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VILLE DE PARIS. — DOUZIEME ARRONDISSEMENT. — N° 45. QUARTIER ST-JACQUES.
claie jusqu’au bout du Pont-Neuf, ensuite pendu à une potence, horri-blement mutilé et brûlé sur le même pont, devant la statue de Henri IV.La fureur fut si grande , que chacun voulait avoir un morceau de soncadavre : on vendit fort cher ses oreilles , ainsi que ses cendres, qui sepayaient un quart d’écu l’once !
Vers 1619, on voyait sur la place du Pont-Neuf, du côté de la placeDauphine, le théâtre de Tabarin, bouffon gagé d’un célèbre vendeur debaume et d’onguent, nommé Mondor; on y représentait des petitespièces à intrigues et des farces dites tabariniques.
Le Pont-Neuf était déjà à celte époque le rendez-vous commundes étrangers, le lieu le plus passant de la ville; on le trouvaitconstamment couvert d’une foule de curieux , de charlatans qui ven-daient du baume et jouaient des farces, de banquisles qui faisaient destours de gobelets, de marchands de chansons, qui les chantaient sur desairs populaires, auxquels plus tard est resté le nom de ponts-neufs.Maître Gonin, fameux joueur de gobelets, y avait ses tréteaux, et Brio-ché ses marionnettes. — Le Pont-Neuf, si peuplé de marchands et decharlatans , l’était aussi par de nombreux filous, par de hardis voleurs,qui n’appartenaient pas toujours aux dernières classes de la société.C'est là que les tire-laines enlevaient violemment les manteaux desbourgeois , et que les coupeurs de bourses tranchaient avec adresse lescordons de celles que les hommes et les femmes portaient alors penduesà leur ceinture. Sur ce théâtre de désordres, de querelles et de rixescontinuelles, on voyait pêle-mêle des vagabonds de toutes les classes, dejeunes débauchés appartenant à d’honnêtes familles, des gentilshommessans argent et des princes échappés aux entraves de l’étiquette, cher-chant dans cette bagarre des distractions aux ennuis de la grandeur. Lecomte de Rochefort dit dans ses Mémoires que Gaston , duc d’Orléans ,frère de Louis XIII, après avoir fait la débauche, prit plaisir à s’em-busquer un soir sur le Pont-Neuf, à la tète d’une escouade de détrous-seurs , tous bons gentilshommes, où il enleva cinq à six manteaux auxpassants : le comte de Rochefort, le comte d’Harcourt et le chevalierde Rieux étaient de la compagnie de monseigneur pour cette noble ex-pédition.
Avant la révolution, des petits marchands dressaient chaque joursur les trottoirs du Pont-Neuf de petites boutiques qu’ils enlevaienttous les soirs , et qui étaient louées au profit des grands valets de pieddu roi.
Sur le terre-plein du Pont-Neuf existait, vers la fin du siècle der-nier, un café où chaque soir l’astronome Jérôme de Lalande, Mercieret Rétif de la Bretonne se réunissaient et se livraient à haute voix à uneconversation des plus piquantes. — A l’un des angles de ce terre-pleinoù s’élève la statue de Henri IV, il y avait autrefois un corps degarde où le pauvre Gilbert, mourant de génie et de faim , fut souventforcé de chercher un refuge ; les soldats , touchés de la douleur etde la misère de cet infortuné jeune homme , partageaient avec lui leurnourriture !
Le Pont-Neuf, jeté pour ainsi dire au confluent des trois divisionsprincipales de Paris, est comme la grande artère où passent tout le sang,tous les éléments de vie de la ville géante. A toutes les heures de lajournée une foule considérable y circule, et tandis que les piétons en-vahissent ses trottoirs , des milliers d’équipages et de voitures indus-trielles en labourent la voie dans tous les sens.
Quoique par suite de la fermeture de la foire St-Germain , cettegrande faute administrative qui centralisa presque tous les amusementspublics sur la rive droite delà Seine, le Pont-Neuf, qui faisait pouraiusi dire le complément de cette foire , ait perdu une grande partie desa vogue, ce pont est encore un des plus beaux et sans contredit un desplus fréquentés de l’Europe.
Le pont St-Michel. Il communique du quai des Orfèvres et duquai du Marché-Neuf aux quais St-Micliel et des Grnnds-Augustins. Laconstruction de ce pont date de 1378. Entraîné par les glaces en 1408et rebâti la même aunée, il fut de nouveau emporté par les glaces en1547, rebâti en bois et détruit une troisième fois le 30 janvier i 616. Lamême année on commença à reconstruire en pierre le pont qui existeaujourd’hui, sur lequel on éleva trente-deux maisons qui ont éléabat-
’ tues en 1809. Le pont St-Michel se compose de quatre arches à pleincintre ; sa longueur entre les deux culées est de 57 m. 60 c.
