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LA PLACE ROYALE,
Il tient pour Angélique, il la suit, le rebelle !
Parmi mes trahisons il veut être fidèle ;
.Te le sens, malgré moi, de nouveaux feux épris,Refuser de ma main sa franchise à ce prix,Désavouer mon crime, et, pour mieux s’en défendra ,Me demander son bien, que je cède à Cléandre.Hélas! qui me prescrit cette brutale loi '
De payer tant d’amour avec si peu de foi ?
Qu’envers cette beauté ma flamme, est inhumaine'
Si mon feu la trahit, que lui ferait ma haine?
Juge, juge, Alidor, en quelle extrémitéLa va précipiter ton infidélité.
Écoute ses soupirs, considère ses larmes,
Laisse-toi vaincre enfin à de si fortes armes ;
Et va voir si Cléandre, à qui tu sers d’appui,
Pourra faire pour toi ce que tu fais pour lui.
Mais mon esprit s’égare, et quoi qu’il se figure,Faut-il que je me rende à des pleurs en peinture,
Et qu’AIidor, de nuit plus faible que de jour,
Redonne à la pitié ce qu’il ôte à l’amour?
Ainsi donc mes desseins se tournent en fumée!
J’ai d’autres repentirs que de l’avoir aimée!
Suis-je encore Alidor après ces sentiments?
Et ne pourrai-je enfin régler mes mouvements?
Vaine compassion des.douleurs d’Angélique,
Qui pense triompher d’un cœur mélancolique!Téméraire avorton d’un impuissant remords,
Va, va porter ailleurs tes débiles efforts.
Après de tels appas, qui ne m’ont pu séduire,
Qui te fait espérer ce qu’ils n’ont su produire?
Pour un méchant soupir que tu m’as dérobé,
Ne me présume pas tout à fait succombé :
Je sais trop maintenir ce que je me propose,
Et souverain sur moi, rien que moi n’en dispose.
En vain un peu d’amour me déguise en forfaitDu bien que je me veux le généreux effet,
De nouveau j’y consens, et prêt à l’entreprendre...
SCÈNE VI.
ANGÉLIQUE, ALIDOR.
ANGÉLIQUE.
Je demande pardon de t’avoir fait attendre;
D’autant qu’en l’escalier on faisait quelque bruit,
Et qu’un peu de lumière en effaçait la nuit,
Je n’osais avancer, de peur d’être aperçue.
Allons, tout est-il prêt? Personne ne m’a vue :
De grâce, dépêchons, c'est trop perdre de temps,
Et les moments ici nous sont trop importants ;Fuyons vite, et craignons les yeux d’un domestique.Quoi! tu ne réponds rien à la voix d’Angélique?
ALIDOR.
Angélique ? mes gens vous viennent d’enlever ;
ACTE IV, SCÈNE VI.
Qui vous a fait si tôt de leurs mains vous sauver?Quel soudain repentir, quelle crainte de blâme,
Et quelle ruse enfin vous dérobe à ma flamme ?
Ne vous sufflt-il point de me manquer de foi,
Sans prendre encor plaisir à vous jouer de moi?
ANGÉLIQUE.
Que tes gens cette nuit m’ayent vue, ou saisie,N’ouvre point ton esprit à cette fantaisie.
ALIDOR.
Autant que l’ont permis les ombres de la nuit,
Je l’ai vu de mes yeux.
ANGÉLIQUE.
Tes yeux t’ont donc séduit :Et quelque autre sans doute, après moi descendue,Se trouve entre les mains dont j’étais attendue.
Mais, ingrat, pour toi seul j’abandonne ces lieux,
Et tu n’accompagnais ma fuite que des yeux!
Pour marque d’un amour que je croyais extrême,
Tu remets ma conduite à d’autres qu’à toi-même !
Et je suis un larcin indigne de tes mains!
ALIDOR.
Quand vous aurez appris le fond de mes desseins,Vous n’attribûrez plus, voyant mon innocence,
A peu d’affection l’effet de ma prudence.
ANGÉLIQUE.
Pour ôter tout soupçon et tromper ton rival,
Tu diras qu’il fallait te montrer dans le bal.
Faible ruse!
ALIDOR.
Ajoutez, et vaine, et sans adresse,Puisque je ne pouvais démentir ma promesse.
ANGÉLIQUE.
Quel était donc ton but ?
ALIDOR.
D’attendre ici le bruit
Que les premiers soupçons auront bientôt produit,Et d’un autre côté me jetant à la fuite,
Divertir de vos pas leur plus chaude poursuite.
angélique , en pleurant.
Mais enfin, Alidor, tes gens se sont mépris.
ALIDOR.
Dans ce coup de malheur, et confus, et surpris,
Je vois tous mes desseins succéder à ma honte;
Mais il me faut donner quelque ordre à ce mécompte :Permettez...
ANGÉLIQUE.
Cependant, à qui me laisses-tu?
Tu frustres donc mes vœux de l’espoir qu’ils ont eu,Et ton manque d’amour, de mes malheurs complice,M’abandonnant ici, me livre à mon supplice !L’hymen ( ah, ce mot seul me réduit aux abois ! )D’un amant odieux me va soumettre aux lois;
Et tu peux m’exposer à cette tyrannie !
De l’erreur de tes gens je me verrai punie !