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Tome premier.
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LE CID, ACTE I, SCENE IV.

Que je meurs s’il s’achève ou ne s’achève pas.

LÉONOR.

Madame, après cela je n’ai rien à vous dire,

Sinon que de vos maux avec vous je soupire :

Je vous blâmais tantôt, je vous plains à présent :Mais puisque dans un mal si doux et si cuisantVotre vertu combat et son charme et sa force,

En repousse l’assaut, en rejette l’amorce,

Elle rendra le calme à vos esprits flottants.

Espérez donc tout d’elle, et du secours du temps :Espérez tout du ciel ; il a trop de justicePour laisser la vertu dans un si long supplice.l'infante.

Ma plus douce espérance est de perdre l’espoir.

LE PAGE.

Par vos commandements Chimène vous vient voir.

l’infante , à Léonor.

Allez l’entretenir en cette galerie.

LÉONOR.

Voulez-vous demeurer dedans la rêverie ?

l’infante.

Non, je veux seulement, malgré mon déplaisir,Remettre mon visage un peu plus à loisir.

Je vous suis.

SCÈNE III.

L’INFANTE seule.

Juste ciel, d’où j’attends mon remède,Mets enfin quelque borne au mal qui me possède,Assure mon repos, assure mon honneur.

Dans le bonheur d’autrui je cherche mon bonheur.Cet hyménée à trois également importe ;

Rends son effet plus prompt, ou mon âme plus forte.D’un lien conjugal joindre ces deux amants,

C’est briser tous mes fers, et finir mes tourments.Mais je tarde un peu trop, allons trouver Chimène,Et par son entretien soulager notre peine.

SCÈNE IV.

LE COMTE, D. DIÈGUE.le comte.

Enfin vous l’emportez, et la faveur du roiVous élève en un rang’qui n’était dû qu’à moi 1 ;

1 La dureté, l’impolitesse, tes rodomontades du comte sont,àia vérité, intolérables; mais songez qu’il est puni.

N. B. Aujourd’hui, quand les comédiens représentent cettepièce, iis commencent par cette scène*. Il paraît qu’ils onttrès-grand tort ; car peut-on s’intéresser à la querelle du comteet de don Diègue, si on n’est pas instruit des amours de leursenfants? L’affront que Gormas fait à don Diègue est un coup dethéâtre, quand on espère qu’ils vont conclure le mariage de

* C’est J. B. Rousseau qui St ce changement, et qui supprima lerôle de l’infante. (P.)

II vous fait gouverneur du prince de Castille.

D. DIÈGUE.

Cette marque d’honneur qu’il met dans ma familleMontre à tous qu’il est juste, et fait connaître assezQu’il sait récompenser les services passés.

lecomte. [sommes 1 :

Pour grands que soient les rois, ils sont ce que nousIls peuvent se tromper comme les autres hommes ;

Et ce choix sert de preuve à tous les courtisansQu’ils savent mai payer les services présents.

D. DIÈGUE.

Ne parlons plus d’un choix dont votre esprit s’irrite;La faveur l’a pu faire autant que le mérite.

Mais on doit ce respect au pouvoir absolu,

De n’examiner rien quand un roi l’a voulu.

A l’honneur qu’il m’a fait ajoutez-en un autre;Joignons d’un sacré nœud ma maison à la vôtre.Vous n’avez qu’une fille, et moi je n’ai qu’un fils ;Leur hymen nous peut rendre à jamais plus qu’amis :Faites-nous cette grâce, et l’acceptez pour gendre.

LE COMTE.

A des partis plus hauts ce beau fils doit prétendre ;Et le nouvel éclat de votre dignitéLui doit enfler le cœur d’une autre vanité.Exercez-la, monsieur 1 , et gouvernez le prince;

Chimène avec Rodrigue. Ce n’est point jouer le Cid, c’est in-sulter son auteur, que de le tronquer ainsi. On ne devrait paspermettre aux comédiens d’altérer ainsi les ouvrages qu’ils re-présentent.

Dans le Cid de Diamante, le roi donne la place de gouver-neur de son lits en présence du comte; et cela est encore plusthéâtral. Le théâtre ne reste point vide. Il semble que Corneilleaurait du plutôt imiter Diamante que Castro dans cette intelli-gence du théâtre.

Au reste, dans les deux pièces espagnoles, le comte de Gor-mas donne u’n soufflet à don Diègue : ce soufflet était essentiel.

Les deux pères disent à peu près les mômes choses dans cesdeux scènes et dans les suivantes. Castro, qui vint après Dia-mante , ne lit point difliculté de prendre plusieurs pensées chezson prédécesseur, dont la pièce était presque oubliée. A plusforte raison , Corneille fut en droit d’imiler les deux poètesespagnols, et d’enrichir sa langue des beautés d’une langueétrangère. (V.)

On trouvera dans le tome II Y Avertissement de J. B. Rous-seau sur i’édition qu’il donna du Cid, avec les changements qu’ilcroyaitnécessaires àia représentation. Pour ne pas surchargerie texte de Corneille, nous avons rejeté au même volume tesObservations de Scudéri, les Sentiments de l’Académie, etla Préface historique de Voltaire sur le Cid, ainsi que quel-ques autres pièces relatives à ce premier chef-d’œuvre de lascène française.

1 Cette phrase a vieilli ; elle était fort bonne alors : il est hon-teux pour l’esprit humain que la même expression soit bonne enun temps et mauvaise en un autre. On dirait aujourd’hui : Toutgrands que sont les rois, Quelque grands que soient les rois.(V-)

2 Mettre une vanité au cœur serait aujourd’hui une mau-vaise façon de parler. Monsieur ne se dirait pas non plus dansune tragédie. (V.)

Monsieur se dirait nécessairement dans une pièce dont lespersonnages seraient Français. On en a eu l’exemple dans la tra-gédie de Charles IX, où non-seulement ce mot a été reçu.