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Les quarante-huit quartiers de Paris : biographie historique et anecdotique des rues, des palais, des hôtels et des maisons de Paris / par Girault de Saint-Fargeau
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VILLE DE PARIS.

DOUZIÈME ARRONDISSEMENT. N* 47. QUARTIER DU JARDIN DU ROI.

ceux qui lhabitaient ; le célèbre Abélard fut un des disciples de cetteabbaye. Un grand nombre dévêques se retirèrent dans cette maison, yfinirent leurs jours et y furent enterrés : saint Thomas de Cantorbéryhabita cette abbaye, logeait habituellement saint Bernard, quand ilvenait à Paris. Les bâtiments du monastère furent réparés en I448, etentièrement reconstruits, ainsi que léglise, sous le règne de François I er .

Les principaux personnages enterrés dans cette église sont : Huguesde St-Victor, un des premiers abbés ; Pierre Comestor, auteur duneHistoire ecclésiastique ; le poète Léonias ; le poète Santeuil ; Cl. Liset,premier président au parlement; le pèreMaimbourg, etc., etc. Prèsde labbaye il y avait un reclusoir senfermèrent quelques femmesdune austère piété ; cest dans ce reclusoir que mourut et que fut en-terrée la plus ancienne de toutes les recluses connues, nommée Basilla,dont on a vu longtemps lépitaphe. On sait quil ny avait jamais quunerecluse dans la cellule adjacente aux églises; celle qui voulait lui suc-céder attendait quelle fût morte. Labbaye St-Victor et T-enclos quien dépendaitoccupaient le vaste emplacement compris entre la rue St-Victor, la rue des Fossés-S t Bernard, le quai St-Bernard et la rue Cuvier(autrefois rue de Seine); elle fut supprimée en 1790, et démolie en1813 pour agrandir lentrepôt des vins.

Le dernier vestige de cette abbaye, qui a jeté un si vif éclat au moyenâge, a été détruit en 1840. Cétait une tourelle carrée par le bas, octa-gonale par le haut, et dont le sommet était surmonté dun toit aigu encharpente et couvert dardoises. Ce petit monument, qui datait de la findu xiv e siècle, servait autrefois déperon à langle sud-est de la clôturede labbaye; au xvin* siècle, on lui adossa une fontaine, dite fontainedAlexandre, dont la décoration consistait en une urne soutenue pardeux dauphins et posée sur un piédestal dans le milieu duquel était unmasque en bronze ; deux sirènes accompagnaient cette urne, qui étaitanciennement surmontée des armes de la ville ; un atlique, orné dunfronton brisé, autrefois surmonté des armes de France, formait le cou-ronnement. On y lisait ces deux vers de Santeuil, qui faisaient allusionà la bibliothèque de St-Victor, située dans le voisinage :

(guœ sacros doctrines aperit domus intima fontes ,

Civibus exterior dividit urbis aqtias.

La tour et la fontaine ont été sacrifiées lors des nouveaux alignementsde ce quartier, et deux mètres plus loin on a construit une fontaineengagée dans langle tronqué de la maison située au coin de la rue Cu-vier, et surmontée dune belle statue en bronze , placée dans une nichemagnifiquement ornementée. Aux pieds de cette statue, qui est celle dunefemme nue représentant la nature, on voit une foule danimaux et deminéraux, de coquillages et de végétaux.

Aux n os 66, 68, 70, 72 et 74 était le collège des Bons-Enfants,lun des plus anciens collèges de Paris, dont saint Vincent de Paul futprincipal et chapelain, et qui fut occupé plus tard par le séminaire deSt-Firmin, séjourna quelque temps le célèbre réformateur Calvin.

le séminaire de St-Firmin fut supprimé en 1790 et converti enprison ; quatre-vingt-onze prêtres y furent égorgés lors des massacresde septembre. Les maisons portant les n 70, 72 et 74 ont été alié-nées par lEtat en lan iv et en 1808; dans les bâtiments portant lesn os 66 et 68 on avait placé linstitution des jeunes aveugles qui a ététransférée sur le boulevard des Invalides.

Entre les n° 68 et 70, 83 et 85 était la porte St-Victor, cons-truite vers lan 1200, rebâtie en 1570, et abattue en 1684.

Au n° 76 était le collège nu cardinal Lemoine, de plein exercice,fondé en 1302, par le cardinal Jean Lemoine, qui fut inhumé dans lachapelle, erigée en paroisse en 1308. Ce collège a été suppriméen 1790 , vendu par lEtat et converti en maison particulière. Lesbourses étaient au nombre de vingt-quatre, dont six petites bourses. Lesboursiers recevaient une livre et demie de pain par jour ; il y avait uncuisinier établi dans le collège, pour donner aux boursiers seulementdes portions à quatre sous par repas. Ceux qui étaient pourvus debourses devaient les garder jusquà ce quils fussent pourvus dun béné-fice ou dune cure. Ils étaient astreints à faire trois ans de théologie,un an de baccalauréat, deux ans de licence et un an de doctorat.

