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Tome premier.
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CLITANDRE, ACTE III, SCENE V.

Mon esprit, quoique lourd, aisément ne s’abuse :

Ce que vous me cachez, je le lis dans vos yeux.Quelque revers d’amour vous conduit en ces lieux ;N'est-il pas vrai, monsieur? et même cette aiguilleSent assez les faveurs de quelque belle fdle ;

Elle est, ou je me trompe, un gage de sa foi.

DORISE.

O malheureuse aiguille! Hélas! c’est fait de moi.

PYMANTE.

Sans doute votre plaie à ce mot s’est rouverte.Monsieur, regrettez-vous son absence, ou sa perte ?Vous aurait-elle bien pour un autre quitté,

Et payé vos ardeurs d’une infidélité ?

Vous ne répondez point; cette rougeur confuse,Quoique vous vous taisiez, clairement vous accuse.Brisons là : ce discours vous fâcherait enfin ;

Et c’était pour tromper la longueur du cheminQu'après plusieurs discours, ne sachant que vous dire,J’ai touché sur un point dont votre cœur soupire,

Et de quoi fort souvent on aime mieux parlerQue de perdre son temps à des propos en l’air.

DORISE.

Ami, ne porte plus la sonde en mon courage :

Ton entretien commun me charme davantage;

Il ne peut me lasser, indifférent qu’il est;

Et ce n’est pas aussi sans sujet qu’il me plaît.

Ta conversation est tellement civile,

Que pour un tel esprit, ta naissance est trop vile ;

Tu n’as de villageois que l’habit et le rang,

Tes rares qualités te font d’un autre sang ;

Même, plus je te vois, plus en toi je remarqueDes traits pareils à ceux d’un cavalier de marque;

Il s’appelle Pymante, et ton air et ton portOnt avec tous les siens un merveilleux rapport.

PYMANTE.

J’en suis tout glorieux ; et de ma part, je priseVotre rencontre autant que celle de Dorise,

Autant que si le ciel, apaisant sa rigueur,

Me faisait maintenant un présent de son cœur.dorise.

Qui nommes-tu Dorise ?

pymante.

Une jeune cruelleQui me fuit pour un autre.

DORISE.

Et ce rival s’appelle ?

PYMANTE.

Le berger Rosidor.

DORISE.

Ami, ce nom si beau

Chez vous donc se profane à garder un troupeau?

PYMANTE.

Madame, il ne faut plus que mon feu vous déguiseQue sous ces faux habits il reconnaît. Dorise.

j Je ne suis point surpris de me voir dans ces boisNe passer à vos yeux que pour un villageois ;

Votre haine pour moi fut toujours assez fortePour déférer sans peine à l’habit que je porte.

Cette fausse apparence aide et suit vos mépris :

Mais cette erreur vers vous ne m’a jamais surpris ;Je sais trop que le ciel n’a donné l’avantageDe tant de raretés qu’à votre seul visage ;

Sitôt que je l’ai vu, j’ai cru voir en ces lieuxDorise déguisée, ou quelqu’un de nos dieux ;

Et si j’ai quelque temps feint de vous méconnaîtreEn vous prenant pour tel que vous vouliez paraître,Admirez mon amour, dont la discrétionRendait à vos désirs cette submission,

Et disposez de moi, qui borne mon envieA prodiguer pour vous tout ce que j’ai de vie.

DORISE.

Pymante, eh quoi ! faut-il qu’en l’état où je suisTes importunités augmentent mes ennuis!

Faut-il que dans ce bois ta rencontre funesteVienne encor m’arracher le seul bien qui me reste,

Et qu’ainsi mon malheur au dernier point venuN’ose plus espérer de n’être pas connu!

PYMANTE.

Voyez comme le ciel égale nos fortunes,

Et comme, pour les faire entre nous deux communes,Nous réduisant ensemble à ces déguisements,

11 montre avoir pour nous de pareils mouvements.

dorise. [ges ;

Nous changeons bien d’habits, mais non pas de visa-Nous changeons bien d’habits, mais non pasde coura-Et ces masques trompeurs de nos conditions [ ges ;Cachent, sans les changer, nos inclinations.

PYMANTE.

Me négliger toujours, et pour qui vous néglige !dorise.

Que veux-tu? son mépris plus que ton feu m’oblige;J’y trouve, malgré moi, je ne sais quel appas,

Par où l’ingrat me tue, et ne m’offense pas.

PYMANTE.

Qu’espérez-vous enfin d’un amour si frivolePour cet ingrat amant qui n’est plus qu’une idole?

DORISE.

Qu’une idole ! Ah ! ce mot me donne de l’effroi.Rosidor une idole ! ah ! perfide, c’est toi,

Ce sont tes trahisons qui l’empêchent de vivre.

Je t’ai vu dans ce bois moi-même le poursuivre,Avantagé du nombre, et vêtu de façonQue ce rustique habit effaçait tout soupçon :

Ton embûche a surpris une valeur si rare.

PYMANTE.

Il est vrai, j’ai puni l’orgueil de ce barbare,

De cet heureux ingrat, si cruel envers vous,

Qui, maintenant par terre, et percé de mes coups,