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Tome premier.
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POMPEE, ACTE IV, SCÈNE IV.

Ils sont assez punis en me voyant régner :

Et leur crime...

CÉSAB.

Ah ! prenez d’autres marques de reine :Dessus mes volontés vous êtes souveraine ;

Mais, si mes sentiments peuvent être écoutés,Choisissez des sujets dignes de vos bontés.

Ne vous donnez sur moi qu’un pouvoir légitime,

Et ne me rendez point complice de leur crime *.

C’est beaucoup que pour vous j’ose épargner le roi 2 ,Et si mes feux n’étaient...

SCÈNE IV.

CÉSAR, CORNÉLIE, CLÉOPÂTRE, A CHORÉE,ANTOINE, LÉPIDE, CHARMION,

BOMAINS.

COBNÉLIE.

César, prends garde à toi 3 :Ta mort est résolue, on la jure, on l’apprête;

A celle de Pompée on veut joindre ta tête.

Prends-y garde, César, ou ton sang répanduBientôt parmi le sien se verra confondu.

Mes esclaves en sont; apprends de leurs indicesL’auteur de l’attentat, et l’ordre, et les complices :Je te les abandonne.

CÉSAB.

O cœur vraiment romain,

Et digne du héros qui vous donna la main !

Ses mânes, qui du ciel ont vu de quel courage.Te préparais la mienne à venger son outrage,

Mettant leur haine bas C me sauvent aujourd’huiPar la moitié qu’en terre il nous laisse de lui.

Il vit, il vit encore en l’objet de sa flamme,

Il parle par sa bouche, il agit dans son âme;

Il la pousse, et l’oppose à cette indignité,

voit, par le grand nombre de ces expressions vicieuses, combienl’art de la poésie est difficile. (V.)

1 Je reconnais là le véritable César, et c’était sur ce ton qu’ildevait toujours parler. (V.)

2 Que j’ose épargner n’est pas le mot propre, c’est que jedaigne épargner. (V.)

3 Que cette scène répare bien la précédente ! Que cette géné-rosité de Cornélie élève l’àme ! ce n’est point de la terreur et dela pitié, mais c’est de l’admiration. Corneille est le premier detous les tragiques du monde qui ait excité ce sentiment, et quien ait fait la base de la tragédie. Quandl’admiration se joint à lapitié et à la terreur, l’art est poussé alors au plus haut point oùl’esprit puisse atteindre. L’admiration seule passe trop vile. Boi-leau dit :

Inventez des ressorts qui puissent m’attaclier.

Que ceux qui travaillent pour la scène tragique aient toujoursce précepte gravé dans leur mémoire. (V.)

■t Mettre bas ne se dit plus, comme on l’a déjà observé, et n’ajamais été un terme noble. (V.)

Pour me vaincre par elle en générosité.

COBWÉLIE.

Tu te flattes, César, de mettre en ta croyanceQue la haine ait fait place à la reconnaissance :

Ne le présume plus ; le sang de mon épouxA rompu pour jamais tout commerce entre nous.J’attends la liberté qu’ici tu m’as offerte,

Afin de l’employer tout entière à ta perte ;

Et je te chercherai partout des ennemis,

Si tu m’oses tenir ce que tu m’as promis.

Mais, avec cette soif que j’ai de ta ruine,

Je me jette au-devant du coup qui t’assassine 1 ,

Et forme des désirs avec trop de raisonPour en aimer l’effet par une trahison :

Qui la sait et la souffre a part à l’infamie.

Si je veux ton trépas, c’est en juste ennemie :

Mon époux a des fils ; il aura des neveux :

Quand ils te combattront, c’est là que je le veux,

Et qu’une digne main par moi-même animée,

Dans ton champ de bataille, aux yeux de ton armée,T’immole noblement et par un digne effortAux mânes du héros dont tu venges la mort.

Tous mes soins, tous mes vœux hâtent cette vengean-Ta perte la recule, et ton salut l’avance. [ce :

Quelque espoir qui d’ailleurs me l’ose ou puisse offrir 2 ,Ma juste impatience aurait trop à souffrir :

La vengeance éloignée est à demi perdue;

Et quand il faut l’attendre, elle est trop cher vendue.Je n’irai point chercher sur les bords africainsLe foudre souhaité que je vois en tes mains 3 :

1 Plusieurs critiques prétendent que Cornélie en dit trop;qu’elle ne doit point Montrer tant de soif de la ruine d’unhomme qui vient de venger son époux ; qu’elle retourne ce sen-timent en trop de manières, que la grandeur vraie ou apparentede ce sentiment est affaiblie par trop de déclamation et par tropde sentences ; qu’elle ne devrait pas même dire à César : le sangde mon époux a rompu tout commerce entre nous, parcequ’il semble par ces mots que César ait tué Pompée. Je crois qu’ilest important de remarquer que, si Cornélie s’était réduite dansune pareille scène à parler seulement avec la bienséance de sasituation, c’est-à-dire à ne pas trop menacer un homme telque César, à ne se pas mettre au-dessus de lui; en un mot, siellen’eùt dit que ce qu’elle devait dire, la scène eût été un peufroide. Il faut peut-être dans ces occasions aller un peu au delàde la vérité. Une critique très-juste, c’est que tous ces discoursde vengeance sont inutiles à la pièce. (V.)

2 Un espoir qui ose offrir, et cette alternative d'ose ou puisse,ne sont convenables ni justes. (V.)

3 II y avait d’abord, le foudre punisseur; punisseur était unbeau terme qui manquait à notre langue. Puni doit fournir pu-nisseur, comme vengé fourni I vengeur. J’ose souhaiter, encoreune fois, qu’on eût conservé la plupart de ces termes qui fai-saient un si bel effet du temps de Corneille; mais il a mis lui-méme à la place le foudre souhaité, épithète qui est bien plusfaible. En tes mains. Comment ce foudre souhaité contre Césarest-il dans les mains de César? Quelques éditions portent, enses mains ; mais en ses mains ne se rapporte à rien. (V.) — Cen’est point contre César que Cornélie invoque ici la foudre ; aucontraire, c’est dans les mains de ce même César qu’elle croit

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