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HORACE, ACTE
Qu’elle-même sur soi renverse ses murailles,
Et de ses propres mains déchire ses entrailles ;
Que le courroux du ciel allumé par mes vœuxFasse pleuvoir sur elle un déluge de feux!
Puissé-je de mes yeux y voir tomber ce foudre,
Voir ses maisons en cendre, et tes lauriers enpoudre,Voir le dernier Romain à son dernier soupir,
Moi seule en être cause, et mourir de plaisir!hobace, mettant l’épée à la main, et poursuivantsa sœur, qui s’enfuit.
C’est trop, ma patience à la raison fait place ;
Va dedans les enfers plaindre ton Curiace 1 !
Camille, blessée, derrière le théâtre.
Ah, traître !
hobace , revenant sur le théâtre.
Ainsi reçoive un châtiment soudainQuiconque ose pleurer un ennemi romain !
SCÈNE VI.
HORACE, PROCULE.
PBOCULE.
Que venez-vous de faire 1 ?
HOBACE.
Un acte de justice;
Un semblable forfait veut un pareil supplice.
PBOCULE.
Vous deviez la traiter avec moins de rigueur.
HOBACE.
Ne me dis point qu’elle est et mon sang et ma sœur.Mon père ne peut plus l’avouer pour sa fille :
Qui maudit son pays renonce à sa famille ;
Des noms si pleins d’amour ne lui sont plus permis;De ses plus chers parents il fait ses ennemis;
Le sang même les arme en haine de son crime.
La plus prompte vengeance en est plus légitime;
Et ce souhait impie, encore qu’impuissant,
Est un monstre qu’il faut étouffer en naissant.
1 On ne se sert plus du mot de dedans, et il fut toujours unsolécisme quand on lui donne un régime ; on ne peut l’employerque dans un sens absolu. Êtes-vous hors du, cabinet? Non, jesuis dedans. Mais il est toujours mal de dire dedans machambre, dehors de ma chambre. Corneille, au cinquièmeacte, dit :
pans les murs, hors des murs, tout parle de sa gloire.
Il n’aurait pas parlé français, s’il eût dit, dedans les murs,dehors les murs. (V.)
2 D’où vient ce Procule? à quoi sert ce Procule, ce person-nage subalterne qui n’a pas dit un mot jusqu’ici? C’est encoreun très-grand défaut, non pas de ces défauts de convenances tde ces fautes qui amènent des beautés > mais de celles qui amè-nent de nouveaux défauts.
Cette scène a toujours paru dure et révoltante. Aristote re-marque que la plus froide des catastrophes est celle dans la-quelle on commet de sang-froid une action atroce qu’on a
IV, SCÈNE VII.
SCÈNE VII.
SABINE, HORACE, PROCULE.
SABINE.
A quoi s’arrête ici ton illustre colère 1 ?
Viens voir mourir ta sœur dans les bras de ton père,Viens repaître tes yeux d’un spectacle si doux :
Ou, si tu n’es point las de ces généreux coups,Immole au cher pays des vertueux HoracesCe reste malheureux du sang des Curiaces.
Si prodigue du tien, n’épargne pas le leur ;
Joins Sabine à Camille, et ta femme à ta sœur;
Nos crimes sont pareils, ainsi que nos misères;
Je soupire comme elle, et déplore mes frères :
Plus coupable en ce point contre tes dures lois,Qu’elle n’en pleurait qu’un, et que j’en pleure trois,Qu’après son châtiment ma faute continue.
HOBACE.
Sèche tes pleurs, Sabine, ou les cache à ma vue.Rends-toi digne du nom de ma chaste moitié,
Et ne m’accable point d’une indigne pitié.
Si l’absolu pouvoir d’une pudique flamme
Ne nous laisse à tous deux qu’un penser et qu’une âme.
C’est à toi d’élever tes sentiments aux miens ,
Non à moi de descendre à la honte des tiens.
Je t’aime, et je connais la douleur qui te presse;Embrasse ma vertu pour vaincre ta faiblesse 2 ,Participe à ma gloire au lieu de la souiller.
Tâche à t’en revêtir, non à m’en dépouiller 3 .
Es-tu de mon honneur si mortelle ennemie,
Que je te plaise mieux couvert d’une infamie?
Sois plus femme que sœur, et te réglant sur moi,Fais-toi de mon exemple une immuable loi.
voulu commettre. Addison, dans son Spectateur, dit que cemeurtre de Camille est d’autant plus révoltant, qu’il semblecommis de sang-froid, et qu’Horace traversant tout le théâtrepour aller poignarder sa sœur, avait tout le temps de la ré-flexion. Le public éclairé ne peut jamais souffrir un meurtre surle théâtre, à moins qu’il ne soit absolument nécessaire, ou quele meurtrier n’ait les plus violents remords. (V. )
1 Sabine, arrivant après le meurtre de Camille, seulementpour reprocher cette mort à son mari, achève de jeter de lafroideur sur un événement qui, autrement préparé, devait êtreterrible.
L'illustre colère et les généreux coups sont une déclama-tion ironique. Racine a pourtant imité ce vers dans Andrnma-que :
Que peut-on refuser à ces généreux coups?
Cette conversation de Sabine et d’Horace, après le meurtre deCamille, est aussi inutile que la scène de Proculus ; elle ne pro-duit aucun changement. (V.)
2 Est-ce là le langage qu’il doit tenir à sa femme, quand ilvient d’assassiner sa sœur dans un moment de colère? (V. )
3 Sans parler des fautes de langage, tous ces conseils ne peu-vent faire aucun bon effet, parce que la douleur de Sabine n’enpeut faire aucun. (V.)