LIVRE VIH.
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léans, résout de France: il avait des espions dans tout l’Eu-rope. Ce genre d’hommes dont le métier est de vendre lesecret de leurs amis, et qui subsiste de délations, et souventmême de calomnies, s’était tellement multiplié en France sousson gouvernement, que la moitié de la nation était devenuel’espion de l’autre. Le duc d’Orléans, lié avec le roi d’An-gleterre par des engagemens personnels, lui découvrit lesmenées qui se tramaient contre lui.
Dans le même temps les Hollandais, qui prenaient desombrages de la conduite de Gortz, communiquèrent leurssoupçons au ministre anglais. Gortz et Gyllembourg pour-suivaient leurs desseins avec chaleur, lorsqu’ils furent arrêtéstous deux, l’un à Deventer en Gucldre, et l’autre à Londres.
Comme Gyllembourg, ambassadeur de Suède, avait violéle droit des gens en conspirant contre le prince auprès du-quel il était envoyé, on viola sans scrupule le même droit ensa personne; mais on s’étonna que les états-généraux, par unecomplaisance inouïe pour le roi d’Angleterre, missent en pri-son le baron de Gortz: ils chargèrent même le comte deWeldexen de l’interroger. Cette formalité ne fut qu’un outragede plus, lequel devenant inutile ne tourna qu’à leur confu-sion. Gortz demanda au comte de Welderen s’il était connude lui. ,,Oui, monsieur, répondit le Hollandais." „Hé bien,dit le baron de Gortz, si vous me connaissez, vous devezsavoir que je ne dis que ce que je veux." L’interrogatoirene fut guère poussé plus loin: tous les ambassadeurs, maisparticulièrement le marquis de Monteléon, ministre d’Espagneen Angleterre, protestèrent contre l’attentat commis enversla personne de Gortz et de Gyllembourg. Les Hollandaisétaient sans excuse; ils avaient non seulement violé un droitsacré en arrêtant le premier ministre du roi de Suède, quin’avait rien machiné contre eux, mais ils agissaient directe-ment contre les principes de cette liberté précieuse qui aattiré chez eux tant d’étrangers, et qui a été le fondement deleur grandeur.
A l’égard du roi d’Angleterre il n’avait rien fait que dejuste en arrêtant prisonnier un ennemi. 11 lit pour sa justi-iication imprimer les lettres du baron de Gortz et du comtede Gyllembourg trouvées dans les papiers du dernier. Le roide Suède était alors dans la province de Scanie; on lui ap-porta ces lettres imprimées, avec la nouvelle de l’enlèvementde ses deux ministres: il demanda en souriant si on n’avaitpas aussi imprimé les siennes. 11 ordonna aussitôt qu’on arrê-tât à Stockholm le résident anglais avec toute sa famille et