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VILLE DE PARIS. — PREMIER ARRONDISSEMENT. — N° 4. QUARTIER DES TUILERIES.
funèbre au sein de la convention. Après le 9 thermidor on abattit lemonument qui lui avait été élevé sur cette place; le corps de Lazowskien fut retiré et jeté à la voirie; toutefois, la section du Finistère, dontil faisait partie. demanda son cœur pour en faire un objet de culte, et]a commune adopta sa fille.
Après la mort de Marat, on "éleva en son honneur, sur la place duCarrousel, une espèce de pyramide, au-dessous de laquelle était unsouterrain où fut placée son effigie , sa baignoire, sa lampe, son écri-toire. Près de ce monument d’aspect sinistre, on posa une sentinelle ,qui, une nuit, dit Mercier dans son Tableau de Paris , y mourut defroid ou d’horreur. Deux mois après, on décerna les honneurs du Pan-théon à Marat, dont le cadavre fut plus tard traîné par les rues de Pa-' ris et jeté dans l’égout Montmartre par cette bourgeoisie , grande oupetite, sur laquelle Marat exerça pendant sa vie une si grande puis-sauce , <c et que l’on a vue tour à tour depuis 1789 , dit M. du Rozoir,amie ou complice de tous les pouvoirs dans leur force, mais aussi leurcruelle ennemie dès qu’ils entraient en décadence. On l’a vue, on laverra toujours l’humble servante de toutes les majorités législatives,quels que soient leurs vues et leurs sentiments; car, indifférente pourle bien et pour le mal, cette population , qui se prétend d’élite, sert ouprotège l’ordre ou le désordre, la justice ou le crime, selon l’intérêt dumoment. Et pour elle cet intérêt n'est jamais réellement politique ; c’estcelui de la boutique ou de I’ctude * que le sucre ou le drap se vende,que les chalands viennent, que les minutes et les procès aillent leurtrain, l’homme de loi, l’épicier, le bonnetier de Paris, sont contents, etla garde nationale ne fait jamais faute, soit pour figurer à l’apothéoseou à l’exhumation de Marat et de Lazowski, soit pour assister, l’armeau bras, au supplice de Louis XVI ou à la proclamation de l’Etre su-prême, soit pour porter le bouquet aux processions de Charles X, soitpour recueillir les poignées de main à l’ordre du jour, soit pour allercanarder quelques dizaines de concitoyens moins épris qu’elle pourl’ordre de choses qu’elle protège. »
C’est au coin de la place du Carrousel et de la rue St-Nicaise qu’eutlieu, le 2 nivôse an ix, l’explosion de la machine infernale, au momentoù le premier consul Bonaparte allait à l’Opéra , et dont une minute deretard fit manquer l’effet. La place du Petit-Carrousel a été suppriméede fait à cette époque; de vieilles masures, des écuries, des remises, quila séparaient de la grande place du Carrousel, ayant été renversées enpartie par l’explosion, de deux places irrégulières on en fit une seule.C’est sur la place du Pctit-Cammsel, au coin de la rue de l’Echelle-St-Honcré, que la famille royale s’était donné rendez-vous pour la fuite sibrusquement interrompue à Vareunes. V. Rue de l’Echelle.
La place du Carrousel a été l’un des premiers théâtres des événe-ments de la révolution de 1830. Le 27 juillet, à six heures et demie dusoir, de forts détachements de lanciers, de cuirassiers, de gendarmes deschasses et d’infanterie de la garde royale furent passés en revue surcette place. Les chefs fireut charger les armes aux cris de Vive le roi Jet dirigèrent la troupe du côté de la rue St-Honoré, où, dix minutesaprès, trois feux de peloton tirés à bout portant firent un horrible car-nage des gens sans armes qui s’étaient réfugiés à l’endroit où existe au-jourd’hui la place de Rivoli. — Sur la place du Carrousel, près de lamaison isolée qui porte pour enseigne hôtel de Nantes , fut tué, le 29juillet Farcy, rédacteur du Globe. En mémoire de cet événement on aencastré dans le mur de cette maison l’inscription suivante :
A celte place a élé t»6Jean - Georges Farct,
àgc de •viiigl-neiif ans,élevé de l'école normale,le 29 juillet r 83 o,en comltattani pour les lois.
Cette maison , remarquable aujourd’hui par son isolement, faisaitjadis le coin de la rue de Chartres et de la me St-Nicaise. Elle a étéhabitée, entre autres personnages, par les conventionnels Cavaignac,Laurent, Delbrel. Le comte de Montlosier, l’un des plus fougueuxorateurs du côté droit de l’assemblée nationale, y demeurait en 1822.
