VILLE DE PARIS. — QUATRIÈME ARRONDISSEMENT. — X” 14. QUARTIER DU LOUVRE.
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Le palais du Louvre. L’époque de la première construction du pa-lais du Louvre est incertaine : quelques auteurs en font remonter l’ori-gine au vii e siècle ; mais cette conjecture ne s’appuie sur aucun documentauthentique. Ce qu’il y a de certain, c’est que sous le règne de PhilippeAuguste le Louvre était un château que ce prince dégagea de diversesredevances qu’il payait annuellement aux. religieux de St-Denis, à Pé-vèque et au chapitre de Paris. Selon Piganiol, la situation isolée duLouvre, dans une grande plaine et sur les bords de la Seine, fait con-naître que ce château avait été bâti dans la double intention de servirde maison de plaisance aux souverains, et de former une forteresse quidéfendît la rivière et tînt les Parisiens en respect. Paris ayant continué às’accroître, le Louvre se trouva environné de maisons et de rues ; ce-pendant, lorsque Philippe Auguste lit tracer l’enceinte de Paris qui datede son règne, on évita d’y enclaver le château royal.
L’ensemble des bâtiments du Louvre offrait dans son plan un paral-lélogramme, qui avait dans sa plus grande dimension 117 m. 27 c. sur113 m. Ce parallélograme, entouré de fossés alimentés par les eaux deLa Seine, s’étendait depuis la rivière jusqu’à la rue de Beauvais (détruitedepuis les projets de jonction du Louvre et des Tuileries), et depuis la rueTroidmanteau jusqu’à la rue d’Autriche , nommée aujourd’hui rue duCoq. Des bâtiments, des basses-cours, quelques jardins et la cour prin-cipale du Louvre en renqûissaient la superficie. Les bâtiments étaientd’un extérieur si simple, que les façades ressemblaient à quatre pans demurailles, percées irrégulièrement de petites croisées les unes au-dessusdes autres. Au milieu de la grande cour, qui avait en longueur 67 m.27 c. sur 64 m. de large , s’élevait la tour du Louvre, fameuse dansl'histoire féodale, l’elfroi des vassaux indociles. Construite en 1204 parPhilippe Auguste, cette tour , centre de l’autorité royale , et d’où rele-vaient autrefois les grands fiefs et les grandes seigneuries du royaume,était de forme ronde, entourée par un large et profond fossé, et désignéesous le nom de tour Neuve, Philippine, forteresse du Louvre, tour Fer-raud, etc. Ses murs avaient 4 m. 23 c. d’épaisseur près du sol, et 3 m.dans les étages supérieurs. Sa circonférence était de 46 m. 77 c., et sahauteur, depuis le rez-de-chaussée jusqu’à la toiture , était de 31 m.23 c. Elle communiquait à la cour par un pont, dont une partie, bâtieen pierre, était, soutenue par une arche ; l'autre partie se composait d’unpont-levis, dont le pignon était surmonté par une statue de Charles V,tenant en main son sceptre. La tour du Louvre surpassait eu hauteur tousles autres bâtiments, avec lesquels elle communiquait par le pont dont onvient de parler et par une galerie en pierre. On ignore lenombre de ses éta-ges ; mais on sait que chacun était éclairé par huit croisées hautes de 1 m.33 c. sur 1 m. de large, et garnies d’épais barreaux de fer. L’intérieurcontenait une chapelle, un retrait et plusieurs chambres. On yjnontaitpar un escalier à vis : une porte enfer, garnie de serrures cl de verrous,en fermait l’entrée. —• La tour du Louvre a servi pendant longtemps deprison d’Etat. Philippe Auguste y renferma Ferdinand, comte deFlândre,qu’il avait fait prisonnier à la bataille de Bouvines en 1214 , et qu’ilretint en prison jusqu’à ce qu’il eut consenti à lui céder tous ses Etats.Plusieurs princes eurent dans la suite un sort pareil : entre autres lescomtes Guy et Louis de Flandre, Jean, duc de Bretagne, les comtes de Ri-ehemontetde Montfort, Enguerrandde Coucy, Enguerrand de Marigny, jCharles le Mauvais , le fameux captai de Bucli, Jean de Grailli, qui y ]mourut de chagrin. Sous Charles VI, les révoltés de Paris y renfermèrentCharles des Essarts, le duc de Bar, et le comte de Dammartin. Guichard,évèquedeTroyes, contemporain du procès des templiers, et implique dansleur cause, fut retenu prisonnier au Louvre depuis 1308 jusqu’en 1313,époque où son innocence fut reconnue , dit l’abbé Fleury, par la con-fession du Lombard Noffé, lequel fut pendu à Paris pour d’autres crimes.Le dernier prisonnier de marque qui y ait été renfermé est Jean II, ducd’Alençon. La tour du Louvre fut aussi destinée à contenir les trésorsdes rois.
