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Tome premier.
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HORACE, ACTE II, SCÈNE VII. 267

Si ce malheur illustre ébranlait l’un de vous,

Je le désavoûrais pour frère ou pour époux.Pourrai-je toutefois vous faire une prièreDigne d’un tel époux et digne d’un tel frère ?

Je veux d’un coup si noble ôter l’impiété,

A l’honneur qui l’attend rendre sa pureté,

La mettre en son éclat sans mélange de crimes;Enfin, je vous veux faire ennemis légitimes.

Du saint nœud qui vous joint je suis le seul lien :Quand je ne serai plus, vous ne vous serez rien.Brisez votre alliance, et rompez-en la chaîne;

Et puisque votre honneur veut des effets de haine,Achetez par ma mort le droit de vous haïr :

Albe le veut, et Rome ; il faut leur obéir.

Qu’un de vous d’eux me tue, et que l’autre me venge 1Alors votre combat n’aura plus rien d’étrange,

Et du moins l’un des deux sera juste agresseur,

Ou pour venger sa femme, ou pour venger sa sœur.Mais quoi ! vous souilleriez une gloire si belle,

Si vous vous animiez par quelque autre querelle :Le zèle du pays vous défend de tels soins ;

Vous feriez peu pour lui si vous vous étiez moins *.11 lui faut, et sans haine, immoler un beau-frère.

Ne différez donc plus ce que vous devez faire ;Commencez par sa sœur à répandre son sang,Commencez par sa femme à lui percer le flanc,Commencez par Sabine à faire de vos viesUn digne sacrifice à vos chères patries :

Vous êtes ennemis en ce combat fameux,

Vous d’Albe, vous de Rome, et moi de toutes deux.Quoi ! me réservez-vous à voir une victoireOù, pour haut appareil d’une pompeuse gloire 3 ,

Je verrai les lauriers d’un frère ou d’un mariFumer encor d’un sang que j’aurai tant chéri ?Pourrai-je entre vous deux régler alors mon âme,

Satisfaire aux devoirs et de sœur et de femme,Embrasser le vainqueur en pleurant le vaincu ?

Non, non, avant ce coup Sabine aura vécu :

Ma mort le préviendra, de qui que je l’obtienne ;

Le refus de vos mains y condamne la mienne.

Sus donc, qui vous retient? Allez, cœurs inhumains,J’aurai trop de moyens pour y forcer vos mains ;Vous ne les aurez point au combat occupées,

Que ce corps au milieu n’arrête vos épées ;

Et, malgré vos refus, il faudra que leurs coupsSe fassent jour ici pour aller jusqu’à vous.

HORACE.

O ma femme !

CURIACE.

O ma sœur !

CAMILLE.

Courage! ils s’amollissent.

SABINE.

Vous poussez des soupirs ; vos visages pâlissent :Quelle peur vous saisit ? Sont-ce là ces grands cœurs,Ces héros qu’Albe et Rome ont pris pour défenseurs?

HORACE.

Que t’ai-je fait, Sabine ? et quelle est mon offense,Qui t’oblige à chercher une telle vengeance ?

Que t’a fait mon honneur? et par quel droit viens-tuAvec toute ta force attaquer ma vertu ?

Du moins contente-toi de l’avoir étonnée,

Et me laisse achever cette grande journée.

Tu me viens de réduire en un étrange point 1 ;

Aime assez ton mari pour n’en triompher point.Va-t’en, et ne rends plus la victoire douteuse ;

La dispute déjà m’en est assez honteuse.

Souffre qu’avec honneur je termine mes jours.

SABINE.

Va, cesse de me craindre; on vient à ton secours.

teur doit examiner quelque chose de plus important ; il verraque cette scène de Sabine n’était pas nécessaire, qu’elle ne faitpas un coup de théâtre, que le discours de Sabine est trop arti-ficieux , que sa douleur est trop étudiée, que ce n’est qu’un ef-fort de rhétorique. Cette proposition qu’un des deux la tue, etque l’autre la venge, n’a pas l’air sérieux; et d’ailleurs, celan’einpèchera pas que Curiace ne combatte le frère de sa maî-tresse , et qu’Horace ne combatte l’époux promis à sa sœur. Deplus, Camille est un personnage nécessaire, et Sabine ne l’estpas; c’est sur Camille que roule l’iiürigue. Épousera-t-elle sonamtnt? ne l’épousera-t-elle pas? Ce sont les personnages dontle sort peut changer, et dont les passions doivent être heureusesou malheureuses, qui sont l’âme de la tragédie. Sabine n’est in-troeuite dans la pièce que pour se plaindre. (V.)

1 Quand Sabine vient proposer à son frère et à son mari de luidonner la mort, on sait trop qu’ils ne le feront ni l’un ni l’autre.Ce n’est donc qu’une vaine déclamation : car Sabine ne doit pasplus le demander qu’ils ne doivent le faire ; c’est un remplissageamené par des sentiments peu naturels. (La H.)

2 Ce peu et ce moins font un mauvais effet, et vous vousétiez moins e st prosaïque et familier. (V.)

3 Ces vers échappent quelquefois au génie dans le feu de lacomposition. Us ne disent rien, mais ils accompagnentdes versqui disent beaucoup. (V.)

SCÈNE VII.

le vieil HORACE, HORACE, CURIACE,SABINE, CAMILLE.

LE VIEIL HORACE.

Qu’est-ce ci, mes enfants? écoutez-vous vos flammes 1 ?Et perdez-vous encor le temps avec des femmes 3 ?Prêts à verser du sang, regardez-vous des pleurs ?Fuyez, et laissez-les déplorer leurs malheurs.

1 Notre malheureuse rime arrache quelquefois de ces mauvaisvers : ils passent à la faveur des bons ; mais ils feraient tomberun ouvrage médiocre dans lequel ils seraient en grand nombre.(V.)

2 Qu’est-ce ci ne se dit plus aujourd’hui que dans le discoursfamilier. (V.)

3 Avec des femmes serait comique en toute autre occasion ;mais je ne sais si cette expression commune ne va pas ici jusi

i qu’à la noblesse, tant elle peint bien le vieil Horace. (V.)