VILLE DE PARIS. — HUITIÈME ARRONDISSEMENT. — N° 29. QUARTIER BIT MARAIS.
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dç dix ans , élevé sur un piédestal et couronné par une Victoire ;Louis XIII et Anne d’Autriche debout, vêtus de leurs habits royaux.A l’autre extrémité du pont, vis-à-vis la tour de l’Horloge du Palais ,Cassini avait tracé un fort bon méridien : une inscription gravee sur unpiédestal orné de bas-reliefs indiquait que ce pont, commencé le 19 sep-tembre 1639, avait été achevé le 20 octobre 1647
Le Pont-au-Change, de même que le pont Notre-Dame , était chargéde maisons de six à sept étages ; plus de dix mille individus logeaientsur ces deux ponts. Il était curieux de voir , à l’approche des dé-bâcles , les familles déserter leurs cases , et emporter leurs meublesles plus précieux, dans la crainte de descendre avec leurs habita-tions dans la rivière. Précaution d’autant plus sage, qu’on avait vusouvent ces ponts (lorsqu’ils étaient en bois) emportés par les glaces etles débordements.
En 1788 une somme d’un million deux cent mille francs fut allouéepour acheter les maisons qui étaient bâties sur les côtés de ce pont, quifurent démolies , comme l’ont été depuis les maisons construiles sur lepont St-Michel. Le Pont-au-Change a 123 m. 75 c. de longueur et32 m. 60 c. de largeur. C’est le plus large et l’un des plus fréquentésde la capitale.
Le pont Notre-Dame. Ce pont, remarquable par la solidité et parl’élégance de son architecture, communique du quai Lepelletier au quaiDesaix. Bâti pour la première fois en 1412, il s’écroula en 1499, etfut reconstruit en 1507. Les maisons dont il était chargé ont été démo-lies en 1787, à l’exception de la machine hydraulique, qui fournit del’eau dans plusieurs quartiers de Paris.
Ce fut sur le pont Notre-Dame que l’infanterie ecclésiastique de laLigue fut passée en revue par le légat le 3 juin 1590. Capucins, mi-nimes, cordeliers, jacobins, carmes, feuillants, tous la robe retroussée,le capuchon bas, le casque en tête, la cuirasse sur le dos, l’épée au côtéet le mousquet sur l’épaule, marchaient quatre à quatre ayant entre euxplusieurs rangs d’écoliers, l’évêque de Senlis à leur tête; les curés deSt-Jacques-la-Boucherie et de St-Côme, forcenés ligueurs, faisaient lesfonctions de sergents-majors. Plusieurs de ces militaires novices, sanspenser que leurs fusils étaient chargés à balles, voulurent saluer le légatet tuèrent à côté de lui un de ses aumôniers ; aussi S. E., trouvant qu’ilfaisait trop chaud à cette revue, donna promptement sa bénédiction ets’en alla. On possède plusieurs tableaux de l’époque où cette fameuseprocession de la Ligue est parfaitement rendue. — Le pont Notre-Damefut longtemps le bazar des marchands d’objets curieux et le rendez-vous de la bonne compagnie. Il était du bel air d’y étaler ses plumes ouson pourpoint neuf avant la construction du pont Henri IV, qui luienleva la vogue et qui la céda bientôt à son tour aux galeries du Palais,qui ont été dépossédées plus tard de cet honneur par les galeries duPalais-Royal.
Le célébré imprimeur de la fin duxv® siècle et du commencement duxvi c , Antoine Verard, demeurait sur le pont Notre-Dame, qu’il continuad’habiter jusqu’à'la chute du pont en 1499. A cette époque, il transportason établissement près le carrefour St-Séverin, et ensuite rue St-Jacques-du-Pelit-Pont, puis rue Neuve-Nolre-Dame, où il est mort vers 1513. —Gilles Hardouin, autre imprimeur, demeurait au bout de ce pont de 1509à Î523.
La manie de bâtir sur l’eau était si grande autrefois, qu’on avait liéle pont Notre-Dame et le Pont-au-Change par une rue couverte ap-pelée le quai de Gèvres et construite sur pilotis.
VARIÉTÉS HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES.
La rue Brise-Miche était autrefois une des mieux fournies en fillespubliques. En 1387, le prévôt de Paris rendit une ordonnance qui chas-sait ces sortes de femmes de la rue Brise-Miche à la requête du curé deSt-Merri, et attendu l’indécence de leur domicile si près d’une église etd’un chapitre. Les bourgeois de celte rue et des rues voisines formèrentopposition à l’exécution de cette ordonnance, à l’effet de maintenir lesfemmes publiques dans l’ancienne possession où elles étaient de la rueBrise-Miche, opposition qui fut admise par le parlement par arrêt du21 janvier 1388.
