LA PLACE ROYALE, ACTE IV, SCÈNE V,
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SCENE II.
De paraître en ces lieux avant qu’il en soit temps.Tenez.
ALIDOR, CLÉ ANDRE.
CLÉANDRE.
Alidor !
ALIDOR.
Qui m’appelle?
CLÉANDRE.
Cléandre.
ALIDOR.
Tu t’avances trop tôt.
CLÉANDRE.
Je me lasse d’attendre.
ALIDOR.
Laisse-moi, cher ami, le soin de t’avertirEn quel temps de ce coin il te faudra sortir.
CLÉANDRE.
Minuit vient de sonner; et, par expérience,
Tu sais comme l’amour est plein d’impatience.
ALIDOR.
Va donc tenir tout prêt à faire un si beau coup ;
Ce que nous attendons ne peut tarder beaucoup.
Je livre entre tes mains cette belle maîtresse,
Sitôt que j’aurai pu lui rendre ta promesse :
Sans lumière, et d’ailleurs s’assurant en ma foi,Rien ne l’empêchera de la croire de moi.
Après, achève seul ; je ne puis, sans supplice,Forcer ici mon bras à te faire service ;
Et mon reste d’amour, en cet enlèvement,
Ne peut contribuer que mon consentement.
CLÉANDRE.
Ami, ce m’est assez.
ALIDOR.
Va donc là-bas attendre
Que je te donne avis du temps qu’il faudra prendre.Cléandre, encore un mot. Pour de pareils exploitsNous nous ressemblons mal, et de taille et de voix ;Angélique soudain pourra te reconnaître ;
Regarde après ses cris si tu serais le maître.
CLÉANDRE.
Ma main dessus sa bouche y saura trop pourvoir.
ALIDOR.
Ami, séparons-nous, je pense l’entrevoir.
CLÉANDRE.
Adieu. Fais promptement.
SCÈNE III.
( Il lui donne la promesse de Cléandre. )
ANGÉLIQUE.
Je prends sans lire ; et ta foi m’est si claire,Que je la prends bien moins pour moi que pour mon pè-Je la porte à ma chambre : épargnons les discours ; [re ;Fais avancer tes gens, et dépêche.
ALIDOR.
J’y cours.
( seul. )
Lorsque de son honneur je lui rends l’assurance,C’est quand je trompe mieux sa crédule espérance :Mais, puisqu’au lieu de moi je lui donne un ami,
A tout prendre, ce n’est la tromper qu’à demi.
SCÈNE IV.
PHYLIS.
Angélique! c’est fait, mon frère en a dans l’aile 1 ;
La voyant échapper, je courais après elle;
Mais un maudit galant m’est venu brusquementServir à la traverse un mauvais compliment,
Et par ses vains discours m’embarrasser de sorteQu’Angélique à son aise a su gagner la porte.
Sa perte est assurée, et le traître AlidorLa posséda jadis, et la possède encor.
Mais jusques à ce point serait-elle imprudente?
Il n’en faut point douter, sa perte est évidente;
Le cœur me le disait, le voyant en sortir,
Et mon frère dès lors se devait avertir.
Je te trahis, mon frère, et par ma négligence,
Étant sans y penser de leur intelligence...
( Alidor parait avec Cléandre , accompagné d’unetroupe; et après lui avoir montré Phylis, qu’ilcroit être Angélique, il se retire en un coin duthéâtre, et Cléandre enlève Phylis, et lui metd'abord la main sur la bouche. )
SCÈNE V.
ALIDOR.
On l’enlève, et mon cœur, surpris d’un vain regret,Fait à ma perfidie un reproche secret ;
ALIDOR, ANGÉLIQUE.
ANGÉLIQUE.
Que la nuit est obscure !
Alidor n’est pas loin, j’entends quelque murmure.
ALIDOR.
De peur d’être connu, je défends à mes gens
1 Mon frère en a dans l’aile. Locution proverbiale, et quiveut dire ici, mon frère est joué. En avoir dans Vaile signifieordinairement, être blessé , être amoureux, être épris. Bellin-gen, dans ses Proverbes français, prétend qu’il faut écriredans le L, et non dans l’aile, parce que, dit-il, cette façon deparler désigne une personne qui est entrée dans la cinquantièmeannée de son âge, et qu’en chiffres romains la lettre l vaut 60.Quoi qu’il en soit, le sens de ce vers de Corneille est trop clairpour avoir besoin d’ètre plus longuement commenté.