VILLE DE PARIS. — NEUVIEME ARRONDISSEMENT. — N° 36. QUARTIER DE L’ARSENAL.
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taie. C’est là où fut ourdie la fameuse conjuration de CeIlamare,dont le butn’était rien moins que d’enlever le«régent et le jeune roi, de faire annulerpar les états généraux ou par le parlement de Paris l’acte de renonciationdes Bourbons d’Espagne au trône de France, et de réunir cette courouneà celle d’Espagne. — C’est aussi à l’Arsenal que siégeait la cour des poi-sons, établie par lettres patentes du 7 avril 1679, contresignées parColbert.
Le jardin de l’Arsenal, qui servait de promenade publique aux ha-bitants du quartier, était borné par la Bastille et s’étendait le long durempart jusqu’à la Seine ; on n’y entrait que par une seule porte, quidonnait dans une cour du Grand-Arsenal. L’emplacement de ce jardin estoccupé aujourd’hui par le quai Bourdon et par les greniers de réserve.
A l’Arsenal demeurait et est mort en 1 844 Charles Nodier, membrede l’Institut, auteur de savants ouvrages de linguistique, de l’intéressantenouvelle de Thérèse Aubert, du charmant conte deTrilby, etc., etc., etc.
Les bâtiments de l’Arsenal sont très-bien conservés et bien entretenus.La partie qu’on appelait le Petit-Arsenal est encore occupée aujourd’huipar l’administration générale des poudres et salpêtres. Le logement dugouverneur et ce qui reste du Grand-Arsenal est occupé par la biblio-thèque de l’Arsenal.
Celte bibliothèque, créée par M. le marquis dePaulmy, ancien am-bassadeur de France en Pologne, a été acquise en 1781 par le comted’Artois, qui y a réuni la presque totalité de la bibliothèque de M. leduc de la Vallière. Elle se compose de deux cent mille volumes et d’en-viron dix mille manuscrits.
La bibliothèque de l’Arsenal possède la collection la plus complètequi existe en romans, depuis leur origine dans la littérature moderne;de pièces de théâtre , depuis l’époque des moralités et des mystères jus-qu’à 1789 ; clés poésies françaises, depuis le commencement du xvi esiècle. Elle est moins riche dans les autres parties, mais elle a tous lesouvrages importants : on y remarque surtout des collections historiquesqui ue se trouvent point ailleurs, et un nombre considérable d’éditionsrares d’auteurs italiens et espagnols.
Les greniers de réserve, boulevard Bourdon. Ces greniers, commen-cés en 1807, sont composés de cinq pavillons formant avant-corps et dequatre arrière-corps ; ils ont 350 m. de longueur et devaient être élevésde six étages.
VARIÉTÉS HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES.
La Bastille , qui rappelle de si tristes et de si glorieux souvenirs,occupait autrefois une partie de la place qui a reçu son nom. Charles V,pour mettre un ternie aux iucursions des troupes du duc de Bourgogne,qui avaient ordinairement lieu du côté du faubourg St-Autoine, attiréspar les richesses que renfermait l’hôtel St-Paul, alors résidence des roisde France , se détermina à mettre un terme à ces incursions en reculantles limites de la ville de ce côté, et en faisant construire un fort destinéà mettre son hôtel à l’abri de toutes atteintes. Ce fort ne consista d’abordqu’en deux tours, dont Hugues Aubriot, prévôt des marchands, posa lapremière pierre le 12 avril 1369 ; plus tard, Charles V fit élever deuxautres tours, en face et parallèles aux premières, et l’entrée de Paris setrouva ainsi prolongée entre quatre tours désunies et lin double pont.Vers 1383, Charles VI fit ajouter quatre autres tours, à distances éga-les, qui furent liées ainsi que les autres par des murs, et complétèrentl’achèvement de cette forteresse. Entre les tours, et dans l’épaisseur desmurs, on pratiqua des appartements; on coupa les ponts ; un fossé secde 8 m. de profondeur au-dessous du niveau de la rue entoura les huittours, et on forma une enceinte de l’autre côté ; ces fortifications con-sistaient en une courtine flanquée de bastions et bordée de larges fossésà fond de cuve. — Le mur d’enceinte interrompait l’alignement de larue St-Àntoine à partir de la rue des Tournelles , suivait l’extrémité dela rue St-Antoine, qui se trouvait fort rétrécie en cet endroit, arrivaiten droite ligne à peu près jusqu’au lieu où l’on a construit la colonne deJuillet, et se prolongeait à droite jusqu’à la rue Contrescarpe. L’entréede la forteresse se trouvait au bout de la rue St-Antoine, du côté où a étépercée en 1792 la rue de Lesdiguières.
