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Tome premier.
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LE MENTEUR, ACTE IV, SCENE VII.

Et refuser n’est plus le vice des grands hommes '.Retiens bien ma doctrine ; et, pour faire amitié,

Si tu veux, avec toi je serai de moitié.

SABINE.

Cet article est de trop.

DORANTE.

Vois-tu, je me propose

De faire avec le temps pour toi toute autre chose.Mais comme j’ai reçu cette lettre de toi,

En voudrais-tu donner la réponse pour moi?

SABINE.

Je la donnerai bien, mais je n’ose vous direQue ma maîtresse daigne ou la prendre, ou la lire :

J’y ferai mon effort.

CLITON.

Voyez, elle se rend

Plus douce qu’une épouse, et plus souple qu’un gant.

DORANTE.

(bas, à Cliton. ) ( haut, àSabine.)

Le secret a joué. Présente-la, n’importe ;

Elle n’a pas pour moi d’aversion si forte.

Je reviens dans une heure en apprendre l’effet.

SABINE.

Je vous conterai lors tout ce que j’aurai fait J .

SCÈNE VII.

CLITON, SABINE.

CLITON.

Tu vois que les effets préviennent les paroles ;

C’est un homme qui fait litière de pistoles 3 :

Mais comme auprès de lui je puis beaucoup pour toi...

SABINE.

Fais tomber de la pluie, et laisse faire à moi.

CLITON.

Tu viens d’entrer en goût.

SABINE.

Avec mes révérences,

Je ne suis pas encor si dupe que tu penses.

Je sais bien mon métier, et ma simplicitéJoue aussi bien son jeu que ton avidité.

CLITON.

Si tu sais ton métier, dis-moi quelle espéranceDoit obtenir mon maître à la persévérance.Sera-t-elle insensible? en viendrons-nous à bout?

1 Que veut dire le vice des grands hommes, quand il s’agitd’une femme de chambre? (Y.)

2 Ces scènes, qui ne consistent qu’à donner de l’argent à dessuivantes qui font des façons et qui acceptent, sont devenuesaussi insipides que fréquentes ; mais alors la nouveauté empê-chait qu’on en sentit toute la froideur. (V.)

3 Litière de pistoles, expression aujourd’hui proscrite, etentièrement hors d’usage. (V.)

SABINE.

Puisqu’il est si brave homme, il faut te dire tout.Pour te désabuser, sache donc que LucrèceN’est rien moins qu’insensible à l’ardeur qui lepresse ;Durant toute la nuit elle n’a point dormi ;

Et, si je ne me trompe, elle l’aime à demi.

CLITON,

Mais sur quel privilège est-ce qu’elle se fonde,

Quand elle aime à demi, de maltraiter le monde?

Il n’en a cette nuit reçu que des mépris.

Chère amie, après tout, mon maître vaut son prix.Ces amours à demi sont d’une étrange espèce;

Et, s’il me voulait croire, il quitterait Lucrèce.

SABINE.

Qu’il ne se hâte point, on l’aime assurément.

CLITON.

Mais on le lui témoigne un peu bien rudement;

Et je ne vis jamais de méthodes pareilles.

SABINE.

Elle tient, comme on dit, le loup par les oreilles 1 ;Elle l’aime, et son cœur n’y saurait consentir,

Parce que d’ordinaire il ne fait que mentir.

Hier même elle le vit dedans les Tuileries,

Où tout ce qu’il conta n’était que mcnteries.

Il en a fait autant depuis à deux ou trois.

CLITON.

Les menteurs les plus grands disent vrai quelquefois.

SABINE.

Elle a lieu de douter, et d’être en défiance.

CLITON.

Qu’elle donne à ses feux un peu plus de croyance :

Il n’a fait toute nuit que soupirer d’ennui.

SABINE.

Peut-être que tu mens aussi bien comme lui 2 ?

CLITON.

Je suis homme d’honneur ; tu me fais injustice.

SABINE.

Mais, dis-moi, sais-tu bien qu’il n’aime plus Clarice?

CLITON.

Il ne l’aima jamais.

SABINE.

Pour certain ?

CLITON.

Pour certain.

SABINE.

Qu’il ne craigne donc plus de soupirer en vain.Aussitôt que Lucrèce a pu le reconnaître,

Elle a voulu qu’exprès je me sois fait paraître,

Pour voir si par hasard il ne me dirait rien ;

1 Le proverbe ne parait-il pas un peu trivial, et la scène unpeu trop longue dans la situation où sont les choses? (Y.)

2 On a déjà dit que comme est ici un solécisme, et qu’il fautque. (V.)