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Tome premier.
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CLITANDRE, ACTE IV. SCENE I

Eprouve par sa mort comme un amant fidèleVenge votre beauté du mépris qu’on fait d’elle.

DORISE.

Monstre de la nature, exécrable bourreau,

Après ce lâche coup qui creuse mon tombeau,

D’un compliment railleur ta malice me flatte!

Fuis, fuis, que dessus toi ma vengeance n’éclate ;Ces mains, ces faibles mains que vont armer les dieux,N’auront que trop de force à t’arracher les yeux,

Que trop à t’imprimer sur ce hideux visageEn mille traits de sang les marques de ma rage.

l’VMiSTK.

Le courroux d’une femme, impétueux d’abord,Promet tout ce qu’il ose à son premier transport;Mais comme il n’a pour lui que sa seule impuissance,A force de grossir il meurt en sa naissance ;

Ou s’étouffant soi-même, à la fin ne produitQue point ou peu d’effet après beaucoup de bruit.

DOR1SF..

Va, va, ne prétends pas que le mien s’adoucisse;

Il faut que ma fureur ou l’enfer te punisse ;

Le reste des humains ne saurait inventerDe gêne qui te puisse à mon gré tourmenter.

Si tu ne crains mes bras, crains de meilleures armes;Crains tout ce que le ciel m’a départi de charmes :

Tu sais quelle est leur force, et ton cœur la ressent ;Crains qu’elle ne m’assure un vengeur plus puissant.Ce courroux, dont tu ris, en fera la conquêteDe quiconque à ma haine exposera ta tête,

De quiconque mettra ma vengeance en mon choix.Adieu : je perds le temps à crier dans ces bois :

Mais tu verras bientôt si je vaux quelque chose,

Et si ma rage en vain se promet ce qu’elle ose.

PYMANTE.

J’aime tant cette ardeur à me faire périr,

! Que je veux bien moi-même avec vous y courir.

DOEISE.

Traître! ne me suis point.

PYMANTE.

Prendre seule la fuite!

Vous vous égareriez à marcher sans conduite;

Et d’ailleurs votre habit, où je ne comprends rien,Peut avoir du mystère aussi bien que le mien.

L’asile dont tantôt vous faisiez la demandeMontre quelque besoin d’un bras qui vous défende ;Et mon devoir vers vous serait mal acquitté,

S’il ne vous avait mise en lieu de sûreté.

Vous pensez m’échapper quand je vous le témoigne;Mais vous n’irez pas loin que je ne vous rejoigne.L’amour que j’ai pour vous, malgré vos dures lois,Sait trop ce qu’il vous doit, et ce que je me dois.

i

ACTE QUATRIÈME.

SCÈNE PREMIÈRE.

PYMANTE, DORISE.

DORISE.

Je te le dis encor, tu perds temps à me suivre ;Souffre que de tes yeux ta pitié me délivre.

Tu redoubles mes maux par de tels entretiens.

PYMANTE.

Prenez à votre tour quelque pitié des miens,Madame, et tarissez ce déluge de larmes :

Pour rappeler un mort ce sont de faibles armes ;

Et, quoi que vous conseille un inutile ennui,

Vos cris et vos sanglots ne vont point jusqu’à lui.

DOEISE.

Si mes sanglots ne vont où mon cœur les envoie,

Du moins par eux mon âme y trouvera la voie :

S’il lui faut un passage afin de s’envoler,

Ils le lui vont ouvrir en le fermant à l’air.

Sus donc, sus, mes sanglots, redoublez vos secousses :Pour un tel désespoir vous les avez trop douces ;Faites pour m’étouffer de plus puissants efforts.

PYMANTE.

Ne songez plus, madame, à rejoindre les morts;Pensez plutôt à ceux qui n’ont point d’autre envieQue d’employer pour vous le reste de leur vie;Pensez plutôt à ceux dont le service offertAccepté vous conserve, et refusé vous perd.

DOEISE.

Crois-tu donc, assassin, m’acquérir par ton crime?Qu’innocent méprisé, coupable je t’estime?

A ce compte, tes feux n’ayant pu m’émouvoir,

Ta noire perfidie obtiendrait ce pouvoir!

Je chérirais en toi la qualité de traître !

Et mon affection commencerait à naîtreLorsque tout l’univers a droit de te haïr !

PYMANTE.

Si j’oubliai l’honneur jusques à le trahir ;

Si, pour vous posséder, mon esprit, tout de flamme,N’a rien cru de honteux, n’a rien trouvé d’infâme,Voyez par là, voyez l’excès de mon ardeur;

Par cet aveuglement jugez de sa grandeur,

DOEISE.

Non, non, ta lâcheté, que j’y vois trop certaine,

N’a servi qu’à donner des raisons à ma haine.

Ainsi ce que j’avais pour toi d’aversionVient maintenant d’ailleurs que d’inclination ;

C’est la raison, c’est elle à présent qui me guideAu mépris que je fais des flammes d’un perfide.

PYMANTE.

Je ne sache raison qui s’oppose à mes vœux,