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Les quarante-huit quartiers de Paris : biographie historique et anecdotique des rues, des palais, des hôtels et des maisons de Paris / par Girault de Saint-Fargeau
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N* 14. QUARTIER DU LOUVRE.

VILLE DE PARIS. QUATRIÈME ARRONDISSEMENT.

faire couper oreilles à Paris à la Croix-du-Tiroir, et doivent être faitstels jugements par le conseil des bourgeois dudit évêque, à ce présent etappelé son procureur. »

Le maréclial dEstrées, lorscpiil nétait encore que marquis de Cœu-vres, faillit être assassiné à la Croix-du-Trahoir par le chevalier deGuise, qui était accompagné de quatre hommes ; le marquis sauta deson carrosse, mit lépée à la main et aurait infailliblement succombé ,sans lassistance des passants, qui séparèrent les combattants.

Rue de lOratoire du Louvre était autrefois la demeure du roides ribauds. En 1292 cétait un officier du roi, dont les attributions nontjamais été bien déterminées. On peut conclure de plusieurs passages citéspar Ducange (au mot Ribaldi) , que le roi des ribauds était un officierdes gardes, quil était lexécuteur des sentences du prévôt du roi, et quilavait des droits sur les jeux de la cour et sur les femmes et les maisonspubliques.

Rue du Coq-St-Honoré habitait en 1793 le célèbre médecin Yicq-dAzir, qui est à lhistoire de la médecine ce que Buifon est à lhistoirenaturelle, et qui a laissé la réputation justement méritée dun illustresavant et dun habile écrivain.

Dans le long et rigoureux hiver de 1783 à 1784, Louis XVI ayantécrit au contrôleur général quil lautorisait à faire donner tous les se-cours quil jugerait nécessaires pour alléger la misère du peuple, lesParisiens lui érigèrent, en janvier 1784, au coin de la rue du Coq et delàrue St-Honoré, en face de la porte du Louvre, un singulier monument,consistant en una pyramide de neige, portant entre autres inscriptions,celle-ci :

Louis, les indigents que ta bonté protège Ne peuvent télever quun monument de neige;

Mais il plaît davantage à ton cœur généreux

Que le marbre payé du pain des malheureux.

La rue Pierre-Lescot, située près du palais du Louvre, dans lequartier le plus brillant de Paris, à deux pas du Palais-Royal, na tou-tefois jamais cessé dêtre et est encore un des plus complets échantillonsde la misère et de labjection parisienne ; il ny a guère que des indus-triels nocturnes, des filles publiques et des logeurs à la nuit. Lorsquelon a le courage de pénétrer dans quelques-unes des maisons de cetterue, on se trouve tout à coup transporté au milieu de chambres obscu-res , dont les murs noircis sont minés par le temps. A peine lair serenouvelle-t-il dans ces sombres réduits, de sales carreaux laissentpénétrer quelque peu dun jour sombre qui glisse à travers les mursélevés dune cour étroite, espèce de puits infect viennent se dégorgerles tuyaux de décharge des toits et des eaux ménagères., souvent, unespace de moins de 2 m. carrés sert dabri à toute une famille, composéedhabitants en rapport avec la demeure. Quelque repoussant que soit cetableau, et bien quil semble quon ne puisse rien ajouter au dégoût decette peinture, cependant elle ne représente pas encore le dernier degrédune misère profonde. Pour avoir une idée de cette misère, beaucoupplus commune à Paris quon ne pense, il faut entrer dans les gîtes seretirent pendant la nuit des mendiants, des vagabonds , des voleurs,dans ces repaires immondes, effrontément déguisés sous le nom de garnis,et qui ont pour enseigne une lanterne sur laquelle on lit : Ici on logeà la nuit. Le prix de la couchée dans ces repaires varie de dix àsoixante-quinze centimes, suivant que lon a pour tout lit le sol, unbauc on ne peut dormir quassis, ou un matelas dans le dortoircommun.

Cest dans une mansarde de lune des plus chétives maisons de cetterue que demeurait et quest mort en 1842 Chodrdc-Duclos, de cyniquemémoire. Après avoir habité Bordeaux, il menait grand train etjoyeuse vie, il passait pour un des beaux esprits du pays, il vinthabiter Paris,, après un court séjour, il se montra tout à coup dansles galeries du Palais-Royal, on la vu se promener pendant quinzeans, portant une longue barbe, à peine couvert dhabits en lambeaux.Il paraît quune grande déception lavait indisposé contre la société etlui avait suggéré lidée de son misérable accoutrement ; on prétend quilavait composé la musique et les paroles dun grand opéra en cinq actes,quil ne put parvenir à faire représenter. Il y avait en effet sur le front

de cet homme quelque chose qui inspirait le respect, et, chose refnar-quable, Chodruc, si bizarrement costumé, si déguenillé, na jamais étéinsulté par personne; les enfants eux-mêmes, les enfants de Paris, noütjamais fui à son aspect, ne lui ont jamais adressé une seule injure.

