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Histoire de Charles XII, roi de Suède : avec des notes grammaticales et un vocabulaire suffisant ; à l'usage des écoles / par Voltaire
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HISTOIRE DE CHARLES XII.

plus le grand projet du baron de Gortz s’avancait vers lesuccès. Il négociait cependant avec tous les princes confé-dérés pour mieux cacher ses intrigues secrètes. Le czar lesamusait tous aussi par des espérances. Charles XII cependantétait en Norvège avec son beau-frère le prince de Hesse, àla tête de vingt mille hommes: la province n’était gardée quepar onze mille Danois divisés en plusieurs corps, que le roiet le prince de Hesse passèrent au fil de l’épée.

Charles avança jusqu’à Christiania, capitale de ce royau-me: la fortune recommençait à lui devenir favorable dans cecoin du monde; mais jamais le roi ne prit assez de précau-tions pour faire subsister ses troupes. Une armée et uneflotte danoises ( l0 ) approchaient pour défendre la Norvège;Charles, qui manquait de vivres, se retira en Suède, atten-dant l’issue des vastes entreprises de son ministre.

Cet ouvrage demandait un profond secret et des prépa-ratifs immenses, deux choses assez incompatibles. Gortz litchercher jusque dans les mers de l’Asie un secours, qui, toutodieux qu’il paraissait, n’en eût pas été moins utile pour unedescente en Ecosse, et qui du moins eût apporté en Suèdede l’argent, des hommes, et des vaisseaux.

Il y avait long-temps que des pirates de tontes nations,et particulièrement des Anglais, ayant fait entre eux une as-sociation, infestaient les mers de l’Europe et de l’Amérique:poursuivis par-tout sans quartier, ils venaient de se retirersur les côtes de Madagascar, grande île à l’orient de l’Afrique.C’étaient des hommes désespérés, presque tous connus pardes actions auxquelles il ne manquait que de la justice pourêtre héroïques. Ils cherchaient un prince qui voulût les rece-voir sous sa protection; mais les lois des nations leur fer-maient tous les ports du monde.

Dès qu’ils surent que Charles XII était retourné en Suède,ils espérèrent que ce prince passionné pour la guerre, obligede la faire, et manquant de flotte et de soldats, leur feraitune bonne composition; ils lui envoyèrent un député, quivint en Europe sur un vaisseau hollandais, et qui alla propo-ser au baron de Gortz de les recevoir dans le port de Got-tembourg, où ils offraient de se rendre avec soixante vais-seaux chargés de richesses.

Le baron fit agréer au roi la proposition; on envoyamême l’année suivante deux gentilshommes suédois, l’un nom-mé Cromstroin, et l'autre Mendal, pour consommer la négo-ciation avec ces corsaires de Madagascar. On trouva depuisun secours plus noble et plus important dans le cardinal Al-