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VILLE DE PARIS. — ONZIÈME ARRONDISSEMENT. — N‘ 41. QUARTIER DU LUXEMBOURG.
la dignité royale, et privait déjà Louis XV, encore enfant, de cette au-réole majestueuse qui avait resplendi autour de la tête de son bisaïeul.— Le Luxembourg fut ensuite occupé successivement par la duchesse deBrunswick et par la reine douairière d’Espagne, après la mort delaquelleil rentra au domaine de la couronne. Louis XVI le donna à son frère, lecomte de Provence (depuis Louis XVIII), qui l’habita jusqu’à l’époquede son évasion de Paris.
Ce prince avait fait bâtir pour M ,,,e de Balbi, sa maîtresse, une joliemaison avec un jardin anglais, donnant à l’extrémité du Luxembourg, etdont l’entrée se trouve aujourd’hui au n°41 de la rue Madame; uneporte secrète communiquait de cette maison au jardin. L’imaginationdu comte de Provence faisait tous les frais de cette passion, la cons-titution physique de ce prince ne lui permettant pas d’autre senti-ment. — M me de Balbi avait un esprit d’ange, une physionomie ex-pressive , des yeux admirables et una taille divine, agréments qui luiattirèrent une foule d’adorateurs, dont le préféré fut le comte d’Ar-tois , frère de l’adorateur en titre; elle était fille de M n,e de Cau-mont, gouvernante des enfants du comte d’Artois, et avait épousé uncomte génois, colonel à la suite du régiment de Bourbon, qui, l’ayanttrouvée couchée avec un homme de la cour, voulut la tuer ainsi queson eufant; afin d’éviter les suites de cet éclat, on supposa que cetépoux infortuné était fou, on le traita en conséquence, et l’exaspérationoù le mit un pareil traitement lui fit réellement perdre l’esprit. —M nie deBalbi, dans le plus fort de sa faveur, s’amusait à Hambourg, et prenaitsi peu de précautions pour cacher ses intrigues, que Monsieur en futinstruit et lui écrivit une longue lettre où se trouvait cette phrase :«Vous êtes innocente, je le sais; mais, ma chère comtesse, songezque la femme de César ne doit pas même être soupçonnée. » —L’impudente comtesse répondit par la lettre suivante, qui n’avait queces trois lignes :
« Je ne comprends rien à tout ce que vous me dites ; car vous n’ètespas César, et vous savez bien que je n’ai jamais été votre femme. » —M ,1,e de Balbi était une femme de beaucoup d’esprit, qui a été fort liéesur la fin de sa vie avec M. François de Neufchâleau ; elle est mortedans un état voisin de l’indigence vers la fin de 1839.
Pendant la révolution, le Luxembourg fut transformé en prison. Ony a enfermé plus de deux mille individus des deux sexes, de tous lesrangs, de tous les partis, de toutes les factions. Sous la terreur, cet édi-fice fut celui qui fournit le plus de victimes au tribunal révolutionnaire.Les premiers détenus furent les députés accusés de fédéralisme, aux-quels on joignit bientôt des étrangers des deux sexes. — Le Luxembourgest si étendu et a tant d’issues, qu’un régiment de sentinelles aurait àpeine suffi pour s’assurer des prisonniers. La police para à cette diffi-culté en entourant tout le palais d’une enceinte de planches fort serréeset très-élevées. Des sentinelles placées en dehors empêchaient d’appro-cher de cette enceinte, autour de laquelle on fit tendre une corde qu’ilétait défendu de dépasser; puis, pour plus de sûreté, on fit attacher àchaque arbre cette inscription : « Citoyens, passez vite votre chemin,sans lever les yeux sur cette maison d’arrêt. » Ce fut dans la prison duLuxembourg que furent renfermés Danton, Camille Desmoulins, ThomasPayne, Lacroix, Réal, Pbilippeaux, Bazire,Hérault deSéchelles,Chabot,Fabre d’Eglantine, Chaumette et toute la bande des Cordeliers, Hébert ditlePèreDuchesne, les deux comédiens Grammont pèreet fils, etc., etc.Làfurent détenues M n,,î de Beauharnais, qui fut depuis l'impératrice José-phine ; elle occupait la même chambre que M me de Custine ; M me de La-meth, M m * la duchesse d’Aignillon. Le célèbre peintre David, arrêté àla suite des événements de prairial an m (20 mai 1795), fut enfermé auLuxembourg, où il fit l’esquisse de son tableau des Sabines.
