelque chariot de poste . 44
Il mit deux ducats dans la main du maître de la poste,qui satisfit exactement à tontes ses demandes. On donna auroi un cheval rétif et boiteux. Ce monarque partit seul àdix heures du soir dans cet équipage, au milieu d’une nuitnoire, avec le vent, la neige et la pluie. Son compagnon devoyage, après avoir dormi quelques heures, se mit en routedans un chariot traîné par de forts chevaux. A quelquesmilles il rencontra au point du jour le roi de Suède, qui,ne pouvant plus faire marcher sa monture, s’en allait de sonpied gagner la poste prochaine.
Il fut forcé de se mettre sur le chariot de During; il dor-mit sur de la paille: ensuite ils continuèrent leur route, cou-runt à cheval le jour, et dormant sur une charrette la nuit,sans s’arrêter en aucun lieu.
Après seize jours de course, non sans danger d’être arre-