Rue du Roule, n" 17, demeurait en 1829 le journaliste Mxtvn»-ville, surnommé le Marat de la restauration. Secrétaire de Legendre àla convention nationale, auteur dramatique et gai critique sous lempire,après le retour des Bourbons il empêcha en 1814 la destruction du poütdu Pecq, dont il était maire, et favorisa ainsi le passage de la Seine auxtroupes de Blücher. Plus tard il fut ignoblement fameux par le cynismede ses poésies, et par la rédaction dun journal intitulé le Drapeaublanc, dans lequel, pendant plusieurs années , tout ce que la Francepatriote entourait de son estime fut insulté avec une impudeur dontrougissaient en secret les partisans de la légitimité, qui applaudissaientpubliquement aux excès de cette feuille.

Rue de lArbre-Sec , tout près de la fontaine, existait naguère lecafé Touchard , se réunissaient chaque année pendant la quinzainede Pâques, des acteurs et des actrices sans emploi, venus de tous lescoins de la France pour contracter des engagements avec les directeursde province, qui viennent aussi à Paris à cette époque pour renouvelerou compléter leurs troupes. Le café Touchard, venaient se reformerou se recruter toutes les troupes du royaume, nexiste plus ; il a eu lesort de presque toutes les formes saillantes et de toutes les nuances pit-toresques de la société passée ; il a disparu sous le frottement de lactiviténouvelle : légoïsme et le scepticisme ont tout effacé. Ce café célèbre, cebazar eufumé, ce gymnase dans lequel se passaient si sérieusement lesexamens les plus plaisants quon puisse imaginer, et qui a vu marchan-der, vendre et acheter la plupart des acteurs dont le talent a illustré lascèue française, est aujourdhui tout à fait oublié. Le rendez-vous an-nuel des comédiens est dans le jardin du Palais-Roval ; dans lestaminetde la rue des Vieilles-Etuves se réunissent seulement les plus misérablesdentre eux.

Rue des Bourdonnais, n u 11, on a démoli en 1S41 un ancienhôtel dit la maison des carneaux , qui avait pour enseigne la couronnedor. Cet hôtel avait été habité en 1380 par Philippe, duc de Touraine,depuis duc dOrléans, frère du roi Jean, qui en avait fait lacquisitionle 1' octobre 1363 , et qui le vendit au fameux Guy de la Trémouillevers 1398. Lhôtel de la Trémouille sétendait alors le long de la rue-tliizy jusquà la rue Tirechape. Il avait été reconstruit sous le règne deLouis XII, par Pierre le Gendre, trésorier de lextraordinaire des guer-res. Plus tard, il appartint au chancelier Dubourg, et ensuite au prési-dent de Bellièvre.

Limpasse des Bourdonnais était autrefois une voirie qui s'étendaitjusquà la rue de la Ferronnerie , et se nommait le marché aux Pour-ceaux, la place aux Chats, la fosse aux Chiens. Au xvi c siècle cétaitsur cette place quon faisait plus particulièrement périr les hérétiqueset les faux-monnayeurs. Le genre de supplice en usage à légard de cesderniers consistait à les faire périr dans une chaudière deau bouillante.En 1379, une femme de la secte des turlupins, nommée Jehanne Da-bentonne, fut bridée dans ce marché avec une autre sectaire.

N° 14. QUARTIER DU LOUVRE.

Ci-devant section du, Muséum.

Les limites de ce quartier sont : la rive droite de la Seine à partir dupremier guichet du Louvre jusquau Pont-au-Change, la place du Châ-telet n ! impairs, la rue de la Joaillerie n os impairs, la rue St-Jacque9-la-Boucherie n ' impairs , la rue St-Denis n os impairs , la rue Perriu-Gosselin n s impairs, la me du Clievalier-du-Guet n" impairs, la rue desLavandières n* impairs, la rue des Deux-Boules n pairs et impairs, larue Béthizy n impairs, la rue des Fossés-St-Germain-lAuxerrois ilimpairs , les places du Louvre , de lOratoire et du Musée du côté duLouvre. Superficie 284,000 m. carrés, équivalant à 0,008 de la su-perficie totale de Paris.

Les monuments et principaux établissements de ce quartier sont :