En 1795, les directeurs choisirent le Luxembourg pour leur demeure,et l’histoire secrète de la révolution a consacré de nombreuses pages auxsaturnales et aux fêtes désordonnées qu’y donna Barras ; pendant troisans, les lois et decrets furent datés de ce palais. Lors de l’installation dudirectoire , les loyalistes exercèrent leurs petites vengeances en écrivantdes traits malins ou injurieux jusque dans les guérites des sentinelles.Un jour on lisait non loin du palais directorial : Manufacture de siresà frotter- un autre jour : Nous ne pouvons pas continuer la guerreavec cinq cartouches ; et plus loin : Les Anglais ne se dé~Pitt~erons
, que quand les Français seront de-Barras-sés ; mais cette petite guerreI de lazzi acérés fut aussi courte que frivole. La position du directoire; ne prêtait pas cependant à la plaisanterie; l’état de la France était af-j freux quand il s’installa ; les caisses et les greniers étaient vides, et! cependant le gouvernement était chargé de nourrir les grandes villes.On imprimait la nuit les assignats qui, encore humides, devaient solderles dépenses du lendemain. Une pièce des Tuileries était remplie jus-qu’au plafond de dépêches qui n’avaient jamais été ouvertes, adresséesdes armées , de l’étranger, des départements, aux comilés de la con-vention. Le fil de l’administration était rompu, et la dissolutioncomplète. Ce fut dans cet état de choses que, par une froide matinéed’automne, les quatre premiers directeurs se réunirent dans une cham-bre démeublée du Luxembourg, n’ayant qu’une petite table boiteuse^q’ielques chaises, un cahier de papier à lettres, un encrier et quelquesbûches empruntées au concierge. Ils surmontèrent cependant leur pro-fond découragement, et annoncèrent aux deux conseils que le directoireexécutif était constitué. L’effet de cette nouvelle fut immense : la Franceavait enfin un gouvernement. Au bout d’un an l’abondance était re-venue, le numéraire avait remplacé le papier-monnaie, et l’adminis-tration marchait.
Le 20 frimaire an vi ( 10 décembre 1797), le directoire exécutif donnaau Luxembourg une fête triomphale au général Bonaparte pour la re-mise du traité de Campo-Formio ; elle n’eut pas lieu dans la salle desaudiences du directoire, mais dans la grande cour du Luxembourg, oùtout avait été disposé pour rendre cette solennité l’une des plus impo-santes de la révolution. Les directeurs étaient rangés au fond de la cour,sur une estrade, au pied de l’autel de la patrie, et revêtus du costumeromain. Autour d’eux , les ministres, les ambassadeurs, les membresdes deux conseils, la magistrature, les chefs des administrations, étaientplacés sur des sièges, rangés en amphithéâtres. Des trophées magnifi-ques, formés par les innombrables drapeaux pris sur l’ennemi, s’éle-vaient de distauce en distance, tout autour de la cour; de belles ten-tures tricolores en ornaient les murailles ; des galeries portaient la plusbrillante société de la capitale ; des corps de musiciens étaient placésdans l’enceinte; une nombreuse artillerie entourait le palais, et ajoutaitses détonations aux sons de la musique et au bruit des acclamations.Lorsque parut le général de l’armée d’Italie, la sensation fut extrême ;des acclamations unanimes éclatèrent à la vue du personnage si simple,qu’environnait une telle renommée; les cris de Vive la république,vive Bonaparte, éclatèrent de toutes parts. M. deTalleyrand prononçaun discours où il s’efforça de rapporter la gloire du général à la révo-lution, aux armées et à la grande nation. Le vainqueur de l’Italie pro-nonça d’un ton ferme un discours où il félicita le directoire d’être par-venu à triompher de tous les obstacles qu’il avait eus à combattre. Barrasrépondit au général Bonaparte dans un discours long et diffus. Après cestrois discours, un hymne composé par Chenier fut chanté en chœuravec accompagnement d’un magnifique orchestre. Ensuite Joubert etAndréossy s’avancèrent portant un admirable drapeau dont le directoireavait fait don à l’armée d’Italie, et sur lequel étaient écrits en lettres d’orles noms de dix-huit batailles rangées et de soixante combats. À la finde la cérémonie, les généraux allèrent recevoir l’accolade du présidentdu directoire. A l’instant où Bonaparte la reçut de Barras, les quatre di-recteurs se jetèrent par un entrainement involontaire dans les bras dugénéral. Des acclamations unanimes remplissaient l’air ; le peuple quiencombrait les rues voisines y joignait ses cris, le canon faisait retentirses détonations, toutes les tètes étaient dans l’ivresse !...
Le lendemain de la journée du 18 brumaire (11 novembre 1799), oùfurent pris pour dupes les directeurs qui n’étaient pas dans la confi-dence des conjurés, les consuls vinrent s’établir au Luxembourg à quatreheures du matin. Le général Bonaparte abandonna sa petite maison dela rue de la Victoire, et vint avec sa femme, ses enfants adoptifs et sesaides de camp, fixer sa demeure au Petit-Luxembourg ; Siéyès et RogerDucos s’établirent au Luxembourg, et l’on grava en lettres d’or sur unetable de marbre noir qui avait déjà reçu tant d’inscriptions diverses lesmots : palais du consulat, qui ne devaient pas être les derniers.
Le 19 février 1800, le premier consul quitta le Luxembourg pouraller s’installer aux Tuileries.