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POMPEE, ACTE 111, SCENE III.
Je ne veux que celui de vaincre et pardonner,
Où mes plus dangereux et plus grands adversaires,Sitôt qu’ils sont vaincus, ne sont plus que mes frères;Et mon ambition ne va qu’à les forcer,
Ayant dompté leur haine, à vivre et m’embrasser.
O combien d’allégresse une si triste guerreAurait-elle laissé dessus toute la terre,
Si Rome avait pu voir marcher en même char,Vainqueurs de leur discorde, et Pompée et César!Voilà ces grands malheurs que craignait votre zèle.O crainte ridicule autant que criminelle!
Vous craigniez ma clémence! ah! n’ayez plus ce soin;Souhaitez-la plutôt, vous en avez besoinSi je n’avais égard qu’aux lois de la justice,
Je m’apaiserais Rome avec votre supplice,
Sans que ni vos respects, ni votre repentir,
Ni votre dignité, vous pussent garantir ;
Votre trône lui-même en serait le théâtre :
Mais, voulant épargner le sang de Cléopâtre,J’impute à vos llatteurs toute la trahison,
Et je veux voir comment vous m’en ferez raison ;Suivant les sentiments dont vous serez capableJe saurai vous tenir innocent ou coupable.Cependant à Pompée élevez des autels ;
Rendez-lui les honneurs qu’on rend aux immortels;Par un prompt sacrifice expiez tous vos crimes ;
Et surtout pensez bien au choix de vos victimes.Allez y donner ordre, et me laissez iciEntretenir les miens sur quelque autre souci.
SCÈNE III.
CÉSAR, ANTOINE, LÉP1DE.
CÉSAR.
Antoine, avez-vous vu cette reine adorable?
ANTOINE.
Oui, seigneur, je l’ai vue : elle est incomparable 1 ;Le ciel n’a point encor, par de si doux accords,
Uni tant de vertus aux grâces d’un beau corps 3 .
pas français; il fallait guerres où l’honneur m’engage, où jene veux'que vaincre et pardonner, où mes plus grands en-nemis, etc. (V.)
1 Souhaitez-la plutôt est sublime; et quoique les vers sui-vants étendent peut-être un peu trop cette pensée, ils ne la dé-parent pas ; tant on aime à voir le crime puni, et un roi con-fondu par un Romain. (V.)
2 Après ce discours noble et vigoureux de César, le lecteurest indigné de voir Antoine faire le personnage d’entremetteur,et de lui entendre dire que cette reine adorable est incompa-rable, que son corps est si beau, qu’il la voudrait aimer.Ce n’est pas là César, ce n’est pas là Antoine ; c’est un amoureuxde comédie qui parle à un valet. On a substitué à ce demi-vers,je l’ai vue, ô César! cet autre, oui, seigneur, je l’ai vue.L’incomparable exigeait plutôt une correction. (V.)
3 Par de si doux accords, hémistiche d’églogue, qui. jointaux grâces d’un béait corps, rend tout ce morceau indignede la tragédie. (V.) — Le lecteur n’est pas indigné. S’il est ihs-
Une majesté douce épand sur son visageDe quoi s’assujettir le plus noble courage ;
Ses yeux savent ravir, son discours sait charmer ;
Et si j’étais César, je la voudrais aimer.
CÉSAR.
Comme a-t-elle reçu les offres de ma flamme > ?
ANTOINE.
Comme n’osant la croire, et la croyant dans l’âme ;Par un refus modeste et fait pour inviter,
Elle s’en dit indigne, et la croit mériter 2 .
CÉSAR.
En pourrai-je être aimé 3 ?
ANTOINE.
Douter qu’elle vous aime,Elle qui de vous seul attend son diadème,
Qui n’espère qu’en vous ! douter de ses ardeurs,Vous qui la pouvez mettre au faîte des grandeurs 4 !Que votre amour sans crainte à son amour prétende;Au vainqueur de Pompée il faut que tout se rende ;Et vous l’éprouverez. Elle craint toutefoisL’ordinaire mépris que Rome fait des rois ;
Et surtout elle craint l’amour de Calphurnie ;
Mais l’une et l’autre crainte à votre aspect bannie,Vous ferez succéder un espoir assez doux 5 ,
Lorsque vous daignerez lui dire un mot pour vous.
CÉSAR.
Allons donc l’affranchir de ces frivoles craintes,
Lui montrer de mon cœur les sensibles atteintes ;Allons, ne tardons plus.
ANTOINE.
Avant que de la voir,
Sachez que Cornélie est en votre pouvoir ;
Septime vous l’amène, orgueilleux de son crime,
Et pense auprès de vous se mettre en haute estime :Dès qu’ils ont abordé, vos chefs, par vous instruits,Sans leur rien témoigner, les ont ici conduits.
CÉSAR.
Qu’elleentre. Ali ! l’importune et fâcheuse nouvelle 6 !
trait, il sait que ces fautes, comme Voltaire ne peut s’empêcherquelquefois d’en convenir, appartiennent moins à Corneille qu’àson siècle, et qu’il en est plusieurs, comme Voltaire vient ausside le dire, qui ne méritent guère plus d’attention que des fautesd’orthographe. Si le lecteur est indigné, c’est du ridicule quejette Voltaire sur Corneille, en donnant à Antoine les nomsd’entremetteur et de valet; il suffisait d’observer que cettescène n’a pas la dignité de la tragédie. (P.)
1 Au moins il fallait comment a-t-elle reçu? (V.)
2 Madrigal de comédie. (V.)
3 En pourrai-je être aimé?est trop comique. (V.)
4 .Douter de ses ardeurs,
Vous qui la pouvez mettre au faîte des grandeurs!
est au-dessous du style de la comédie. (V.)
5 11 faut toujours un régime à succéder. On succède à. Toutcet endroit est mal écrit. (V.)
6 Voici un trait de comédie qui fait un grand tort à la belle