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EXAMEN DE MÉDÉE.
l'indigne traitement qu’elle a reçu de Créon et de sonmari; et qu’on a plus de compassion du désespoir où ilsPont réduite, que de tout ce qu’elle leur fait souffrir.
Quant au style, il est fort inégal en ce poème : et ce quej’y ai mêlé du mien approche si peu de ce que j’ai traduitde Sénèque, qu’il n’est point besoin d’en mettre le texte en
Chez les Grecs, et même chez les Romains, qui admettaientles sortilèges, Médée pouvait être un très-beau sujet. Aujour-d’hui nous le reléguons à l’Opéra, qui est parmi nous l’empiredes fables, et qui est à peu près parmi les théâtres ce qu’est i’Or-lando furioso parmi les poèmes épiques.
Mais quand Médée ne serait pas sorcière, le parricide qu’ellecommet presque de sang-froid sur ses deux enfants pour se ven-ger de son mari, et l’envie que Jason a de son côté de tuer cesmêmes enfants pour se venger de sa femme, forment un amasde monstres dégoûtants, qui n’est malheureusement soutenuque par des amplilications de rhétorique, en vers souvent dursou faibles, ou tenant de ce comique qu’on mêlait avec le tragi-que, sur tous les théâtres de l’Europe, au commencement dudix-septième siècle. Cependant cette pièce est un chef-d’œuvreen comparaison de presque tous les ouvrages dramatiques quila précédèrent. C’est ce que M. de Fontenelle appelle prendrel’essor, et monter jusqu’au tragique le plus sublime. Et eneffet il a raison, si on compare Médée aux six cents pièces deHardi, qui furent faites chacune en deux ou trois jours; auxtragédies de Garnier, aux Amours infortunées de Lèandre etde Héro , par l’avocat la Selve; à la Fidèle tromperie d’unautre avocat nommé Gougenot; au Pirandre de Boisrobertqui fut joué un an avant la Médée.
Nous avons déjà remarqué que toutes les autres parties de lalittérature n’étaient pas mieux cultivées.
marge pour faire discerner au lecteur ce qui est de lui oude moi. Le temps m’a donné le moyen d’amasser assez deforces pour ne laisser pas cette différence si visible dans lePompée , où j’ai beaucoup pris de Lucain, et ne crois pasêtre demeuré fort au-dessous de lui quand il a fallu mepasser de son secours.
Corneille avait trente ans quand il donna sa Médée : c’estl’àge de la force de l’esprit; mais il était encore subjugué parson siècle. Ce n’est point sa première tragédie; il avait fait jouerClitandre trois ans auparavant. Les tragédies de Shakespeareétaient plus monstrueuses encore que Clitandre; mais ellesn’ennuyaient pas. Il fallut enfin revenir aux anciens pour fairequelque chose de supportable, et Médée est la première piècedans laquelle on trouve quelque goùtde l’antiquité. Cette imita-tion est sans doute très-inférieure à ces beautés vraies que Cor-neille lira depuis de son seul génie.
Resserrer un événement illustre et intéressant dans l’espacede deux ou trois heures ; ne faire paraître les personnages quequand ils doivent venir; ne laisser jamais le lhé<àtre vide; for-mer une intrigue aussi vraisemblable qu’attachante; ne direrien d’inutile; instruire l’esprit et remuer le cœur; être toujourséloquent en vers, et de l’éloquence propre à chaque caractèrequ’on représente; parler sa langue avec autant de pureté quedans la prose la plus châtiée, sans que la contrainte de la rimeparaisse gêner les pensées; ne se pas permettre un seul vers oudur, ou obscur, ou déclamateur : ce sont là les conditions qu’onexige aujourd’hui d’une tragédie, pour qu’elle puisse passeràla postérité avec l’approbalion des connaisseurs, sans.laquellail n’y a jamais de réputation véritable.
On verra comment, dans les pièces suivantes, Corneille arempli plusieurs de ces conditions. (Y.)
FIN DE M2DEE.
CORNEILLE. — TOME 1.
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