Dans un cabaret de la rue de la Vannerie, à l’enseigne du Franc-Pineau, se réunissaient jadis, le soir, les peintres, les marchands de gra-vures et les brocanteurs de tableaux pour y vendre ou se partager entreeux les objets d’art qu’ils avaient achetés dans la journée dans les diffé-rents quartiers de Paris.
Au carrefour Guilleri était autrefois un pilori et une échellecomme celle du Temple. C’était là, dit Sauvai, que se faisait l’exécutionde l’essorillement, genre de supplice dont on punissait les condamnésaux galères. On lit dans les anciens auteurs qu’on coupait une oreille àun coupeur déboursés, ou à un domestique, convaincu de vol pour lapremière fois, les deux oreilles pour la seconde, et qu’à la troisième ilétait condamné à mort.
Place du Châtelet était autrefois la chapelle St-Leufroy, démolieen 1684 pour agrandir les bâtiments du Châtelet.
Rue St-Bon, n° 8, était la chapelle St-Bon, vendue en 1792, etconvertie en maison particulière.
Le quai Pelletier a été construit, de 1673 à 1675, d’après les des-sins de Pierre BuIIet, sous l’administration du prévôt des marchandsClaude le Pelletier, auquel la ville de Paris est redevable de plusieursautres grands ouvrages d’utilité publique; c’est pour témoigner à ce ma-gistrat-toute sa reconnaissance, que le peuple donna son nom à ce quai,quoique par modestie cet estimable administrateur n’ait jamais voulusouffrir que son nom fût donné aux ouvrages construits par ses ordres.On citait autrefois à l’entrée de ce quai, du côté du pont Notre-Dame,l’inscription suivante, gravée sur une plaque de marbre noir :
Ludovici Magni auspiciis ripam hancFœdam miper et inviam nunc publicam iteret ornamentnm nrhis, Ferri cc.
Praef. et Ædiles. Anno m. d. LXXV.
Le quai Pelletier est suspendu sur une voussure dont la coupe méritede fixer l’attentiou des gens de l’art ; il a été réparé et considérablementélargi dans ces dernières années, et bordé de larges trottoirs en granit ;c’est aujourd’hui un des plus beaux quais de Paris.
Rue de la Poterie-des-Arcis. 11 y avait autrefois dans cette rue,du côté de la Grève, une grande maison , connue sous le nom d’HÔTEnD’Argent, où il s’établit en 1660 une troupe de comédiens de provincequi obtinrent la permission d’élever en cet endroit un théâtre, à conditionqu’ils payeraient par chaque représentation un écu tournois aux confrèresde la Passion. Le talent des acteurs, et le choix judicieux des pièces, attirè-rent la foule au théâtre de l’hôtel d’Argent. Les comédiens, s’étant bientôttrouvés trop à l’étroit dans ce quartier, louèrent dans la rue Vieille-du-Temple un jeu de paume qui prit le nom de théâtre du Marais, où ilsjouèrent jusqu’à la mort de Molière. V. Rue YiEiiiE-nn-TEMPiE.
HUITIÈME ARRONDISSEMENT.
Les limites de cet arrondissement sont : le mur d’enceinte depuis labarrière de Menilmontant jusqu’à la barrière de la Râpée; le quai dela Râpée, la place Mazas, la rue Contrescarpe, la place de la Porte-St-Antoine, la rue St-Antoine n“ impairs jusqu’à la rue Culture-Ste-Catherine, la rue Culture-Ste-Catherine n" pairs, la rue Neuve-Ste-Catherine n°‘ pairs, larue des Francs-Bourgeois n°' pairs, la rue Vieille-du-Temple n os pairs, la rue des Filles-du-Calvaire n™ pairs, la rue deMenilmontant jusqu’à la barrière de ce nom.
»° 29. QUARTIER DU MARAIS.
Ci-devant section des Fédérés.
Les limites de ce quartier sont : le boulevard des Filles-du-Calvaireet le boulevard Beaumarchais n“ impairs, la place de la Porte-St-Antoiue n” impairs, la rue St-Antoine n“ impairs, la rue Culture-Ste-Catherine n°* pairs, la rue Neuve-Ste-Catherine n“ s pairs, la ruedes Francs-Bourgeois n” s pairs, la rue Vieille-du-Temple et la rue desFilles-du-Caivairen" s pairs jusqu’au boulevard.—Superficie 420,000 m.carrés, équivalant à 0,013 de la superficie totale de Paris.
Entre autres localités remarquables de ce quartier on cite ;