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VILLE DE PARIS. — INDUSTRIE ET COMMERCE.
INDUSTRIE ET COMMERCE DE PARIS.
Paris n’est pas seulement le chef-lieu politique de la France, un centrede grande consommation ; c’est aussi la plus importante de nos Tilles decommerce et d’industrie. Trop d’éléments ont concouru à la formationde la cité , trop d’intérêts s’y agitent, pour que l’esprit de clocher,égoïste et mesquin, s’y fasse sentir. L’individu, quelque puissant qu’ilsoit, s’y briserait trop sûrement cpntre la force du nombre, pour quetoutes les personnalités ne s’y fondent pas dans l’ensemble : aussi peut-on dire, avec une exactitude prouvée par les faits, que l’intérêt généraly domine seul, et que l’opinion qui y règne est toujours la plus géné-reuse, la plus libérale, la plus avancée dans la voie du progrès et de lacivilisation. — Le caractère général de l’industrie parisienne est d’offrirun spécimen complet de tous les arts, de tous les travaux, de toutes lesfabrications du pays, portés au point de la dernière perfection. Tout yest représenté depuis la culture de la terre, par les nombreux et ha-biles maraîchers des faubourgs, jusqu’aux grandes manufactures de l’Estpar les filatures du quartier Popincourt. On y exerce l’industrie deschâles mieux qu’à Lyon, la bonneterie mieux qu’à Troyes et à Nîmes ;la fabrication des machines comme à Arras, à Rouen et en Alsace ; I’é-pinglerie comme à Laigle, la coutellerie mieux qu’à Châtellerault et àLangres, le tannage, la corroierie, la mégisserie comme à Bordeaux ; laganterie mieux qu’à Grenoble ; la quincaillerie comme à Molsheim ;l’horlogerie mieux que dans la Franche-Comté; enfin la librairie, la bi-jouterie, l’ébénisterie, l’imprimerie, la fonte , comme nulle part ail-leurs.
Paris a encore, de plus que toutes les autres villes de France, uueindus-trie spéciale à laquelle il a donné son 110m ; — c’est l’article Paris : cesont les modes, les jouets , la bimbeloterie , la gaînerie, la vnallerie ;ce sont aussi les arts de luxe : les bronzes, le plaqué , la laniperie, lapapeterie, l’orfèvrerie, la.joaillerie et mille autres qu’il serait trop longde citer; c’est enfin, et par-dessus tout, les nombreuses professious quiconcourent à l’érection, à l’arrangement et à l’entretien des habitations,depuis la terrasse jusqu’à la tapisserie, en passant par la maçonnerie,la charpente , le parquetage et carrelage, la couverture, la menuiserie,la serrurerie, la fumisterie et la peinture.
Dire combien de millions toutes ces industries mettent en circulation,combien d’ouvriers elles emploient, combien d’existences elles soutien-nent, est chose à peu près impossible ; voici cependant quelques chiffresofficiels. Lors de la crise de 1831 , les conséquences économiques de larévolution se faisant encore sentir, l’autorité supérieure fit faire uu re-censement de la population ouvrière de la capitale, et il fut constaté quela ville de Paris renfermait à cette époque, malgré l’absence d’un grandnombre d’ouvriers maçous et terrassiers, 96,001 ouvriers du sexe mascu-lin. Quelques agents ayant relevé en même temps le nombre des ouvrières,îl fut reconnu qu’il était à celui des hommes clans le rapport, de 48 à100, soit environ 46,124 , et ensemble 145,215. D’antres renseigne-ments obtenus par la même voie firent connaître en outre que chaqueouvrier actif «.'présentait 4,38 personnes à nourrir, c'est-à-dire que le
salaire des 96,091 ouvriers dont il est question plus haut devait pourvoirà tous les besoins de 420,878 individus de tout âge et de tout sexe. Enajoutant à ce chiffre le nombre des ouvrières et celui des personnes àleur charge, en tenant compte des progrès de la population depuis 1831,et faisant d’ailleurs la part à toutes les erreurs, exagérations et doubleemploi, on voit que l’armée des travailleurs parisiens, non compris lescadres, c’est-à-dire les généraux ou maîtres, et leurs officiers ou commis,compte environ cent cinquante mille soldats, lesquels ont à faire500,000 parts de leur solde et de leur pain.
