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VILLE DE PARIS. — PREMIER ARRONDISSEMENT. — N° 4. QUARTIER DES TUILERIES.
sous le poids de celte population toujours agitée, toujours trépignante.Depuis l’installation de l’assemblée conventionnelle aux. Tuileries jus-qu’à la réaction thermidorienne, la salle de la convention fut presqueconstamment le théâtre de combats que s’y livrèrent les partis qui di-visaient si malheureusement la représentation nationale. C’est danscette salle que défilèrent tous les bataillons de la levée en masse à mesurequ’ils parlaient pour l’armée. La salle de la convention fut le théâtre desirruptions populaires pendant les journées de germinal an iii; le t er prai-rial de la meme année, elle fut envahie par un peuple furieux de voirqu’on le conduisait à la contre-révolution ; dans sa fureur, il immola lereprésentant Ferraud, qui avait fait de grands efforts pour protéger la re-présentation nationale. Le peuple était maître de la convention, et déjà lesreprésentants qui faisaient cause commune avec lui avaient renduplusieurs décrets dans le sens de la révolution qui semblait s’opérer,lorsque les membres du parti contraire revinrent dans la salle, accom-pagnés des sections qui lui étaient dévouées ; une nouvelle lutte s’enga-gea, et eut pour résultat la condamnation à mort de cinq représentantsqui avaient fait cause commune avec le peuple, et la déportation deplusieurs autres. Le *13 vendémiaire an iv, les sections années, à l’ins-tigation des royalistes, envahissent les abords de la salle de la conven-tion , et sont dispersées par les troupes de ligne commandées par Barraset par Bonaparte, qui sauvèrent en ce jour la république du plus granddanger qu’elle eût encore couru. Le 4 brumaire suivant, la conventionnationale déclara sa mission finie, et sortit des Tuileries qu’elle avaitoccupés pendant plus de trois ans.
Le conseil des Anciens remplaça la convention dans la salle des Tuile-ries, que ce conseil quitta, pour n’y plus rentrer, le 18 brumaire an vm(9 novembre 1799).
Le 19 février 1800 (30 pluviôse), le premier consul Bonaparte quittale palais du Luxembourg et vint s’installer aux Tuileries, que ses deuxcollègues devaient habiter avec lui. Le consul Lebrun fut logé au pa-villon de Flore, qu’il céda au pape lorsqu’il vint sacrer l’empereur ; ilhabitait le petit appartement que la reine Marie-Antoinette avait faitarranger pour lui servir de pied à terre lorsqu’elle venait sans suiteà Paris. Quant au consul Cambacérès, il refusa de prendre placedans ce palais des rois, et dit à sou collègue Lebrun : « C’est une fauted’aller nous loger aux Tuileries; le général voudra bientôt y loger seul,il faudra alors en sortir ; mieux vaut ne pas y entrer. » Il n’y alla pas,et se fit donner le bel hôtel d’Elbeuf, situé sur la place du Carrousel,qu’il a gardé aussi longtemps que Napoléon a gardé l’empire. — Lepremier consul se rendit aux Tuileries , précédé et suivi d’un cortègeimposant. Arrivé au Carrousel, la voiture des consuls fut reçue par lagarde consulaire, rangée en bataille dans la cour du palais, qui était loind’être ce qu’elle est aujourd’hui : elle était entourée de planches et fortmal disposée; deux corps de garde, qui avaient probablement été éta-blis à l’époque de la révolution, existaient encore, et à leur entrée danscette cour, les consuls purent lire sur le corps de garde de droite, uneinscription ainsi conçue : le 10 août 1793, la royauté ex France estabolie et ne sk relèvera jamais 1.... Le 2 ventôse l’inscription avaitdisparu, et le même jour l’ordre fut donné d’abattre les deux arbres dela liberté qui avaient été plantés dans la cour. —Lors de l’attaque desTuileries, au 10 août, plusieurs boulets étaient restés incrustés dans lesmurs de la façade du palais ; autour de ces boulets on avait écrit 10 août;ils disparurent, ainsi que l’inscription, lors de la construction de l’arcdu Carrousel.
Sous l’empire, la salle de spectacle des Tuileries fut rendue à sa des-tination primitive, et restaurée sur les plans de M. Percier; elle est enforme d’ellipse allongée, et décorée d’un rang de colonnes ioniques sup-portant quatre arcs doubleaux, sur lesquels s’appuie une voûte en ca-lotte terminée en cul de four dans la partie opposée à la scène. La logedu roi, construite pour l’empereur, occupe le milieu, avec deux amphi-théâtres en forme de corbeille à droite et à gauche pour les dames ; leparterre, la galerie de plaiu-pied et le premier rang de loges sont réser-vés pour les familiers du château ; au rez-de-chaussée est un rang deloges grillées, et deux autres au-dessus de la galerie pour les invités.Cette salle est une des salles de spectacle de Paris le mieux distribuées,la plus riche et du meilleur goût ; elle sert pour les bals et pour les festins
de la cour, au moyen de constructions mobiles que l’on établit sur l’es-pace occupé par le théâtre, qui est beaucoup plus spacieux que la salle.
