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VILLE DE PARIS. — PREMIER ARRONDISSEMENT. — N° 3. QUARTIER DE LA PLACE VENDOME.
qui s’empressaient d’échanger leur argent contre les billets du système,on transféra l’agiot sur la place Vendôme : « Là, dit Duclos , s’assem-blaient les plus vils coquins et les plus grands seigneurs, tous réunis etdeveuus égaux par l’avidité. » Mais le chancelier, incommodé du bruitqui se faisait sur cette place , demanda et obtint que le marché desbillets fût transféré ailleurs ; nous le retrouverons à l'hôtel de Soissous.
— Le I 3 juillet 1720, Law, intimidé par les menaces des porteurs de bil-lets que son système avait ruinés, se réfugia au Palais-Royal, où résidaitle régent, qui lui procura plus tard des moyens d’évasion.
En 100.7, le pape avant envoyé aux Capucines delà place Vendôme leprétendu corps de saint Ovide, ces religieuses célébrèrent la fête de cesaint, et exposèrent sa relique, qui attira chaque année un grand concoursd’amateurs. Des marchands ayant étalé divers objets devant l’église desCapucines, une ordonnance de police les obligea en 1764 à s’établir surla place Vendôme où on leur construisit des baraques eu charpente quifurent l’origine de la Foire St-Ovi(le. Cette foire s’ouvrait le 30 août, etétait très-fréquentée depuis la fin du jour jusqu’à minuit; il y avaitdeux jolies salles de spectacle, des bateleurs , des marionnettes et desmarchauds de bimbeloterie de toute espèce. En 177 I la foire St-Ovidefut transférée de la place Vendôme sur la place Louis XV, malgré lesclameurs des marchands qui se plaignirent vivement de celte trans-lation.
Louis XVI, en sortant du bâtiment des Feuillants, où il avait sé-journé le 11 et le 12 août, pour aller habiter la tour du Temple,traversa la place Vendôme, sur laquelle sa voiture fut arrêtée pendantquelque temps par la foule; il put y contempler la statue équestre deLouis XIV, renversée la veille de son piédestal par un décret de l’as-semblée législative.
Le 24 janvier 1793, jour des funérailles de Lepelletier de St-Far-geau, assassiné par le garde du corps Paris, le lit de mort de ce con-ventionnel fut placé sur le piédestal où s’élevait précédemment la sta-tue de Louis XIV. Quatre candélabres de forme antique entouraientce piédestal, sur lequel on voyait un lit , des draps ensanglantés ,et le corps de Michel Lepelletier découvert jusqu’à la ceinture, et lais-sant voir la large blessure qu’il avait reçue : la convention tout en-tière assista à son convoi.
Le général Bonnaire, qui défendit si vaillamment la place de Condéen -1813, traduit devant un conseil de guerre comme ayant participé aumeurtre du colonel hollandais Gourdon, qui s’était introduit dausCondé avec des proclamations des transfuges Bourmont et Clouet, et queles habitants de la ville avaient fouillé, fut condamné à la déportation etdégradé sur la place Vendôme, en présence de la colonne dont les bas-reliefs représentaient aux yeux de ses exécuteurs quelques-uns de sesglorieux faits d’armes. Le brave général Bonnaire ne put résister auchagrin que lui causa cette humiliation ; il mourut deux mois aprèsdans la prison de l’Abbaye.
Le piédestal mutilé de la statue de Louis XIV restait encore au milieude la place Vendôme, lorsque Napoléon conçut la pensée d’y ériger unmonument triomphal pour perpétuer les exploits de la grande armée dansla campagne de 1805. Le projet adopté fut celui d’une imitation de lala colonne Trajane dans des proportions plus fortes d’un douzième. Cetadmirable monument fut commencé le 23 août 1806, sous les ordres etpar les soins de MM. Denon, Goudouin et Lepère, et inauguré le tôaoût1810, jour de la fête de Napoléon. La colonne de la grande armée a71 m. de hauteur, y compris le piédestal, et 4 m. de diamètre ; le pié-destal a 7 m. d’élévation, et est entouré par un pavé et des gradins engranit de Corse. Le noyau, en pierre de taille, est revêtu de deux centsoixante-seize plaques de bronze ornées de bas-reliefs et disposées enspirale, représentant par ordre chronologique les principaux exploitsqui signalèrent la glorieuse campagne de 1805, depuis le départ destroupes du camp de Boulogne, jusqu’à la conclusion de la paix, après labataille d’Austerlitz. Dans l’intérieur est pratiqué un escalier à vis decent soixante-seize marches , par où l’on monte à une galerie pratiquéesur le chapiteau, au-dessus duquel s’élevait une espèce de lanterne quisupportait la statue pédestre de Napoléon en empereur romain, exécu-tée par Chaudet et fondue par Lemot. C’est, avec le bronze de douzecents canons pris sur l’ennemi que furent exécutés , sur les dessins de i
Bergeret, tous les bas-reliefs, dont plusieurs figures sont des portraits.Les quatre faces du piédestal offrent des trophées composés d’armesdiverses, de drapeaux et de costumes militaires ; aux angles sont placésquatre aigles qui soutiennent des guirlandes de chêne et de laurier. Audessus de la porte, deux Victoires tiennent une tablette sur laquelle on lit :
NEAPOLIO IMP. AUG. MONUMENTUK BELLI GERMANICIÀNNO M. D. CCC. V. TRIUESTRI SPATIO UÜCTU SUO PROFLIGATI.