Les bâtiments qui entouraient la cour principale et fortifiaient la grossetour étaient, ainsi que les clôtures des basses-cours et jardins, surmontésd’une infinité de tours et de tourelles, de diverses hauteurs et dimensions;les unes rondes, les autres quadrangulaires, dont la toiture en terrasse,en forme conique ou pyramidale, se terminait par des girouettes ou pardes fleurons. Chacune de ces tours avait un nom , tiré de sa destination <
particulière; les principales étaient celles du Fer à cheval, des Portaux,de Windal, situées sur le bord de la rivière; les tours de l’Etang, del’Horloge, de l’Armurerie, de la Fauconnerie, de la grande et de la petiteChapelle, la tour où se mot le roi quand on joute, la tour de la Tournelleou de la Grand’chumbre du conseil, la tour de l’Ecluse, la tour de l’Or-gueil, la tour de la Librairie, où Charles V avait réuni sa bibliothèque,etc. Presque toutes ces tours avaient leur capitaine ou concierge, emploiexercé par de très-puissants seigneurs du temps ; plusieurs d’entre ellesétaient munies de chapelles et de chapelains. On pénétrait dans le Louvrepar quatre portes fortifiées. La principale entrée se trouvait à l’aspectdu midi et sur le bord de la Seine. Entre les bàtimeuts du Louvre etcette rivière était une porte flanquée de tours et de tourelles, qui s’ou-vrait sur une avant-cour assez vaste. Une autre entrée se voyait en facede l’église St-Germain l’Auxerrois ; elle était fort étroite , flanquée dedeux tours rondes , et ornée des figures de Charles V et de son épouse.Les deux autres portes , moins considérables, se trouvaient aux autresfaces de l’édifice. Les pièces principales des bâtiments qui environnaientla cour intérieure consistaient en une grande salle, ou salle St-Louis ; ony trouvait la salle neuve du roi, la salle neuve de la reine, la chambre duconseil, etc. Il existait dans l’enceinte un arsenal, un grand nombre decours et liasses-cours entourées des bâtiments dits de la Maison du Four,de la Paneterie, de la Saucei-ie, de l’Epicerie, etc. Il y avait aussi quel*ques jardius, dont le plus grand était carré et n’avait que 12 m. de lon-gueur. La chapelle basse, dédiée à la Vierge, était la plus considérable detoutes celles que contenait le Louvre.
Les rois de France ne logèrent que rarement au Louvre jusqu’à Fran-çois I e1, ; l’hôtel St-Paul ou le château des Tournelles étaient leur demeureordinaire. En 1400 Manuel, empereur de Constantinople , fut logé auLouvre par ordre de Charles VI. Le mariage de Henri VI, roi d’An-gleterre, avec Catherine de France fut célébré dans la grande salle duLouvre en 1410. Il parait que les bâtiments de ce château étaient entrès-mauvais état en 1539 , époque où l’on fut obligé d’y faire faire degrandes réparations pour y loger Charles-Quiut. Dès 1528 François I ers’était occupé d’élever sur son emplacement un nouvel édifice, sur lesdessins de Pierre Lescot, qui commença le nouveau palais qu’on a depuisappelé le vieux Louvre, pour le distinguer des constructions nouvelles.
Catherine de Médicis vint habiter le Louvre en 1564 après la mortde Henri II.
Le 19 août 1572, lendemain du jour du mariage de Henri IV avecMarguerite de Valois, un grand tournois fut exécuté dans la grandeplace du Louvre; le roi Charles IX , ses frères, les ducs de Guise etd’Aumale combattirent à la lance contre Henri de Navarre et quelquesseigneurs protestants. On sait que ces fêles n’étaient qu’une déplorabledéception, qu’un lâche guet-apens, et qu’elles précédèrent seulementde cinq jours les horribles massacres de la St- Barthélemy. On sait quele roi de Navarre était couché au Louvre pendant cette fatale nuit. Dèsque les massacres eurent commencé , Nancey , capitaine des gardes,vint avec une troupe nombreuse dans les antichambres du roi de Na-varre et du prince de Condé, enleva toutes les armes des personnes atta-chées au service de ces princes, chassa les serviteurs et les gentilshom-mes des appartements où ils étaient encore couchés, et les conduisit àla porte du Louvre, où ces malheureux furent massacrés. Le roi, placéà une des fenêtres du Louvre, prenait plaisir à les voir égorger par lesSuisses, et criait aux bourreaux de n’en épargner aucun ; dès que le jourcommença à paraître, il se mit à la fenêtre qui s’avance sur le bord dela Seine, et qui se trouve au-dessous de celle qui est à l’extrémité mé-ridionale de la galerie d’Apollon, et avec des carabines qu’il faisaitcharger il tirait sur les malheureux échappés aux poignards , qui sesauvaient en traversant la rivière à la nage ! Dans la môme matinéeil fit venir auprès de lui le jeune roi de Navarre et le prince de Condé,leur promit leur pardon s’ils consentaient à renoncer à leur religion et àembrasser le catholicisme, et les menaça de mort s’ils balançaient àprendre ce parti. Ces deux jeunes gens cédèrent à la force, et promirentau roi de faire tout ce qu’il exigerait d’eux. — Il serait trop long ettrop pénible de retracer ici les diverses scènes de l’horrible boucheriede cette journée ; nous rappellerons seulement que la plupart des pro-testants de la caste nobiliaire, arrachés de leurs lits, étaient traînés
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