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VILLE DE PARIS.
ONZIÈME ARRONDISSEMENT. — N° 44. QUARTIER DE PALAIS DE JUSTICE.
Gcislard l’imita. Après avoir protesté contre la violation du sanctuairedes lois et s’être arrachés des bras de leurs collègues éplorés, ils furentfaits prisonniers , transférés , l’un aux îles Ste-Marguerite et l’autre àPierre-Encise. Le peuple accompagna ces magistrats en les couvrantd’applaudissements. — C’est au Palais de justice que siégeait à cetteépoque la cour des aides. Le 18 août, le comte d’Artois , chargé par leroi d’aller faire enregistrer à cette cour l’impôt territorial et l’impôt dutimbre, dont le parlement avait refusé l’enregistrement, fut assez malreçu par le peuple, qui savait que ce prince avait vivement appuyél’établissement des impôts, et que même en parlant de l’embarras oùla résistance des cours souveraines mettait le roi, il s’était écrié : A saplace j avec six francs de corde, je saurais bien m’en tirer. Il fut huéet sifflé d’une manière si alarmante , que le comte d’Agoult, sou capi-taine des gardes, crut devoir crier : Aux armes! Les soldats font volte-face, mais aussitôt la multitude se précipite du haut du grand escalier etcontraint la force armée à la retraite. Le lendemain, la cour des compteset la cour des aides protestèrent contre l’enregistrement qui leur avaitété imposé.
Le tribunal révolutionnaire fut installé au Palais de justice le 17 août1792. Avant d’entrer en fonctions, les membres du jury se présentèrentun à un sur une estrade, et, s’adressant au public, proférèrent succes-sivement ces mots : Peuple, je suis un tel, de telle section, demeu-rant dans tel endroit, exerçant telle profession : avez-vous quelquesreproches à me faire? Jugez-moi avant que j’aie le droit de juger lesautres. Après une minute d’attente, si personne n’élevait la voix , ildescendait de l’estrade et faisait place à un autre. — Le tribunal du17 août fut remplacé le 10 mars 1793 par le tribunal criminel extraor-dinaire; pendant son peu de durée il prononça sur le sort de soixante-deux individus, dont vingt-cinq furent condamnés à mort. — Le26 septembre 1793, Merlin de Douai présenta au nom des comités desalut public, de sûreté générale et de législation, un projet de décret ensoixante-quatorze articles sur l’organisation du tribunal révolution-naire, qui fut adopté par la convention nationale. Ce tribunal était com-posé de seize juges, d’un accusateur public, de cinq substituts et desoixante jurés. U était divisé en quatre sections qui se tiraient au sorttous les trois mois, tant parmi les juges que parmi les jurés. Ce tribu-nal tenait ses séances au Palais de justice, dans deux salles où deuxsections tenaient audience , tandis que les deux autres étaient occupéesà l’instruction des procès. Les audiences se tenaient, l’une dans la salledite de la Liberté, jadis grand’chambre du parlement, l’autre dans lasalle dite de l’Egalité , jadis salle St-Louis ou tournelle criminelle duparlement, où siège aujourd’hui la cour de cassation.
L’imprimerie du tribunal révolutionnaire n’était séparée de la salledes séances de ce tribunal que par un mur où l’on avait pratiqué unefenêtre par laquelle on passait les pièces, les notes relatives à l’affaireque l’on jugeait. Souvent le jugement était composé et imprimé dix mi-nutes après qu’il avait été rendu. Dans le procès des dantonistes, lescolporteurs vendaient dans les rues leur jugement avant qu’on le leureût prononcé. Après le 9 thermidor, on trouva dans l’imprimerie dutribunal révolutionnaire des formes de jugement toutes composées , etauxquelles il ne manquait que le nom des condamnés. — C’est au Palaisde justice, près delà Conciergerie, que logeait l’accusateur public Fou-quier Tinville ; il occupa ce logement depuis le 10 mars 1793 jusqu’au21 thermidor(1793), époque où il fut décrété d’accusation; il ne sor-tait guère de chez lui que le soir à dix heures, pour aller au comité desalut public rendre compte à Robespierre, à Billaud-Varennes ou àCoIlot-d’Herbois de l’audience du même jour, prendre leurs ordres dé-finitifs, qu’il faisait exécuter le lendemain. '
La Ste-Chapelle du Palais. La profonde vénération de Louis IXpour les reliques qu’il avait acquises de l’empereur Baudouin l’engageaà faire élever un monument spécialement destiné à les contenir ; c’estpour satisfaire à ce pieux désir que, par lettres patentes datées de l’an1245, il fonda la Ste-Chapelle, qui paraît avoir été élevée sur l’empla-cement d’une petite chapelle St-Nieolas, fondée par Louis le Gros.Pierre de Montereau, habile architecte de cette époque, fut choisi parsaint Louis pour élever ce monument, qu’il termina dans l’espace de
trois ans , et pour lequel il dépensa la somme de quarante mille livrestournois (environ sept cent quatre-vingt-dix mille francs). Les reliqueset les châsses avaient coûté cent mille livres tournois (environ un mil-lion neuf cent soixante-quinze mille francs).