DOUZIÈME ARRONDISSEMENT.
Les limites de cet arrondissement sont : le mur d’enceinte de labarrière de la Gare jusqu’à l’hospice de la Maternité, les bâtiments decet établissement jusqu’au mur du jardin du Palais des pairs, le murde ce jardin jusqu’à la rue St-Dominique d’Eufer, la rue St-Domi-nique n°“ impairs, la rue St-Jacques u os impairs , la rue du Petit-Pontn‘‘ s impairs, les quais de la rive gauche de la Seine jusqu’à la barrièrede la Gare.
45. QUARTIER ST-JACQUES.
Ci-devant section du Panthéon français , et ensuite section de Ste-Gcneviète.
Les limites de ce quartier sont : la rue du Petit-Pont n os impairs, larue St-Jacques n°* impairs jusqu’à la rue des Fossés-St-Jacques , larue des Fossés-St-Jacques n“ impairs, la place de l’Estrapade, la rue dela Vieille-Estrapade n os pairs, la rue Contrescarpe n os pairs, la rue Des-caiies n os pairs, la rue et impasse Clopin, la rue d’Arras n HS pairs, la rueTraversine n ÜS pairs , la rue St-Victor n“ pairs et impairs , la rue deBièvre n°* pairs et impairs , le quai de Montébello et la rue de la Bû-cherie jusqu’au Petit-Pont.— Superficie 340,000 rn. carrés, équivalantà 0,010 de la superficie totale de Paris.
Les monuments et établissements remarquables de ce quartier sont :
Le Panthéon, situé place du Panthéon. En 1754, l’église de l’au-cieime abbaye de Ste - Geneviève menaçant d’une ruine prochaine,Louis XV entreprit la construction d’un nouveau temple où serait ré-vérée la patronne de Paris, et adopta les beaux plans de Soufflot; Lesfondations furent commencées en 1757, et la première pierre posée le6 septembre 1764.
De tous les édifices modernes le Pautbéon est certainement le plusmagnifique. Le plan est une croix grecque, formant quatre nefs qui seréunissent à un centre commun où est placé le dôme. Eu y comprenantle péristy le, ce plan a 1 10 m. 10 c. de longueur sur 82 m. 37 c. de largeurhors d’œuvre. La façade principale, où l’on a prodigué les richessesde l’architecture, se compose d’un perron élevé sur onze marches, etd’un porche en péristyle , imité du Panthéon de Rome. Elle présentesix colonnes de face, et en a vingt-deux dans son ensemble, dont dix-huitsont isolées, et les autres engagées. Toutes ces colonnes sont cannelées etde l’ordre corinthien. Chacune d’elles a 1S ni. 81 c. de hauteur, ycompris base et chapiteau, et 1 m. 78 c. de diamètre. Les feuilles d’a-canthe des chapiteaux sont d’un travail très-précieux; mais les profilssont loin de la pureté des beaux modèles jde l’antiquité. Ces colonnes sup-portent un fronton dont le tympan , dans l’origiue, représentait eu bas-relief une croix entourée de rayons divergents et d’anges adorateurs,sculptés parCoustou.— Après la mort de Mirabeau, l’assemblée natio-nale changea la destination de cet édifice, et le consacra à la sépulturedes Français illustres par leurs talents, leurs vertus et leurs servicesrendus à la patrie. Les administrateurs du département de Paris char-gèrent M. A. Quatremère de la direction des changements à opérerpour transformer ce temple en Panthéon français. Ce savant, distinguepar ses talents, son goût et son zèle patriotique, remplit dignement lesespérances de l’administration. Tous les signes qui caractérisaient unebasilique de chrétiens furent remplacés par les symboles de la liberté etde la morale publique. Sa façade et son intérieur éprouvèrent plusieurschangements. La frise porta en grands caractères de bronze l’inscrip-tion suivante, composée par M. Pastoret :
AUX GRANDS HOMMES LA PATRIE RECONNAISSANTE.
Eu 1S22, cette inscription disparut et fit place à une inscriptionmystique ; la première inscription a cté replacée après la révolution dejuillet.
L’intérieur du Panthéon se compose de quatre nefs qui aboutissent