EX ERE CAPTO GLORIE EXERCITUS MAXl.MI DICAVIT (l).
Par sa masse imposante et son heureuse position, cette colonne pro-duit un effet étonnant ; elle offre au centre d’un des plus beaux, quar-tiers de Paris un point de vue superbe, lorsqu’on la regarde des Tuile-ries et du boulevard ; si l’on s’en approche pour en examiner les détails,l’œil étonné reporte sur ce riche monument toute la magnificence despalais qui l’entourent. C’est un ensemble nouveau chez les peuplesmodernes, et, si l’on excepte Rome, aucune capitale de l’Europe n’enoffre même l’équivalent.
Le 31 mars 1814, les royalistes purs qui étaient allés au-devant dessouverains étrangers, dont les premières phalanges entrèrent à Parispar le faubourg St-Martin, se portèrent sur la place Vendôme, avec l’in-tention d’arracher de la colonne la statue de Napoléon, pour la traînerdans la fange des rues. M. Sosthènes de la Rochefoucauld réclama etobtint l’ignoble tâche d’attacher la corde au cou de cette image, qui de-vait lui rappeler son bienfaiteur et celui de sa famille : pendant cetteopération , Maubreuil versait à boire et distribuait de l’argent auxroyalistes que dirigeaitM. de Semallé. Mais, plus zélés qu’intelligents,les chefs de la bande s’étaient imaginé que lorsque le câble serait fixéà la statue, il leur suffirait de le faire tirer par des chevaux et de s’yatteler eux-mêmes pour en amener la chute. Ils se trompèrent ; la statuerésista à leurs sacrilèges efforts. Des tentatives infructueuses pour lafaire tomber se renouvelèrent sans succès pendant plusieurs jours dej suite. Exaspérés à la fin par leur impuissance, les royalistes allaientj employer la mine et faire sauter le monument tout entier, lorsque! l’autorité étrangère crut de son honneur d’intervenir et d’empêcher cet| actede vandalisme. Toutefois l’intention des souverains étrangers u’étaitpas de respecter la statue ; instruits que l’artiste qui l’avait fondue pos-sédait seul le secret de sa résistance, ils lui ordonnèrent sous peine demort de procéder à cette opération, et le 7 avril la statue de Napoléon,descendue de son glorieux piédestal, rentra dans les ateliers du fondeur.L’ordre qui enjoignait au sieur Delaunay, sous peine d-exécution mili-taire, de procéder sur-le-chairp à renlèvement de la statue, porte la datedu 4 avril 1814, et est signé du comte de Rochechouart; au bas onavait ajouté ces mots : à exécuter sur-le-champ, signé Pasqdier, préfetde police.
Une ordonnance royale du mois d’avril 1831, rendue aux applaudis-sements de la nation , décida que la statue de Napoléon serait replacéesur la colonne. Le programme enjoignait aux concurrents de représenterle héros vêtu à la moderne, en redingote et coiffé d’un chapeau à troiscornes, costume que le grand homme affectionnait et qu’il a rendu sij célèbre. L’exécution en fut confiée à M. Seurre. La statue, coulée enbronze par Crozatier, fut élevée sur la colonne le 20 juillet 1833 , etpompeusement inaugurée le 28 du même mois, en présence de la familleroyale et aux acclamations d’une foule immense.
VARIÉTÉS HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES.
Rue de la Chaussée-d’Antin, n° 9, M Ue Guimard, danseuse del’Opéra, célèbre par son luxe, sa maigreur, ses grâces et les actes debienfaisance de ses amants, avait fait bâtir, par l’architecte Ledoux, unemaison et un théâtre qu’on nommait le temple de Terpsichore. Maî-tresse en titre alors du prince de Soubise, le seigneur le plus dissolu dela cour, M ,le Guimard attirait dans son hôtel, par son luxe et par l’excel-lence de son goût, une foule nombreuse de philosophes, de beaux es-prits, d’artistes et de gens à talents de toute espèce ; elle y recevait, non
(i) Qui peut se traduire ainsi : «( Avec le bronze pris sur l’ennemi, Napoléon a faitélever ce monument à la gloire de la grande armée qui, en i8o5, a, sous (.es or dre» ,▼aincu l'Allemagne en trois mois. »