Dans l’origine, ce monument se composait de la grande chapelle àilei.x étages qui existe encore, et d’une sacristie en forme de chapellequi se trouvait accolée à la façade du nord ; dans l’étage supérieur decette sacristie se trouvait le trésor des Chartres. La chapelle haute n’a-vait de communication qu’avec le Palais par une large galerie ; elleservait uniquement de chapelle royale. La chapelle basse était consa-crée aux domestiques du Palais. — En 1783, les constructions faites enremplacement des bâtiments détruits par l’incendie du Palais de 1776,occasionnèrent la démolition de la sacristie de la Ste-Chapelle. SousLouis XIV on construisit une nouvelle flèche qui, à cause de son mau-vais état, fut détruite quelques années avant la révolution de 89.
On peut regarder la Ste-Chapelle comme une église modèle, autantpour la pureté du plan et l’élégance de sa construction que pour la ri-chesse des sculptures qui la décorent. Les plus beaux vitraux , admira-bles par l’expression du dessin et la vivacité des couleurs, garnissent lescroisées ; ils représentent l’histoire de l’Ancien et du Nouveau Testa-ment ; les douze apôtres, adossés aux principaux piliers, sont remar-quables par la pureté du dessin, l’élégance et le bon goût des draperies,ainsi que par la pureté de l’exécution. Derrière le maître-autel, au rond-point de l’église, est une voûte posée sur quatre piliers formant unegrande arcade en ogive, ornée de sculptures, de dorures et d’incrusta-tions imitant les pierres précieuses ; c’est là que se trouvaient les châssesrenfermant les saintes reliques. En l’année 1791, les reliques furent re-tirées de leurs châsses, qui étaient d’or et garnies des plus belles pierresde couleur que produise l’Orient. Ce dépouillement se fit en présencede Bailly, maire de Paris, de l’évéque de Paris Gobel, du chantre de laSte-Chapelle, de l’huissier-priseur Poultier, de Doyen, peintre du roi,et de M. Lenoir, commissaire des objets d’arts. Les reliques furent re-mises à l’évêque de Paris pour être déposées à l’église Notre-Dame ; lespierres précieuses furent portées à l’hôtel des monnaies.
Charles VI et Isabeau de Bavière furent couronnés dans la Ste-Cha-pelle le 23 août 1389. — Le célèbre Boileau Destoeaux , né dans unemansarde d’une maison située dans la cour du Palais de justice, fut en-terré dans la basse Ste-Chapelle en 1711. Avant la révolution, une cé-rémonie qui occasionnait des indécences de plus d’un genre s’exécutaitde temps immémorial la nuit du vendredi au samedi saint à la Ste-Chapelle. A minuit, tous les soi-disant possédés qui voulaient être gué-ris du diable qui les tourmentait se rendaient dans cette église, où legrand chantre les touchait avec du bois de la vraie croix. Aussitôt leurshurlements cessaient, leur rage se calmait, leurs contorsions s’arrêtaient,et ils rentraient dans leur état naturel. Ces énergumènes étaient toutbonnement des mendiants qu’on exerçait de longue main et qu’on payaitpour jouer un pareil rôle. Cette indécente cérémonie fut définitivementsupprimée en 1781. — Sous le directoire, le club, dit cercle de la Ste-Chapelle, tenait ses séances dans cet édifice. Plus tard, la Ste-Chapelleservit de magasin à farines. En 1802 elle fut affectée au dépôt des ar-chives judiciaires, qui y sont restées jusqu’à l’époque où fut décidée larestauration de ce charmant édifice, confiée au talent de M. Leduc.
La Préfecture de police , transférée récemment dans l’hôtel de lacour des comptes, construit par ordre de Louis XII, a occupé long-temps l’hôtel des premiers présidents du parlement. Construit sur l'em-placement de l’hôtel du bailliage du Palais, dont parle Corrozet dans sesRecherches , l'hôtel des premiers présidents devint tour à tour la de-meure d’Achille de Harlaÿ, qui le fit commencer; de M. de Verdun ,qui l’acheva ; de Guillaume de Lamoignon , et de ses successeurs danscette charge jusqu’en 1789 , parmi lesquels on distingue de Mesmes ,Maupeou, Matthjeu-François Molé , François d’Aligre, Lefèvre d’Or-messon. De 1792 à 1794, les quatre maires de Paris, Pétion, Cliambon,Paclie et Fleuriot, y demeurèrent, et depuis l’année 1800 jusqu’à cejour cet hôtel fut habité par vingt préfets de police, à commencer parM. Dubois, et en y comprenant M. Gabriel Delessert. —- On doit àM. Vivien un travail du plus grand intérêt sur la préfecture de police