Le grand pavillon du côté du nord, appelé pavillon Marsan , doitson nom a la princesse de Marsan, sœur du maréchal de Soubise, gouver-nante des enfants de France sous Louis XV; il avait été disposé, sous larestauration, pour y loger le frère du roi, depuis Charles X, avec toutson service ; depuis la révolution de juillet, il a été approprié au loge-ment du duc d’Orléans, et est aujourd’hui occupé par la veuve de ceprince. Il contient deux grands appartements , l’un au rez-de-chausséeet l’autre au premier, indépendamment de plusieurs autres étages supé-rieurs destinés au reste de la maison.
Retournons au grand escalier : on entre à gauche dans la salle ditedes Maréchaux, qui occupe la totalité du pavillon du milieu. Cette sallea un balcon sur la cour et un autre sur le jardin ; elle renferme unesuite de portraits en pied des maréchaux de France, et plusieurs bustesdes généraux français morts sur le champ de bataille.
A la suite de la salle des Maréchaux est le salon dit des Nobles ohdes. Gardes ; il occupe six croisées de face. Vient ensuite le salon de laPaix, autrefois l’antichambre du cabinet du roi. Là, tous les dimanchesmatin, sous l’ancieu régime , on dressait une petite table verte, et tousles particuliers qui avaient des placets à présenter pouvaient lesremettre sur cette table ; ils étaient ensuite portés au roi, et le ren-voi s’eu faisait aux divers ministres. Tous les jours de la semaine onpouvait aussi donner des placets au roi , en les faisant parvenir par 1«capitaine des gardes de service. — La salle du trône, autrefois la cham-bre du roi, est éclairée de trois croisées sur la cour, et décorée de ten-tures en tapisserie des Gbbelins. Après la salle du trône est le cabinetdu roi, dont le plafond est décoré de peintures , de dorures et de sculp-tures d’une grande magnificence. A l’extrémité des grands appartementsest la galerie de Diane, dont le plafond offre des copies de peintures dupalais Farnèse, à Rome. Derrière celte galerie est l’appartement de ser-vice du roif ayant vue sur le jardin , et dont l’entrée est par le grandescalier, près du pavillon méridional, nommé pavillon de Flore ; il secompose d’une antichambre servant de salle des gardes, de deux salons,du cabinet particulier du roi, d’un second cabinet, d’une chambre àcoucher, et d’un cabinet de toilette avec ses dépendances. Ces pièces.,dont la décoration primitive remonte à la régence, sont beaucoup moinsriches que celles du grand appartement du côté de la cour. — L’appar-tement de la reine et des princesses d’aujourd’hui est au rez-de-chaus-sée ; il a été refait et décoré à neuf lors du mariage de Napoléon et deMarie-Louise , et offre une différence de style et une légèreté d’orne-ments qui contraste avec les décorations du siècle de Louis XIV. Ontrouve dans cet appartement : la salle à manger, la salle des concerts,dans laquelle on dresse un petit théâtre mobile pour les représentationsde société; le salon des Grâces , ainsi nommé d’un tableau de Blondelreprésentant les trois Grâces, et la salle de billard.
Sous l’empire, le cercle de la cour se tenait dans la salle du trône; lesdanses et auti'es divertissements avaient lieu dans la salle de la Paix etdans la salle des Maréchaux; ce cercle était d’unemagnificence et d’un éclatvéritablement magique. Observateurs qui parcourez les appartements de cepalais où se sont passés tant d’événements de fortunes si diverses, arrêtez-vous un moment dans cette salle du trône ; là, près de la profonde lenêtredu milieu, se tenait le groupe du corps diplomatique, dont les membres,couverts d’ordres de chevaleries, de plaques de diamants, tremblaientdevant ce petit homme , sortant d’un pas rapide de son appartement, vêtuseulement d’un habit de colonel de chasseur à cheval. Tout ce que lesmémoires du temps rapportent des fabuleuses magnificences de Marly etde Versailles n’approchent en rien, d’après leurs propres récits, de lacour de Napoléon de 1808 à 1809. Une des merveilles les plus attrayan-tes, et qu’aucune autre cour ne pouvait offrir, c’était surtout cette foulede belles personnes, de frais et charmants visages ; et la chose est lacileà comprendre, la presque totalité des généraux de l’armée et des officielssupérieurs de la garde impériale s’étant mariés’par amour, soit en France,soit dans leurs campagnes ; car jamais l’empereur n’a ordonné de pressed’odalisques pour les livrer à ses janissaires, ainsi que M. Alfred deVigny a eu l’outrecuidance de l’affirmer dans son discours de réception àl’académie, dont a fait bonne justice M. Molé. — La salle des Maréchaux