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Tome premier.
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HORACE, ACTE III, SCÈNE I.

Leurs plaintes ont pour vous trop d’art et de tendres-Elles vous feraient part enfin de leur faiblesse, [se ;Et ce n’est qu’en fuyant qu’on pare de tels coups.

4 } SABINE.

N’appréhendez rien d’eux, ils sont dignes de vous.Malgré tous nos efforts vous en devez attendreCe que vous souhaitez et d’un fils et d’un gendre;

Et si notre faiblesse ébranlait leur honneur,

Nous vous laissons ici pour leur rendre du cœur.Allons, ma sœur, allons, ne perdons plus de larmes ;Contre tant de vertus ce sont de faibles armes.

Ce n’est qu’au désespoir qu’il nous faut recourir.Tigres, allez combattre, et nous, allons mourir.

SCÈNE VIII.

LE VIEIL HORACE, HORACE, CURIACE.

HOBACE.

Mon père, retenez des femmes qui s’emportent,

Et, de grâce, empêchez surtout qu’elles ne sortent.

Leur amour importun viendrait avec éclat

Par des cris et des pleurs troubler notre combat ;

Et ce qu’elles nous sont ferait qu’avec justiceOn nous imputerait ce mauvais artifice;

L’honneur d’un si beau choix serait trop acheté,

Si l’on nous soupçonnait de quelque lâcheté.

LE VIEIL HORACE.

J’en aurai soin. Allez, vos frères vous attendent;

Ne pensez qu’aux devoirs que vos pays demandent

CURIACE.

Quel adieu vous dirai-je? et par quels compliments....

LE VIEIL HORACE.

Ah ! n’attendrissez point ici mes sentiments ;

Pour vous encourager ma voix manque de termes ;Mon cœur ne forme point de pensers assez fermes ;Moi-même en cet adieu j’ai les larmes aux yeux 1 .Faites votre devoir, et laissez faire aux dieux 3 .

1 Des pays ne demandent point des devoirs; la patrie imposedes devoirs; eile en demande l’accomplissement. (V.)

2 Cette larme paternelle qui tombe des yeux de l’inflexiblevieillard touche cent fois plus que les plaintes superflues desdeux femmes. On reconnaît ici la vérité de ce qu’a dit Voltaire,que l’amour n’est point fait pour la seconde place. (La H.)

3 J’ai cherché dans tous les anciens et dans tous les théâtresétrangers une situation pareille, un pareil mélange de grandeurd’âme, de douleur, de bienséance, et je ne l’ai point trouvé : jeremarquerai surtout que chez les Grecs il n’y a rien dans cegoût. (V.)

ACTE TROISIEME.

SCÈNE PREMIÈRE.

SABINE >.

Prenons parti, mon âme, en de telles disgrâces ;Soyons femme d’Horace, ou sœur des Curiaces;Cessons de partager nos inutiles soins;

Souhaitons quelque chose, et craignons unpeumoins.Mais las ! quel parti prendre en un sort si contraire?Quel ennemi choisir, d’un époux ou d’un frère?

La nature ou l’amour parle pour chacun d’eux,

Et la loi du devoir m’attache à tous les deux.

Sur leurs hauts sentiments réglons plutôt les nôtres;Soyons femme de l’un ensemble et sœur des autres :Regardons leur honneur comme un souverain bien;Imitons leur constance, et ne craignons plus rien.

La mort qui les menace est une mort si belle,

Qu’il en faut sans frayeur attendre la nouvelle.N’appelons point alors les destins inhumains;Songeons pour quelle cause, et non par quelles mains ;Revoyons les vainqueurs, sans penser qu’à la gloireQue toute leur maison reçoit de leur victoire ;

Et sans considérer aux dépens de quel sangLeur vertu les élève en cet illustre rang 2 ,

Faisons nos intérêts de ceux de leur famille :

En l’une je suis femme, en l’autre je suis fille ;

Et tiens à toutes deux par de si forts liens,

Qu’on ne peut triompher que par les bras des miens.Fortune, quelques maux que ta rigueur m’envoie,J’ai trouvé les moyens d’en tirer de la joie,

Et puis voir aujourd’hui le combat sans terreur,

Les morts sans désespoir, les vainqueurs sans hor-Flatteuse illusion, erreur douce et grossière, [reur.Vain effort de mon âme, impuissante lumière,

De qui le faux brillant prend droit de m’éblouir,

Que tu sais peu durer, et tôt t’évanouir !

Pareille à ces éclairs qui, dans le fort des ombres,

1 Ce monologue de Sabine est absolument inutile, et fait lan-guir la pièce. Les comédiens voulaient alorsdes monologues. Ladéclamationapprochaitduchant, surtout celle des femmes; lesauteurs avaient cette complaisance pour elles. Sabine s’adressesa pensée, la retourne, répète ce qu’elle a dit, oppose parole àparole.

En l’une je suis femme, en l’autre je suis fille.

En l’une je suis fille, en l’autre je suis femme.

Songeons pour quelle cause, et non par quelles mains.

Je songe par quels bras, et non pour quelle cause.

Les quatre derniers vers sont plus dans la passion. (V.)

2 II ne s’agit point ici de rang : l’auteur a voulu rimer à sang.La plus grande difficulté de la poésie française et sonplus grandmérite est que la rime ne doit jamais empêcher d’employer lemot propre. (V.)