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Tome premier.
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EXCERPTA E TITO LIVIO.

facilité les connaissances. Vous ayez ennobli le but de l’art,puisque, au lieu de celui de plaire au peuple que nousprescrivent nos maîtres, et dont les deux plus honnêtesgens de leur siècle, Scipion et Lælie, ont autrefois pro-testé de se contenter, vous nous avez donné celui de vousplaire et de vous divertir ; et qu’ainsi nous ne rendons pasun petit service à l’État, puisque, contribuant à vos diver-tissements, nous contribuons à l’entretien d’une sanlé quilui est si précieuse et si nécessaire. Vous nous en avez faci-lité les connaissances, puisque nous n’avons plus besoind’autre étude pour les acquérir que d’attacher nos yeuxsur Votre Éminence quand elle honore de sa présence et deson attention le récit de nos poèmes. C’est là que, lisant surson visage ce qui lui plait et ce qui ne lui plaît pas, nous nousinstruisons avec certitude de ce qui est bon et de ce qui estmauvais, et tirons des règles infaillibles de ce qu’il fautsuivre et de ce qu’il faut éviter : c’est là que j’ai souvent ap-pris en deux heures ce que mes livres n’eussent pu m’ap-prendre en six ans; c’est là que j’ai puisé ce qui m’a valul’applaudissement du public; et c’est là qu’avec votre fa-veur j’espère puiser assez pour être un jour une œuvredigne de vos mains. Ne trouvez donc pas mauvais, Mon-seigneur, que, pour vous remercier de ce que j’ai deréputation, dont je vous suis entièrement redevable, j’em-prunte quatre vers d’un autre Horace que celui que jevous présente, et que je vous exprime par eux les plus vé-ritables sentiments de mon âme :

Totum muneris hoc tui est ,

Quod monstror digito prætereuntium

Scenœ non levis artifex :

Quod spiro et placeo, si placeo , iuum est.

J e n’ajouterai qu’une vérité à celle-ci, en vous suppliantde croire que je suis et serai toute ma vie, très-passion-nément *,

Monseigneur ,

nE votre éminence ,

Votre très-humble, très-obéissant,et très-obligé serviteur,

CORNEILLE.

Et par cet ascendant ses projets confondus,

Après trente-trois ans sur le trône perdus,Commençant à régner, il a cessé de vivre.

Le sonnet a des beautés ; mais avouons que ce n’était pas à unpensionnaire du cardinal à le faire, et qu’il ne fallait ni lui pro-diguer tant de louanges pendant sa vie, ni l’outrager après samort. (V.)

La vérité échappait enfin à Corneille; et Richelieu, qui l’a-vait persécuté, ne méritait pas de sa part plus de ménagement.Voltaire devait être ici plus indulgent que personne. ( P.)

1 Cette expression passio?inément montre combien tout dé-pend des usages. Je suis passionnément est aujourd’hui la for-mule dont les supérieurs se servent avec les inférieurs. Les Ro-mains ni les Grecs ne connurent jamais ce protocole de lavanité : il a toujours changé parmi nous. Celui qui fait cette re-marque est le premier qui ait supprimé les formules dans lesépitres dédicatoires de ce genre ; et on commence à s’en abste-nir. Ces épitres, en effet, étant souvent des ouvragesraisonnés,ne doivent point finir comme un ouvrage ordinaire. (V.)

EXCERPTA E TITO LIVIO.

Titus Livius, lib. primo, cap. 23 et seqq.

Bellum utrinque summa ope parabatur, civili similli-mum bello, prope inter parentes natosque, Trojanamutramque prolem, cum Laviniam ab Troja, ab LavinioAlba, ab Albanorum stirpe regurn oriundi Romani essent.Eventus tamen belli minus miserabilem dimicationem fecit,quod nec acie certatum est, et tectis modo dirutis alteriusurbis, duo populi in unum confusi sunt. Albani prioresingenti exercitu in agrum romanum impetum fecere : cas-tra ab urbe liaud plus quinque millia passuum locant, fossacircumdant. Fossa Cluilia ab nomine ducis per aliquot se-cuia appellata est, donec cum re nomen quoque vetustateabolevit. In bis castris Cluilius Albanus rex moritur. Dic-tatorem Albani Melium Suffetium créant. Intérim Tullusferox præcipue morte regis magnumque deorum numenab ipso capite orsum, in omne nomen Albanum expetitu-rum pœnas ob bellum impium dictitans, nocte præteritishostium castris, infeslo exercitu in agrum Albanum per-git. Ea res ab stativis excivit Metium, is ducit exercitumquam proxime ad hostem potest, inde legatum præmissumnunciare Tullojubet, priusquam dimicent, opus esse col-loquio : si secum congressus sit, satis scire ea se allaturum,quæ niliilo minus ad rem Romanam, quam ad Albanampertineant. Haud aspernatus Tullus, tametsi varia afïer-rentur, suos in aciem ducit; exeunt contra et Albani.I’ostquam iustructi utrinque stabant, cum paucis proce-rum in medium duces procedunt. Ibi infit Albanus : « In-« jurias, et non redditas res ex fœdere quæ repetitæ sunt;« et, ego regem nostrum Cluilium causam lmjusce esse« belli audisse videor, nec te dubito, Tulle, eadem præ te« ferre. Sed si vera potius quam dictu speciosa dicenda« sunt, cupido imperii duos cognatos vicinosque populos« ad arma stimulât; neque recte an perperam interpretor,« fuerit ista ejus deliberatio qui bellum suscepit : me Al-« bani gerendo bello ducem creavere. Illud te, Tulle, mo-« nitumvelim : Etrusca res quanta circa nos teque maximea sit, quo propior es Volscis, hoc magis scis : multum illi« terra, plurimum mari pollent. Memor esto, jam cum« siguum pugnæ dabis, bas duas acies spectaculo fore, ut« fessos confectosque, simul victorem ac victum aggre-« diantur. Itaque, si nos dii amant, quoniam non con-te tenti libertate certa, in dubiam imperii, servitiique aleam« imus, ineamus aliquam viam, qua utri utris imperent,« sine magna clade, sine multo sanguine utriusque populi« decerni possit. » Haud displicet res Tullo, quamquamtum indole animi, tum spe victoriæ ferocior erat. Quæ-rentibus utrinque ratio initur, cui et fortuna ipsa præbuitmateriam.

Forte in duobus tum exercitibus erant tergemini fratresnec ætate, nec viribus dispares. Horatios Curiatiosquefuisse satis constat, nec ferme res antiqua aeia estnorilior; tamen in re tain Clara nominum error manet,utrius populi Horatii, utrius Curiatii fuerint. Auctoresutroque trahunt : plures tamen invenio, qui Romanos Ho-ratios vocent : hos ut sequar, inclinât animus. Cum lerge-