"Sur la place du Carrousel était Fhôtel de Brionne, où était établi en4793 le fameux comité de sûreté générale. C’est là qu’habitait sous
l’empire M. Maret, duc de Bassano ; avant la démolition de cet hôtel,vers 1808, c’était là que se plaçait le corps diplomatique, et tous lesfashionables de l’époque, pour assister aux célèbres revues que passaitle premier consul.
Depuis vingt-cinq ans on s’afflige du spectacle d'abandon que pré-sente la galerie interrompue, laissée à l’état de ruines, qui devaitjoindre le Louvre. O 11 s’étonne, à une époque où l’on s’occupe avec unesi louable persévérance de terminer , de restaurer les monuments ina-chevés ou mutilés que nous a légués le passé, de voir cette vaste placequi s’étend devant l’habitation royale encore encombrée de masures,d’indignes barraques dont on ne voudrait pas dans une foire de village :cet espace immense, boueux en tout temps, mal pavé, mal éclairé, faitun triste contraste avec tout ce qui l’environne , et on a hâte de le voirmettre en harmonie avec cette splendide rue de Rivoli, avec ces quais,avec le palais des Tuileries, qui l’encadrent de leur magnificence et fontressortir son misérable délaissement.
De la place du Carrousel on entre dans la cour d’honneur des Tuileriespar trois portes; en face celle du milieu estl’ARc de triomphe élevé en 1806par Napoléon à la gloire des armées françaises, sur les dessins deMM. Per-cier et Fontaine. Construit sur le modèle de l’arc de triomphe de SeptimeSévère àRome, ce monument porte 14 m. 61 c. de hauteur sur 19 m, 49 c.de largeur et 6 m. 81 c. d’épaisseur; présente trois arcades sur sa faceprincipale ; celle du milieu a 4 m. 54 c. d’ouverture, les arcades latéralesont 2 m. 75c.; ses flancs sont percés de deux arcades qui traversent lestrois premières, et se trouvent dans l’alignement des guichets, donnantd’un côté sur le quai des Tuileries et de l’autre sur la rue de Rivoli.Chacune des deux faces est ornée de huit colonnes de marbre rouge duLanguedoc , dont les bases et les chapiteaux, d’ordre corinthien, sonten bronze ; elles soutiennent un entablement en ressaut, qui a sa friseen marbre griotte d’Italie. A l’aplomb des colonnes, au-devant del’attique et au-dessus des bas-reliefs , sont des statues représentant lesdifférents corps qui se trouvaient à la bataille d’Austerlitz : un cuiras-sier, un dragon , un chasseur à cheval, un carabinier de la ligne , uncanonnier de la ligue, un sapeur. Dans la frise on a sculpté des figuresallégoriques et des enfants portant des guirlandes. Quatre statues ont étéplacées dans les amortissements : une Victoire tenant d’une main unecouronne et de l’autre une enseigne ; une Victoire tenant une palme etune épée ; une France victorieuse ; une Histoire tenant une table et sonburin. L’attique était surmonté par un double soc sur lequel s’élevait unchar antique attelé de quatre chevaux de bronze conquis à Venise,conduits par la Victoire et la Paix. Ce quadrige fut enlevé par l’ennemilors de l’envahissement de la capitale en 1815 ; il a été remplacé parun char triomphal traîné par quatre chevaux en brouze modelés parBosio. Six bas-reliefs en marbre, représentant les événements mémo-rables de la campagne de 1805 /décorent les faces de ce monument ;du côté de la place du Carrousel, celui placé à droite de la grande ar-cade représente la bataille d’Austerlitz, à gauche la capitulation d’Ulm ;du côté des Tuileries, à droite, l’enlrevue des empereurs Napoléon etAlexandre à Tilsit ; à gauche, l’entrée à Munich; sur la face du midi,la paix de Presbourg ; sur la face du nord , l’entrée à Venise. — Durantla restauration, tous ces bas-reliefs avaient été remplacés par des sujetstirés de l’intervention en Espagne, que la révolution de 1830 a faitdisparaître pour replacer les bas-reliefs primitifs.
Place de la Concorde est le bâtiment du garde-meuble , décorédu côté du nord par deux grandes façades de 96 m. de longueurchacun, formant l’entrée de la rue Royale, magnifique édifice connuautrefois sous le nom de Colonnades des Tuileries , et ensuite sous celuide Garde-Meuble de la Couronne. Construits en même temps que laplace, sur les dessins de Gabriel, ces deux bâtiments forment chacunun péristyle d’ordre corinthien, composé de douze colonnes posées surun soubassement de 48 m. de hauteur , ouvert en portique et formantdes galeries publiques. Au-dessus de la corniche de ce soubassement règtieune balustrade de 1 m. de hauteur. Les extrémités de chacune des deuxfaçades sont composées d’un grand avant-corps, en forme de pavillon,couronné d’un fronton ; les arrière-corps sont ornés de niches ou mé-daillons et de tables saillantes, et sont couronnés par de gros socles