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Les quarante-huit quartiers de Paris : biographie historique et anecdotique des rues, des palais, des hôtels et des maisons de Paris / par Girault de Saint-Fargeau
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VILLE DE PARIS.

ONZIÈME ARRONDISSEMENT. N° 42. QUARTIER DE LECOLE DE MEDECINE.

nos jours et durera longtemps encore. On sait que Beaumarchais eutplus de peine à faire jouer sa pièce quà la composer, et lintrigue deson ouvrage, quelque compliquée quelle soit, nest rien auprès de sesdémarches et de ses sollicitations. Pour se consoler de lamertume queleur causait un succès sans exemples, les mécontents, à la cinquièmereprésentation, firent jeter des quatrièmes loges des imprimés contenantles vers suivants, qui se répandirent'dans toute la salle. Ce fut à qui euaurait ; les femmes en demandaient à grands cris ; les gens du parquet euplaçaient au bout de leurs cannes et en présentaient aux loges ; desplaisants y mettaient du papier blanc et même des polissonneries.

Je vis hier dii fond dune coulisseLextravagante nouveautéQui, triomphant de la police,

Profane des Français le spectacle enchanté.

Dans ce drame honteux chaque acteur est un vice,

Bien personnifié dans toute son horrenr.

Barlholo nous peint lavarice,

Almaviva le suborneur;

Sa tendre moitié, ladultère;

Le Double-Main, un plat voleur;

Marceline est une mégère;

Basile un calomniateur;

Fanchette... linnocente est trop apprivoisée!

Et tout brûlant damour, tel quun vrai Chérubin,

Le pige est, pour bien dire, un fieffe libertin,

Protégé par Suzon, fille plus que rusée,

Prenant aussi sa part du gentil favori,

(jreluchon de la femme, et inignjn du mari.

Quel bon ton! Quelles mœurs cette intrigue rassemble'.

Pour lesprit de louvrage... il est chez = Bride-Oison :

Et quant à Figaro... le drôle à son patronSi scandaleusement ressemble,

II est si frappant quü fait peur.

Mais pour voir à la fin tous les vices ensemble.

Le parterre en chorus a demandé lauteur.

Ces vers, aujourdhui totalement oubliés, ne préjudicièrent en rienau succès de la pièce, et nempêchèrent pas la mode de donner le nomde Figaro à mille objets divers ; il y eut des robes à la Figaro, des bijouxà la Figaro, etc., etc., etc.

La troupe du Théâtre-Français offrait alors une étonnante variété detalents remarquables; elle comptait Molé, Larive, Brizard, St-Prix,Monvel, Dugazon, Dazincourt ; M* Vestris, M ,uc Devienne, M 1,e Sain-val, M lle Contât, M lle Joly, M llc Clairon, M 1,c Duménil, M lle Raücourt,M llc Emilie Contât, etc.

Lors de la translation des restes mortels de Voltaire au Panthéon, le11 juillet 1791, la façade du théâtre de lOdéon fut magnifiquementdécorée de guirlandes, de draperies et de cartels placés sur les colonnesdu péristyle, étaient inscrits les titres de toutes les pièces de théâtredont Voltaire était lauteur. Sous le fronton on lisait:

U. FIT UIÈNE A QE AT UEVINGT-TROIS ASS.

Lors du passage du convoi funèbre, la draperie qui couvrait lentréedu vestibule souvrit, et laissa voir dans Je fond le buste en marbre deVoltaire resplendissant de lumière. Des acteurs de ce théâtre, repré-sentant divers personnages dramatiques, vinrent faire leur offrande àlobjet de la vénération publique : Brntus lui offrit des faisceaux delauriers, Orosmane les parfums de lArabie, et Nanine un bouquet deroses.

Sans les troubles de la révolution, il est probable que les comédiensfrançais neussent pas quitté ce théâtre, qui avait pris le titre dethéâtre de la Nation en 1790; mais, à la suite des représentationsPaméla, comédie de François de Neufehâteau, jouée pour la premièrefois le 1 er août 1793, lautorité fxt fermer le théâtre de la Nation etmettre tous les acteurs en prison, à lexception de Molé. Pendant leurretraite économique, leur salle, qui avait pris le nom de Théâtre-Egalité , fut occupée par une troupe dopéra-comique. Lanciennetroupe fut obligée, après le 9 thermidor, de sassocier avec ces nouveauxhôtes; mais ils ne vécurent pas longtemps en bonne intelligence.

Au 19 fructidor, le conseil des cinq cents se réunit dans la salle del'Odéon pendant que le conseil des anciens sassemblait à lécole de-

decine ; un décret fut rendu pour proscrire les directeurs Carnot etj Barthélemy. Dans cette salle encore, on établit une commission mili-taire pour condamner à mort le parti contraire à la réaction du jour.

