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Histoire de Charles XII, roi de Suède : avec des notes grammaticales et un vocabulaire suffisant ; à l'usage des écoles / par Voltaire
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LIVRE VIII.

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béroni, puissant génie, qui a gouverné l’Espagne assez long-temps pour sa gloire, et trop peu pour la grandeur de cetétat.

II entra avec ardeur dans le projet de mettre le lils deJacques II sur le trône d’Angleterre. Cependant, comme ilne venait que de mettre le pied dans le ministère, et qu'ilavait l’Espagne à rétablir avant que de songer à bouleverserd’autres royaumes, il semblait qu’il ne pouvait de plusieursannées mettre la main h cette grande machine; mais en moinsde deux ans on le vit changer la face de l’Espagne, lui ren-dre son crédit dans l’Europe, engager, à ce qu’on prétend,les Turcs à attaquer l’empereur d’Allemagne, et tenter enmême temps d’ôter la régence de France au duc d’Orléans,et la couronne de la Grande-Bretagne au roi George; tantun seul homme est dangereux, quand il est absolu dans unpuissant état, et qu’il a de la grandeur et du courage dansl’esprit !

Gortz ayant ainsi dispersé à la cour de Moscovie et àcelle d’Espagne les premières étincelles de l’embrasement qu’ilméditait, alla secrètement eu France, de là en Hollande, oùil vit les adhérons du prétendant.

II s’informa plus particulièrement de leurs forces, dunombre et de la disposition des inécontens d’Angleterre, del’argent qu’ils pouvaient fournir, et des troupes qu’ils pou-vaient mettre sur pied. Les inécontens ne demandaient qu’unsecours de dix mille hommes, et faisaient envisager une ré-volution sûre avec l’aide de ces troupes.

Le comte de Gyllembourg, ambassadeur de Suède enAngleterre, instruit par Je baron de Gortz, eut plusieurs con-férences à Londres avec les principaux inécontens; il les en-couragea, et leur promit tout ce qu’ils voulurent: le parti duprétendant alla jusqu’à fournir des sommes considérables queGortz toucha (**) en Hollande. Il négocia l’achat de quel-ques vaisseaux, en acheta six en Bretagne avec des armes detoute espèce.

Il envoya alors secrètement en France plusieurs officiers,entre autres le chevalier de Folard, qui, ayant fait trentecampagnes dans les armées françaises, et y ayant fait "peu defortune, avait été depuis peu offrir ses services au roi deSuède, moins par des vues intéressées que par le désir deservir sous un roi qui avait une réputation si étonnante. Lechevalier de Folard espérait d’ailleurs faire goûter à ce princeles nouvelles idées qu’il avait sur la guerre; il avait étudiétoute sa vie cet art eu philosophe, et il a depuis communi-