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HISTOIRE DE CHARLES XII.
ses domestiques: il défendit sa cour au résident hollandais,qu’il fit garder a vue. Cependant il n’avoua ni ne désavouale baron de Gortz: trop fier pour nier une entreprise qu’ilavait approuvée, et trop sage pour convenir d’un desseinéventé presque dans sa naissance, il se tint dans un silencedédaigneux avec l’Angleterre et la Hollande.
Le czar prit tout un autre parti. Comme il n’était pointnommé, mais obscurément impliqué dans les lettres de Gyl-lembourg et de Gortz, il écrivit au roi d’Angleterre une longuelettre pleine de complimens sur la conspiration, et d’assuran-ces d’une amitié sincère : le roi George reçut ses protestationssans les croire, et feignit ( Iz ) de se laisser tromper. Uneconspiration tramée par des particuliers quand elle est décou-verte est anéantie; mais une conspiration de vois n’en prendque de nouvelles forces. Le czar arriva à Paris au mois demai de la même année 1717: il ne s’y occupa pas unique-ment à voir les beautés de l’art et de la nature, à visiter lesacadémies, les bibliothèques publiques, les cabinets des curieux,les maisons royales; il proposa au duc d’Orléans, régent deFrance, un traité dont l’acceptation eût pu mettre le combleà la grandeur moscovite. Son dessein était de se réunir avecle roi de Suède, qui lui cédait de grandes provinces, d’ôterentièrement aux Danois l’empire de la mer Baltique, d’aifai-blir les Anglais par une guerre civile, et d’attirer à la Mos-covie tout le commerce du nord: il ne s’éloignait pas mêmede remettre le roi Stanislas aux prises avec le roi Auguste,afin que le feu étant allumé de tous côtés, il pût courir pourl’attiser on pour l’éteindre, selon qu’il y trouverait ses avan-tages. Dans ces vues il proposa au régent de France la mé-diation entre la Suède et la Moscovie, et de plus une allianceoffensive et défensive avec ces couronnes et celles d’Espagne.Ce traité, qui paraissait si naturel, si utile à ces nations, etqui mettait dans leurs mains la balance de l’Europe, ne futcependant pas accepté du duc d’Orléans : il prenait précisémentdans ce temps des engagemens tous contraires ; il se liguait avecl’empereur d’Allemagne et George d’Angleterre. La raisond’état changeait alors dans l’esprit de tous les princes au pointque le czar était près de se déclarer contre son ancien allié,le roi Auguste, et d’embrasser les querelles de Charles, sonmortel ennemi, pendant que la France allait, en faveur desAllemands et des Anglais, faire la guerre au petit-fils deLouis XIV, après l’avoir soutenu long-temps contre ces mêmesennemis aux dépens de tant de trésors et de sang. Toutce que le czar obtint par des voies indirectes fut que le régent