La Bastille, que nous verrons plus tard transformée en prison d’Etat,ne fut pas toujours consacrée à cet usage. En 1518, François I er y reçutavec magnificence. « Au mois de décembre, dit le Journal de Fran-çois I er , le roi fit tendre, à celte occasion, les murs du premier étage dela cour de la Bastille de draps de laine blancs, tannes et moirés, qui fai-saient la livrée de François I er , et couvrir tout le reste de plus de douzecents torches, qui jetaient tant de clarté, qu’en pleine nuit il semblaitqu’il fit jour. La grande quantité de belles et riches tapisseries qui pa-rèrent tous les étages de la Bastille, et le pompeux appareil du festin,qui dura jusqu’à miuuit, répondaient bien à cette somptuosité, m
La Bastille joua un rôle important pendant les guerres civiles aux-quelles avaient donné naissance la démence de Charles VI et l’ambitiondes chefs de partis. Daus la nuit du 28 au 29 mai 1418, les chefs du partides Armagnacs s’y réfugièrent pour éviter la fureur des Bourguignons,qui venaient d’envahir Paris, et c’est de là qu’ils firent une sortie mal-heureuse où environ trois cents des leurs furent exterminés : Tanneguvdu Cliâtel était parvenu à sauver le dauphin, qui depuis régna sous lenom de Charles VII, et à le faire entrer dans cette forteresse, d’où il letransporta à Melun. — Au milieu de la meme année 1418, lin grandnombre d’individus du parti armagnac gémissaient dans les prisons deParis; on soulève contre eux le peuple, qui se porte à la Bastille, parvientà y pénétrer, s’empare des prisonniers et les égorge. — Sous le règnede Charles VII , les Anglais, maîtres de la Bastille qui leur avait étélivrée par Isabeau de Bavière, y avaient enfermé des officiers, qui formè-rent le projet de livrer au roi cette forteresse. Un moine les trahit, et lesmalheureux furent presque tous punis de mort. — En 1436, le comte deRichemont étant parvenu à pénétrer dans Paris, dont une des portes luiavait été livrée, les Parisiens se ruent sur les Anglais, les repoussent derue en rue, et les forcent de se renfermer en grand nombre à la Bas-tille, où ils furent obligés de capituler.
En 1588, le duc de Guise, soutenu par ses nombreux partisans, par-vient à se rendre maître de Paris, s’empare de la Bastille, dont il nommecommandant Bussi Leclerc, forcené ligueur. Le duc de Guise y fit en-fermer en 1589 le parlement de Paris, qui avait refusé de se joindre auchef du parti opposé à la maison royale. Bussi Leclerc fit jeûner les ma-gistrats au pain et à l’eau pour les obliger à se racheter plus tôt de sesmains, traitement qui lui valut plus tard le titre de grand pénitencier duparlement.— Celte forteresse était encore au pouvoir des ligueurs quandHenri IV fit le blocus de Paris ; ce ne fut que trois jours après l’occu-pation de cette ville, que le gouverneur Debourg la rendit au roi, qui enconfia le commandement à Sully.
En 1617, la maréchale d’Anere, arrêtée au Louvre, fut conduite à laBastille , où elle comparut devant une commission extraordinaire, quis’abstint de prononcer une condamnation, devant laquelle ne recula pasle parlement. Condamnée à avoir « la tète tranchée , son corps ard,bruslé et réduit en cendres jettées puis après au vent, » elle sortit de laBastille pour être conduite au supplice , qu’elle subit sur la place deGrève.
Les frondeurs s’emparèrent de la Bastille en 1649, et ne la remirentau roi qu’en 1651. Ce fut dans le cours de la même année qu’eut lieu lecombat de la porte St-Antoine , entre Coudé , commandant de l’arméedes frondeurs, etTurenne, commandant de l’armée du roi. Condé sou-tenait avec peine une lutte inégale, lorsque les frondeurs parisiens luiouvrirent les portes ; pour favoriser sa retraite, M n<> de Montpensier fittirer le canon de la Bastille sur les troupes du roi.
La Bastille fut à peine élevée qu’on en destina une partie à renfermerles prisonniers ; plus tard elle servit exclusivement de prison d’Etat.Aubriot, prévôt des marchands, qui fit construire les deux premièrestours de cette forteresse, et auquel on doit la construction du Pout-au-Change et du pont St-Michel, fut le premier qui y fut enfermé, en1381, sous la triple accusation d’hérésie, d’impiété et de débauche ; lesParisiens, qui n’avaient pas oublié qu’Aubriot avait purgé la ville demendiants, qu’il avait ouvert des ateliers publics et fondé d’utiles éta-blissements, le délivrèrent et favorisèrent sa fuite en 1382. *
Ce fut dans une des tours de cette forteresse que Louis XI fit cons-truire en 1475 ces fameuses cages formées de poutrelles revêtues par defortes feuilles de fer. où il fit enfermer Guillaume de Harancouvt, évêque