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Tome premier.
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POMPEE, ACTE II, SCENE II.

Dans son champ de victoire il se dit mon captif.

Oui, tout victorieux il m’écrit de Pharsale 1 * ;

Et si sa diligence à ses feux est égale,

Ou plutôt si la mer ne s’oppose à ses feux »,

L’Égvpte le va voir me présenter ses vœux.

Il vient, ma Charmion, jusque dans nos murailles,Chercher auprès de moi le prix de ses batailles,M’offrir toute sa gloire, et soumettre à mes loisCe cœur et cette main qui commandent aux rois :

Et ma rigueur, mêlée aux faveurs de la guerre,Ferait un malheureux du maître de la terre.

CHARMION.

J’oserais bien jurer que vos charmants appasSe vantent d’un pouvoir dont ils n’useront pas 3 4 ,

Et que le grand César n’a rien qui l’importuneSi vos seules rigueurs ont droit sur sa fortune 4.

Mais quelle est votre attente, et que prétendez-vous,Puisque d’une autre femme il est déjà l'époux,

Et qu’avec Calphurnie 5 un paisible hyménéePar des liens sacrés tient son âme enchaînée ?

CLÉOPÂTRE.

Le divorce, aujourd’hui si commun aux Romains,Peut rendre en ma faveur tous ces obstacles vains :César en sait l’usage et la cérémonie ;

Un divorce chez lui fit place à Calphurnie.

CHARMION.

Par cette même voie il pourra vous quitter.

CLÉOPÂTRE.

Peut-être mon bonheur saura mieux l’arrêter;Peut-être mon amour aura quelque avantageQui saura mieux que moi ménager son courage 6 .

1 II faut dire, Oui, tout vainqueur qu'il est. (V.)

* Cette opposition de la mer et des feux est un jeu de motspuéril, auquel l’auteur n’a peut-être pas pensé. Ce n’est pasassez de ne pas chercher ces petitesses, il faut prendre gardeque le lecteur ne puisse les soupçonner. (V.)

3 Discours de soubrette ; mais Cléopâtre, qui espère avoir unenfant de César, s’exprime en femme abandonnée. (V.) — Cequi termine cette remarque n’a plus d’objet. Cléopâtre ne s’ex-prime point en femme abandonnée. La critique de Voltairetombe sur des vers qui se trouvaient dans les premières éditionsdo Corneille, et qu’il supprima depuis. Voltaire cite ces vers àla page suivante, et pouvait se dispenser de les citer. ( P.)

4 Toutes ces expressions sont fausses et alambiquées. Des ri-gueurs n’ont point de droit, elles n’en ont point sur Infortunede César ; et ce César qui n’a rien qui importune est comique.J’avoue qu’on est étonné de tant de fautes, quand on y regardede près. Remarquons-les, puisqu’il faut être utile; mais 0 son-geons toujours que Corneilte a des beautés admirables, et ques’il a bronché dans la carrière, c’est lui qui l’a ouverte en quel-que façon, puisqu’il a surpassé ses contemporains jusqu’à l’é-poque d ’Andromaque. (V.)

5 Corneille a écrit Calpunüe dans la première édition seule-ment.

6 Son amour qui a un avantage, lequel ménagera mieux lecourage de César qu’elle-mème, est une idée obscure expriméeobscurément. (V.)

Mais laissons au hasard ce qui peut arriverAchevons cet hymen, s’il se peut achever ;

Ne durât-il qu’un jour, ma gloire est sans secondeD’être du moins un jour la maîtresse du monde.

J’ai de l'ambition, et soit vice ou vertu,

Mon cœur sous son fardeau veut bien être abattu ;J’en aime la chaleur, et la nomme sans cesseLa seule passion digne d’une princesse.

Mais je veux que la gloire anime ses ardeurs,

Qu’elle mène sans honte au faite des grandeurs ;

Et je la désavoue alors que sa manieNous présente le trône avec ignominie.

Ne t’étonne donc plus, Charmion, de me voirDéfendre encor Pompée et suivre mon devoir ;

Ne pouvant rien de plus pour sa vertu séduite,

Dans mon âme en secret je l’exhorte à la fuite ■,

Et voudrais qu’un orage, écartant ses vaisseaux,Malgré lui l’enlevât aux mains de ses bourreaux.

Mais voici de retour le fidèle Achorée,

Par qui j’en apprendrai la nouvelle assurée ! .

SCÈNE II*.

CLÉOPÂTRE, ACHORÉE, CHARMION.

CLÉOPÂTRE.

En est-ce déjà fait, et nos bords malheureuxSont-ils déjà souillés d’un sang si généreux?

ACHORÉE.

Madame, j’ai couru par votre ordre au rivage ;

J’ai vu la trahison, j’ai vu toute sa rage 4 ;

1 II semble par la phrase qu’il s’agisse de la vertu séduite dePompée 1 , et c’est de la vertu séduite de l’âme de Cléopâtre. Jel’exhorte à la fuite dans mon âme. Celte expression n’est pasheureuse. Mais si Cléopâtre veut secourir Pompée, que ne luidépêche-t-elle un exprès pour l’avertir de son danger? Elle endît trop, quand elle ne fait rien. (V.) — Sa vertu séduite , quoiqu’en dise Voltaire, ne peut se rapporter qu’à Pompée, et n’au-rait aucun sens si on l’appliquait à Cléopâtre. Que signilie doncsa vertu séduite? Nous croyons que Corneille s’est mal expli-qué , mais qu’il a voulu dire sa coniiance, à laquelle on tend unpiège. En effet, Pompée tombe dans le piège que lui tend la per-fidie de Ptolémée : sa bonne foi séduite ne rencontre que desassassins où elle se flattait de trouver un asile. (P.)

2 On apprend des nouvelles sûres, et non une nouvelle assu-rée. On dit bien, celte nouvelle m’a été assurée par tels ettels. (V.)

3 Si Cléopâtre, au lieu de parler en femme galante, avait sudonner de la noblesse à son amour pour César, et montrer enmême temps la plus grande reconnaissance pour Pompée, etune véritable crainte de sa mort, le récit d’Achorée ferait bienun autre effet. Le cœur n’est point assez ému quand le récit desinfortunes n’est fait qu’à des personnes indifférentes. Le nomde Pompée, et de beaux vers, suppléent à l’intérêt qui manque.Cléopâtre a montré assez d’envie de sauver Pompée pour quele récit qu’on lui fait la touche, mais non pas pour que ce récitsoit un coup de théâtre, non pas pour qu’il fasse répandre deslarmes. (V.)

4 La rage de la trahison ! ( V.) — Oui, la trahison, quand elle

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