Par suite de cette réunion, dans la capitale, de tous les arts et de. toutesles industries, il est facile de suivre la marche et les progrès du travailnational sans sortir pour ainsi dire des murs de la ville. Nulle part onne travaille mieux, sinon aussi bien ; nulle part on ne voit éclore autantd’inventions utiles et précieuses; non pas que les Parisiens aient plusque d’autres le monopole du génie ; mais parce que tous les talents dudehors y affluent, s’y réunissent, s’y confondent et s’y associent ; parceque là seulement ils trouvent les ressources et les encouragements dontils ont besoin, les conseils de la science et l’approbation des juges com-pétents qui font trouver les capitaux nécessaires. Ce fait explique bien,et explique seul, la prospérité croissante de l’industrie parisienne, malgréles vices de la constitution économique. On ne comprend pas, en effet,au premier abord , comment avec un budget municipal de plus de40 millions, avec des taxes d’octroi doubles et quelquefois triples decelles qui sont perçues pour le compte du trésor ; taxes qui pèsent detoutes les manières sur l’industrie et sur les travailleurs, et augmentent deplus de 25 pour cent en moyenne tous les objets de consommation, depuisla pierre et le bois des maisons, c’est-à-dire le loyer, jusqu’à la viande etaux boissons, c’est-à-dire la nourriture ; on ne comprend pas, disons-nous, comment elle peut lutter, tant sur son propre marché qu’au de-hors, avec ses concurrents placés en position d’avoir tout à beaucoupmeilleur marché, le loyer, les salaires, le combustible, etc. —Telle estcependant la supériorité que l’industrie parisienne doit à la réunion ,dans la capitale, de tous les talents, de tous les capitaux et de tous lesmoyens de transport, et aussi à la faveur dont elle jouit à juste titreauprès d’une classe nombreuse et toute spéciale de consommateurs d’é-lite, dont le goût décide par toute la France et même beaucoup plus loin,de la réputation des produits qu’elle adopte , que non-seulement la fa-brique de Paris lutte avec avantage dans l’intérieur de la France , maisqu’elle exporte à l’étranger pour des valeurs considérables et sans cessecroissantes, quelque chose comme cent cinquante millions à peu près.Son habileté est telle qu’elle ne craint aucune concurrence , et que danstoutes les discussions qui ont eu lieu dans ces dernières années à proposde négociations commerciales avec d’autres peuples industriels, elle n’aréclamé pour ses produits ni prohibitions ni encouragements particuliers,mais bien plutôt des réformes de tarifs qui , en laissant entrer les mar-chandises étrangères, lui fournissent des moyens d’échange pour sespropres produits.
Paris est à :
392 kilomètres S.-S.-E. de Londres;
211 k. et 11 postes 1 / 2 de Bruxelles :
223 k. et 32 postes 3/4 S. d’Amsterdam;
377 k. et 91 milles 7/8 S.-O. de Berlin ;
211 k., 29 postes 1/4 et128 milles 1/2 S.-S.-O. de Copenhague;211 k. et 198 milles 1/2 S.-S.-O. de Stockholm;
377 k., 198 milles 1 /8 et 807 werstes 1 /2 S.-O. de St-Pétersbourg :377 k. et 173 milles 3/8 S.-O. de Varsovie;
377 k., 25 postes et 57 milles 3/8 de Dresde;
476 k. et 100 milles 1/2 N.-N.-O. devienne;
498 k., 2 postes N.-O. de Genève:
481 k. et 81 postes 3/4 de Florence :
495 k. et 115 postes 1/4 N.-N.-O. de Rome ;
454 k. et 75 postes N. - O. de Venise ;
495 k. et 37 postes 3/4 N.-O. de Turin ; .
454 k. et 52 postes 3/4 N.-N.-O. de Milan ;
497 k. et 4 postes I /2 de Chambéry ;
481 k. 136 postes 3/4 et 404 lieues 1/2 de caravane N.-O. de Cons-tantinople ;
495 k. et 137 postes 1 /2 N.-N.-O. de Naples ;
811 k. et 105 lieues I /2 d’Kspagne N.-N.-E. de Madrid ;
811 k. et 202 lieues 1/2 d’Espagne et de Portugal N.-E. de Lisbonne.
A 0 de longitude du méridien de l’observatoire de Paris, 20" de lon-gitude du méridien de l’îîedeFer, 48° 50' 14'' de latitude septentrionale.