Après avoir été quelque temps inoccupée, la salie de lOdéon rouvriten 1798 sous la direction de Dorfeuille, et reçut alors le nom dOdéon,parce que les opéras et des pièces mêlées de chants devaient former lefonds du répertoire ; mais le nouveau théâtre se montra bientôt infidèleà cette promesse; la comédie revint y prendre place. Le 18 mars1799, un incendie détruisit le théâtre de lOdéon, dont il ne resta queles quatre murailles. Il fut réédifié par Cbalgrin, et rouvert, sous ladirection de Picard, le 7 juin 1808, sous le nom de théâtre de P Im-pératrice; on y jouait des comédies et des opéras buffa; cest queM roe Barilli fit entendre sa voix, dune fraîcheur et dune pureté inalté-rable ^auprès delle se groupaient le beau ténor Crivelli, la basse taillePorto, Tachinardi à la taille de nain, mais à la voix enchanteresse, etc. En 1814, le théâtre de lOdéon échangea son titre de théâtre delImpératrice pour celui de théâtre royal de lOdéon, et fut occupépar une troupe dacteurs qui jouaient des comédies qui ne faisaientpoint partie du répertoire du Théâtre-Français. Un second incendiedétruisit de nouveau ce théâtre le 20 mars 1818. Louis XVIII ordonnasa reconstruction, et léngea en second Théâtre-Français. La nouvellesalle, décorée avec magnificence, fut ouverte le 30 septembre 1819. Lerépertoire fut composé de toutes les pièces du répertoire de lancienThéâtre-Français, et des tragédies et comédies nouvelles que les auteurscomposaient pour lOdéon. Magré quelques brillants succès, lOdéondevint bientôt désert. Sous la direction de M. Bernard, qui y fit jouerdes opéras arrangés sur des partitions étrangères, il prospéra pendantquelque temps sans pouvoir toutefois se soutenir. Dans ces dernierstemps, il ne souvrait plus que de loin en loin pour des représentationsà bénéfice que venaient y donner dautres spectacles. Après lincendiedu théâtre Favart, les Italiens sy installèrent, et y ramenèrent la fouleavec le beau monde ; mais la salle redevint déserte lorsque lopéra buffafut occuper la salle Ventadour.

En résumé, depuis 1782, jour de linstallation des comédiens fran-çais dans cet édifice, combien douvertures, et, par conséquent, hélas!combien de clôtures! Fermé eu 1793 par le comité du salut public;brillé en l799 ; réédifié en 1808 comme théâtre de lImpératrice ; brûléencore en 1818 ; rétabli et reconstitué second Théâtre-Français en1819; abandonné à tous les genres, tragédies, drames, comédies, opé-ras, en 1824 ; puis fermé, puis ouvert, puis refermé.... Il a été de nou-veau livré au public, en octobre 1841, sous la direction de M. Dépagny ;puis sous celle de M. de Lireux et tutti quanti.

Le théâtre de lOdéon est le plus digne de remarque quil y ait à Paris.Cest un monument isolé, décoré du côté de la place dun grand péri-style de huit colonnes doriques, dont lentablement règne sur les quatrefaces. Celles-ci offrent ensemble quarante-six arcades au rez-de-chaus-sée et le même nombre de croisées au premier étage; le second et letroisième sont éclairés par des jours pratiqués dans les métopes de lafrise et dans lattique. Trois galeries publiques se lient avec le porche,et font le pourtour de lédifice. La forme intérieure de la salle est uneellipse dont le grand axe a 18 m. 24 c., et le petit 15 m. 27 c. Le nom-bre des places quelle contient est de 1,756.

Le marché St-Germain, situé entre les rues Félibien, Clément,Lobineau et Mabillon. U offre un quadrilatère, dont la construction estparfaitement appropriée à son objet ; les balles présentent un coup dœiîmagnifique; les côtés des rues Félibien et Lobineau sont éclairés exté-rieurement par seize croisées et par cinq grilles ; le côté des rues Clémentet Mabillon présente douze croisées et cinq portes. Outre une borne-fon-taine et un vaste puits, au centre du marché St-Germain sélève la fon-taine de la Paix, joli monument construit en forme de tombeau antique,et consistant en un massif carré, dont chaque face est surmontée dunfronton sans support. Il décorait autrefois la place St-Sulpice, et a ététransporté dans la cour du nouveau marché St-Germain en 1824. Lebut de rarchitecte avait été délever un monument funéraire à la mé-moire de Servandoni; mais, sur les observations qui furent faites surlinconvenance dun tombeau pour orner une place publique, on le-