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Tome premier.
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HORACE, ACTE I, SCÈNE II.

Oubliez Curiace, et recevez Valère,

Vous ne tremblerez plus pour le parti contraire,Vous serez toute nôtre 1 , et votre esprit remisN’aura plus rien à perdre au camp des ennemis.

CAMILLE.

Donnez-moi des conseils qui soient plus légitimes,Et plaignez mes malheurs sans m’ordonner des crimes.Quoiqu’à peine à mes maux je puisse résister,

J’aime mieux les souffrir que de les mériter.

JULIE.

Quoi ! vous appelez crime un change raisonnable !

CAMILLE.

Quoi ! le manque de foi vous semble pardonnable ?

JULIE.

Envers un ennemi qui peut nous obliger?

CAMILLE.

D’un serment solennel qui peut nous dégager?

JULIE.

Vous déguisez en vain une chose trop claire :

Je vous vis encore hier entretenir Valère;

Et l’accueil gracieux qu’il recevait de vousLui permet de nourrir un espoir assez doux.

CAMILLE.

Si je l’entretins hier et lui fis bon visage 2 ,

N’en imaginez rien qu’à son désavantage 3 ;

De mon contentement un autre était l’objet.

Mais pour sortir d’erreur sachez-en le sujet ;

Je garde à Curiace une amitié trop pure

Pour souffrir plus longtemps qu’on m’estime parjure.

Il vous souvient qu’à peine on voyait de sa sœurPar un heureux hymen mon frère possesseur,

Quand, pour comble de joie, il obtint de mon pèreQue de ses chastes feux je serais le salaire.

Ce jour nous fut propice et funeste à la fois ;

Unissant nos maisons, il désunit nos rois ;

Un même instant conclut notre hymen et la guerre,Fit naître notre espoir et le jeta par terre UNous ôta tout, sitôt qu’il nous eut tout promis ;

Et, nous faisant amants, il nous fit ennemis.

saire, le familier ne peut être souffert. Peut-être une attentiontrop scrupuleuse aurait éteint le feu du génie; mais, après avoirécrit avec la rapidité du génie, il faut corriger avec la lenteurscrupuleuse delà critique. (V. )

* Vous serez toute nôtre ..

n’est pas du style noble. Ces familiarités étaient encore d’usage.(V.)

1 Faire bon visage est du discours le plus familier. ( V. )

3 Tout cela est d’un style un peu trop bourgeois, qui était ad-mis alors. II ne serait pas permis aujourd’hui qu’une tille ditque c’est un désavantage de ne lui pas plaire. (Y. )

4 Non-seulement un espoir jeté par terre eut une expressionvicieuse, mais la même idée est exprimée ici en quatre façonsdifférentes ; ce qui est un vice plus grand. Il faut, autant qu’onle peut, éviter ces pléonasmes; c’est une abondance stérile : jene crois pas qu’il y en ait un seul exemple dans Racine. (V.)

[ Combien nos déplaisirs parurent lors extrêmes!Combien contre le ciel il vomit de blasphèmes!

Et combien de ruisseaux coulèrent de mes yeux !

Je ne vous le dis point, vous vîtes nos adieux ;

Vous avez vu depuis les troubles de mon âme :

Vous savez pour la paix quels vœux a faits ma flamme,Et quels pleurs j’ai versés à chaque événement,Tantôt pour mon pays, tantôt pour mon amant.Enfin mon désespoir, parmi ces longs obstacles,

M’a fait avoir recours à la voix des oracles.

Écoutez si celui qui me fut hier renduEut droit de rassurer mon esprit éperdu.

Ce Grec si renommé, qui depuis tant d’annéesAu pied de l’Aventin prédit nos destinées,

Lui qu’Apollon jamais n’a fait parler à faux 1 ,

Me promit par ces vers la fin de mes travaux :

« Albe et Rome demain prendront une autre face 1 ;

« Tes vœux sont exaucés, elles auront la paix,

« Et tu seras unie avec tou Curiace,

« Sans qu’aucun mauvais sort t’en sépare jamais. »

Je pris sur cet oracle une entière assurance,

Et comme le succès passait mon espérance,J’abandonnai mon âme à des ravissementsQui passaient les transports des plus heureux amants.Jugez de leur excès : je rencontrai Valère,

Et, contre sa coutume, il ne put me déplaire,

Il me paria d’amour sans me donner d’ennui :

Je ne m’aperçus pas que je parlais à lui ;

Je ne lui pus montrer de mépris ni de glace 3 :

1 Parier à faux n’est pas sans doute assez noble, ni mêmeassez juste. Un coup porte à faux, on est accusé à faux, dans lestyle familier; mais on ne peut dire, il parle à faux, dans undiscours tant soit peu relevé. ( V.)

2 On pourrait souhaiter que cet oracle eut été plutôt rendudans un temple que par un Grec qui fait des prédictions au piedd’une montagne. Remarquons encore qu’un oracle doit pro-duire un événement et servir aunœud de la pièce, et qu’ici il nesort presque à rien qu’à donner un moment d’espérance. J’ose-rais encore dire que ces mois à double entente, sans qu’aucunmauvais sort t’en sépare jamais, paraissent seulement uneplaisanterie amère, une équivoque cruelle sur la destinée mal-heureuse de Camille. Le plus grand défaut de cette scène, c’estson inutilité. Cet entretien de Camille et de Julie roule sur unobjet trop mince, et qui ne sert en rien, ni au nœud, ni au dé-noùment. Julie veut pénétrer le secret de Camille, et savoir sielle aime un autre que Curiace : rien n’est moins tragique. (V.)

3 On pourrait faire ici une réflexion queje ne hasarde qu’aveola déiiance convenable; c’est que Camille était plus en droit delaisser paraître son indifférence pour Valère que de l’écouteravec complaisance; c’est qu’il était même plus naturel de luimontrer de la glace, quand elle se croyait sure d’épouser sonamant, que de faire bon visage à un homme qui lui déplaît ; etenlince trait rafliné marque plus de subtilité que de sentiment,il n’y a rien là de tragique. Mais ce vers,

Tout ce que je voyais me semblait Curiace,

est si beau qu’il semble tout excuser.

II est vrai que ce petit incident, qui ne consiste que dans lajoie que Camille a ressentie, ne produit aucun événement, e t

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