Au n° 102 était le séminaire St-Nicolas du Chardonneret, fondé parA. Bourdoise, prêtre, et érigé en communauté et séminaire en 1644.Fermée en 1192, cette maison a été rendue à sa première destinationcomme séminaire diocésain en 1811, et autorisée par ordonnance royaledu 30 octobre 1828.

La foire St-Clair se tenait autrefois à la St-Clair et vers le milieude juillet tout le long de la rue St-Victor, depuis la rue des Fossés-St-Bernard jusquau jardin du roi, et sur la place de la Tour-dAlexandreet de la Pitié. Cette foire, qui durait huit jours, attirait un grand con-cours de peuple.

Entre les rues St-Victor, Neuve-St-Etienne, des Fossés-St-Victor etdes Boulangers, était le clos des Arènes, dont il est fait mention dansun titre de lan 1284.

Rue des Fossés-St-Victor, n° 23, était un couvent de clianoi-nesses régulières anglaises dit de Notre-Dame de Sion, supprimé en1790, et converti en pensionnat de demoiselles administré par des reli-gieuses anglaises. Au xvi e siècle, Baïf avait établi dans cette maisonune académie de musique, autorisée par lettres patentes de Charles IX.,qui sen déclara le protecteur et le premier auditeur ; et ce premieressai, tenté pour laccord de la poésie française et de la musique, a faitregarder Baïf par quelques auteurs comme le créateur delopéra fran-çais ; mais on attribue , avec plus de raison, 4a création de lopérafrançais à labbé Perrin, auteur de la première pastorale, mise en mu-sique par Cambert, et représentée devant Louis XIV à Vincennes en1659. Ronsard habitait, sous le règne de Charles IX, une petitemaison située dans la rue des Fossés-St-Victor, près des murs de la villeet du collège de Boncourt. Il paraît que Baïf vint sy établir avec lui,et quon y tenait à certains jours de la semaine des conférences litté-raires assistaient avec Ronsard et Baïf, du Bartas, du Bellay, dePonthus de Tliyard et Jodelle ; comme ils étaient sept, cette assembléefut appelée la Pléiade.

Aux n°* 25 et 27 était le séminaire ou collège des Ecossais, sup-primé en 1792 et devenu maison particulière. Léglise, sous linvocationde St-André, était petite, mais bien décorée : elle renfermait le monu-ment funéraire de Jacques II, roi dAngleterre, consistant en une urneen bronze doré élevée sur un socle en marbre.

Au n° 37 était Ihôtel de Verberie, sétablirent en 1628 lespères de la Doctrine chrétienne.

Rue dArras, n" 4, était le collège dArras, fondé en 1330, etréuni au collège Louis-le-Grand en 1763.

Rue de Pontoise était le couvent des Bernardins, qui y avaientun collège dirigé par des moines de Cîteaux. Léglise, sous linvocationde saint Bernard', avait été construite en 1396, et passait pour un chef-dœuvre ; elle renfermait le tombeau de Guillaume du Vair, évêque deLisieux. Le couvent des Bernardins fut supprimé en 1790 et devintpropriéténationale ; en septembre 1792, il renfermait soixante-dix mal-faiteurs condamnés aux galères, qui attendaient le départ delà chaîne,et qui y furent égorgés. Il reste encore de cet ancien couvent le ré-fectoire, grande salle qui a trois fois létendue du réfectoire de St-Martindes Champs ; moins belle et plus basse que celle de St-Martin, elle estdun caractère peut-être plus sévère et plus accentué. Elle est diviséepar une double rangée de colonnes légères en trois nefs égales. Sous ceréfectoire sétendent des caves immenses qui suivent le plan des cons-tructions supérieures, en ont les dimensions et sont de même par-tagées en trois berceaux. Au-dessus règne le dortoir. Enfin, le hautdu bâtiment est un rare et bel échantillon de la charpente du xiv e siècle,époque de tout le monument. Les caves sont voûtées en pierre, àplein cintre ; mais , à cause des inondations de la Seine, il a fallu lesj combler à moitié. Le réfectoire est voûté en pierre, en ogive, à arêtes! et à nervures qui retombent sur les colonnes ou sur des consoles sculp-tées. Cest le seul bâtiment conventuel du xiv® siècle qui soit à Paris ;

' il .est en assez bonne conservation. On a approprié récemment les bâti-: ments de ce couvent en une caserne de sapeurs pompiers.

Quai de la Tournelle, entre les n os 1 et 3, appuyée contre lan-