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Tome premier.
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388 POMPÉE, ACTE

La tête qu’il menace en doit être frappée :

J’ai pu donner la tienne au lieu d’elle à Pompée 1 ;

Ma haine avait le choix; mais cette haine enfinSépare son vainqueur d’avec son assassin,

Et ne croit avoir droit de punir ta victoireQu’après le châtiment d’une action si noire.

Rome le veut ainsi ; son adorable front

Aurait de quoi rougir d’un trop honteux affront 2 ,

De voir en même jour, après tant de conquêtes,

Sous un indigne fer ses deux plus nobles têtes.

Son grand cœur, qu’à tes lois en vain tu crois soumis,En veut aux criminels plus qu’à ses ennemis,

Et tiendrait à malheur le bien de se voir libre,

Si l’attentat du Nil affranchissait le Tibre.

Comme autre qu’un Romain n’a pu l’assujettir,

Autre aussi qu’un Romain ne l’en doit garantir 3 .

Tu tomberais ici sans être sa victime ;

Au lieu d’un châtiment ta mort serait un crime ;

Et sans que tes pareils en conçussent d’effroi,L’exemple que tu dois périrait avec toi.

Venge-la de l’Égypte à son appui fatale,

Et je la vengerai, si je puis, dePharsale.

Va, ne perds point de temps, il presse. Adieu : tu peuxTe vanter qu’une fois j’ai fait pour toi des vœux 4.

déjà voir la foudre menaçant la tète de Ptolémée, et prête àtomber sur cet assassin. Les vers qui précèdent et qui suivent,lus avec un peu d’attention, expliquent clairement sa pensée. Levœu de Cornélie est bien que César périsse à son tour ; mais au-paravant elle veut qu’il punisse l’assassin de Pompée. (P.)

1 On ne voit pas d’abord à quoi se rapporte cet au lieud’elle; c’est à Ptolémée. (V.)

» L 'adorable front de Rome qui rougirait! Est-ce ainsi quedoit s’exprimer la noble douleur d’une femme profondémentaffligée? cela n’est-il pas un peu trop recherché? (V.)

3 Cette antithèse, ce raisonnement, ces expressions ne sont-elles pas encore moins naturelles? (V.)

4 Ces derniers vers que prononce Cornélie frappent d’admi-ration , et quand ce couplet est bien récité, il est toujours suivid’applaudissements. Quelques personnes ont prétendu que cesmots, tu peux te vanter, ne conviennent pas, qu’ils contien-nent une espèce d’ironie, que c’est affecter sur César une supé-riorité qu’une femme ne peut avoir. On a remarqué que cettetirade, et toutes celles dans lesquelles la hauteur est pousséeau delà des bornes, faisaient toujours moins d’effet à la courqu’à la ville. C’est peut-être qu’à la cour on avait plus de con-naissance et plus d’usage de la manière dont les personnes dupremier rang s’expriment, et que dans le parterre on aime lesbravades, on se plait à voir la puissance abaissée par la gran-deur d’âme. On croit que la veuve de Pompée devait parlercomme Brutus et Caton, et les grands sentiments de Cornéliefont oublier combien les menaces d’une femme sont peu dechose aux yeux de César ; et peut-être même ces menaces sont-elles un peu déplacées envers un homme qui venge Pompée,et à qui Cornélie ne doit que des remerciments. (V.)

IV, SCÈNE V.

SCÈNE V.

CÉSAR, CLÉOPÂTRE, ANTOINE, LÉPIDE,

A CHORÉE, CHARMION.

CÉSAE.

Son courage m’étonne autant que leur audace.

Reine, voyez pour qui vous me demandiez grâce !

CLÉOPÂTRE.

Je n’ai rien à vous dire : allez, seigneur, allezVenger sur ces méchants tant de droits violés, [rent,On m’en veut plus qu’à vous : c’est ma mort qu ils respi-C’est contre mon pouvoir que les traîtres conspirent ;Leurrage, pour l’abattre, attaque mon soutien,

Et par votre trépas cherche un passage au mien I .Mais, parmi ces transports d’une juste colère,

Je ne puis oublier que leur chef est mon frère.

Le saurez-vous, seigneur? et pourrai-je obtenirQue ce cœur irrité daigne s’en souvenir ?

CÉSAE.

Oui, je me souviendrai que ce cœur magnanimeAu bonheur de son sang veut pardonner son crime a .Adieu, ne craignez rien : Achillas et PhotinNe sont pas gens à vaincre un si puissant destin ;

Pour les mettre en déroute, eux, et tous leurs compli-Je n’ai qu’à déployer l’appareil des supplices, [ces,

Et, pour soldats choisis, envoyer des bourreauxQui portent hautement mes haches pour drapeaux.

( César rentre avec les Romains. )

CLEOPATRE.

Ne quittez pas César ; allez, cher Achorée,Repousser avec lui ma mort qu’on a jurée ;

Et quand il punira nos lâches ennemis,

Faites-le souvenir de ce qu’il m’a promis.

Ayez l’œil sur le roi dans la chaleur des armes,

Et conservez son sang pour épargner mes larmes.

ACHORÉE.

Madame, assurez-vous qu’il ne peut y périr,

Si mon zèle et mes soins peuvent le secourir.

1 Cléopâtre songe ici plus à elle qu’au péril de César. On necherche point un passage au trépas par un autre trépas.Cette scène est sans intérêt; il ne s’agit guère que d’Àchillaselde Photin : il est triste que l’acte iinisse si froidement. (Y.)

2 Ce dernier vers est trop obscur : César veut dire que Ptolé-mée est heureux d’être frère de Cléopâtre, et qu’il sera épar-gné; mais pardonner un crime au bonheur d’un sang n’estpas intelligible. (Y.)