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Tome premier.
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POMPÉE, ACTE

Lui faisait de ma tête un semblable présent 1 ?

Grâces à ma victoire, on me rend des hommagesOù ma fuite eût reçu toutes sortes d’outrages ;

Au vainqueur, non à moi, vous faites tout l’honneur :Si César en jouit, ce n’est que par bonheur.

Amitié dangereuse, et redoutable zèle,

Que règle la fortune, et qui tourne avec elle !

Mais parlez, c’est trop être interdit et confus.

PTOLOMEE.

.Te le suis, il est vrai, si jamais je le fus ;

Et vous-même avouerez que j’ai sujet de l’être.

Étant né souverain, je vois ici mon maître :

Ici, dis-je, où ma cour tremble en me regardant,

Où je n’ai point encore agi qu’en commandant 2 ,

Je vois une autre cour sous une autre puissance,

Et ne puis plus agir qu’avec obéissance.

De votre seul aspect je me suis vu surpris :

Jugez si vos discours rassurent mes esprits;

Jugez par quels moyens je puis sortir d’un troubleQue forme le respect, que la crainte redouble,

Et ce que vous peut dire un prince épouvantéDe voir tant de colère et tant de majesté.

Dans ces étonnements dont mon âme est frappéeDe rencontrer en vous le vengeur de Pompée,

Il me souvient pourtant que s’il fut notre appui,

Nous vous dûmes dès lors autant et plus qu’à lui :Votre faveur pour nous éclata la première,

Tout ce qu’il lit après fut à votre prière :

Il émut le sénat pour des rois outragés,

Que sans cette prière il aurait négligés ;

Mais de ce grand sénat les saintes ordonnancesEussent peu fait pour nous, seigneur, sans vos frnan-Par là de nos mutins le feu roi vint à bout ; [ces 3 4 ;Et pour en bien parler, nous vous devons le tout 4.Nous avons honoré votre ami, votre gendre,

Jusqu’à ce qu’à vous-même il ait osé se prendre 5 ;

1 Cela est beau, parce que cela est vrai. Il n’y a là ni décla-mation ni enflure. (Y.)

2 Le point est de trop; c’est un solécisme. (V.)

3 Le mot de finances n’est pas plus fait pour la tragédie quecelui de caissier. (V.)

4 Expression trop faible, trop commune. Ne Unissez jamaisun vers par ces mots, le tout; ils ne sont ni harmonieux, ninobles. Le tout, est du style de bureau. (Y.)

5 On ne peut trop remarquer avec quel soin pénible il fautéviter ce concours de syllabes dures, dont les auteurs ne s’aper-çoivent pas dans la chaleur de la composition. Jusqu’à cequ’à révolte l’oreille : se prendre à quelqu’un est du discoursfamilier ; et s'eu prendre est quelquefois fort noble : Répondezdu succès, ou je m’en prends à vous. De plus, se prendre nesignifie pas attaquer, comme Corneille le prétend ici ; il signiliele contraire, chercher un appui, un secours : en tombant, il se

prit à un arbre, qui le garantit; dans le malheur, on se prend à

tout, c’est-à-dire, on se fait une ressource de tout ce qu’on

trouve ; dans le malheur, on s’en prend à tout, signilie, on ac-cuse tout, on se plaint de tout. (V.)

III, SCÈNE II. 379

Mais voyant son pouvoir, de vos succès jaloux 1 ,Passer en tyrannie, et s’armer contre vous...

CÉSAR.

Tout beau : que votre haine en son sang assouvie 2N’aille point à sa gloire; il suffit desa vie.

N’avancez rien ici que Rome ose nier;

Et justifiez-vous, sans le calomnier.

PTOLOMÉE.

Je laisse donc aux dieux à juger ses pensées,

Et dirai seulement qu’en vos guerres passées,

Où vous fûtes forcé par tant d’indignités,

Tous nos vœux ont été pour vos prospérités ;

Que, comme il vous traitait en mortel adversaire,J’ai cru sa mort pour vous un malheur nécessaire;

Et que sa haine injuste, augmentant tous les jours 3 ,Jusque dans les enfers chercherait du secours 4 ;

Ou qu’enlin, s’il tombait dessous votre puissance,

Il nous fallait pour vous craindre votre clémence;

Et que le sentiment d’un cœur trop généreux,

Usant mal de vos droits, vous rendit malheureux.

J’ai donc considéré qu’en ce péril extrêmeNous vous devions, seigneur, servir malgré vous-mê-Et sans attendre d’ordre en cette occasion, [me ;Mon zèle ardent l’a prise à ma confusion 5 .

Vous m’en désavouez, vous l’imputez à crime :

Mais pour servir César rien n’est illégitime.

J’en ai souillé mes mains pour vous en préserver ;Vous pouvez en jouir, et le désapprouver;

Et plus j’ai fait pour vous, plus l’action est noire,Puisque c’est d’autant plus vous immoler ma gloire,Et que ce sacrifice, offert par mon devoir,

Vous assure la vôtre avec votre pouvoir.

CÉSAR.

Vous cherchez, Ptolomée, avecque trop de ruses 6 *De mauvaises couleurs et de froides excuses.

Votre zèle était faux, si seul il redoutait

Ce que le monde entier à pleins vœux souhaitait? :

Et s’il vous a donné ces craintes trop subtiles,

Qui m’ôtent tout le fruit de nos guerres civiles,

Où l’honneur seul m’engage, et que pour terminer 8

1 Un pouvoir jaloux d’un succès ! (V.)

2 On a déjà remarqué ailleurs que ce mol familier, tout beau,ne doit jamais entrer dans la tragédie. (V.)

3 Et que, n’avant point été précédé d’un autre que, est unefaute de grammaire, mais de ces fautes qui cessent de l’êtredans la poésie animée. (Y.)

4 Les enfers sont ici d’un déclamateur, et non pas d’unhomme qui donne de bonnes raisons. (V )

5 II veut dire, Mon zèle ardent a pris cette occasion; maisc’est une expression bien étrange, fai pris cette occasion pourassassiner Pompée. (V.)

6 Les comédiens disent, avec de faibles ruses, avecqueétait trop dur. (Y.)

7 A pleins vœux ne se dit plus. (V.)

3 Où V honneur seul m’engage, et que pour, etc.; cela n’est