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Tome premier.
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159
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LA PLACE ROYALE, ACTE IV, SCÈNE V,

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SCENE II.

De paraître en ces lieux avant qu’il en soit temps.Tenez.

ALIDOR, CLÉ ANDRE.

CLÉANDRE.

Alidor !

ALIDOR.

Qui m’appelle?

CLÉANDRE.

Cléandre.

ALIDOR.

Tu t’avances trop tôt.

CLÉANDRE.

Je me lasse d’attendre.

ALIDOR.

Laisse-moi, cher ami, le soin de t’avertirEn quel temps de ce coin il te faudra sortir.

CLÉANDRE.

Minuit vient de sonner; et, par expérience,

Tu sais comme l’amour est plein d’impatience.

ALIDOR.

Va donc tenir tout prêt à faire un si beau coup ;

Ce que nous attendons ne peut tarder beaucoup.

Je livre entre tes mains cette belle maîtresse,

Sitôt que j’aurai pu lui rendre ta promesse :

Sans lumière, et d’ailleurs s’assurant en ma foi,Rien ne l’empêchera de la croire de moi.

Après, achève seul ; je ne puis, sans supplice,Forcer ici mon bras à te faire service ;

Et mon reste d’amour, en cet enlèvement,

Ne peut contribuer que mon consentement.

CLÉANDRE.

Ami, ce m’est assez.

ALIDOR.

Va donc là-bas attendre

Que je te donne avis du temps qu’il faudra prendre.Cléandre, encore un mot. Pour de pareils exploitsNous nous ressemblons mal, et de taille et de voix ;Angélique soudain pourra te reconnaître ;

Regarde après ses cris si tu serais le maître.

CLÉANDRE.

Ma main dessus sa bouche y saura trop pourvoir.

ALIDOR.

Ami, séparons-nous, je pense l’entrevoir.

CLÉANDRE.

Adieu. Fais promptement.

SCÈNE III.

( Il lui donne la promesse de Cléandre. )

ANGÉLIQUE.

Je prends sans lire ; et ta foi m’est si claire,Que je la prends bien moins pour moi que pour mon pè-Je la porte à ma chambre : épargnons les discours ; [re ;Fais avancer tes gens, et dépêche.

ALIDOR.

J’y cours.

( seul. )

Lorsque de son honneur je lui rends l’assurance,C’est quand je trompe mieux sa crédule espérance :Mais, puisqu’au lieu de moi je lui donne un ami,

A tout prendre, ce n’est la tromper qu’à demi.

SCÈNE IV.

PHYLIS.

Angélique! c’est fait, mon frère en a dans l’aile 1 ;

La voyant échapper, je courais après elle;

Mais un maudit galant m’est venu brusquementServir à la traverse un mauvais compliment,

Et par ses vains discours m’embarrasser de sorteQu’Angélique à son aise a su gagner la porte.

Sa perte est assurée, et le traître AlidorLa posséda jadis, et la possède encor.

Mais jusques à ce point serait-elle imprudente?

Il n’en faut point douter, sa perte est évidente;

Le cœur me le disait, le voyant en sortir,

Et mon frère dès lors se devait avertir.

Je te trahis, mon frère, et par ma négligence,

Étant sans y penser de leur intelligence...

( Alidor parait avec Cléandre , accompagné d’unetroupe; et après lui avoir montré Phylis, qu’ilcroit être Angélique, il se retire en un coin duthéâtre, et Cléandre enlève Phylis, et lui metd'abord la main sur la bouche. )

SCÈNE V.

ALIDOR.

On l’enlève, et mon cœur, surpris d’un vain regret,Fait à ma perfidie un reproche secret ;

ALIDOR, ANGÉLIQUE.

ANGÉLIQUE.

Que la nuit est obscure !

Alidor n’est pas loin, j’entends quelque murmure.

ALIDOR.

De peur d’être connu, je défends à mes gens

1 Mon frère en a dans l’aile. Locution proverbiale, et quiveut dire ici, mon frère est joué. En avoir dans Vaile signifieordinairement, être blessé , être amoureux, être épris. Bellin-gen, dans ses Proverbes français, prétend qu’il faut écriredans le L, et non dans l’aile, parce que, dit-il, cette façon deparler désigne une personne qui est entrée dans la cinquantièmeannée de son âge, et qu’en chiffres romains la lettre l vaut 60.Quoi qu’il en soit, le sens de ce vers de Corneille est trop clairpour avoir besoin d’ètre plus longuement commenté.