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Tome premier.
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THÉODORE, ACTE I, SCÈNE I.

sans faire aucun effort pour les guérir <!e leur faiblesse, jefinisse en vous assurant que je suis et serai toute ma vie,

Monsieur,

Votre très-humble et très-obligé serviteur,

CORNEILLE.

PERSONNAGES.

VALENS, gouverneur d’Antioche.

PLACIDE, tils de Yalens et amoureux de Théodore.CLÉOBULE, ami de Placide.

DIDYME, amoureux de Théodore.

PAULIN, confident de Valons.

LYCANTE, capitaine d’une cohorte romaine.

MARCELLE, femme de Valens.

THÉODORE, princesse d’Antioche.

STÉPHANIE, conlidente de Marcelle.

La scène est à Antioche, dans le palais du gouverneur.

ACTE PREMIER.

SCÈNE PREMIÈRE'.

PLACIDE, CLÉOBULE.

PLACIDE.

Il est vrai, Clèobule, et je veux l’avouer,

La fortune me flatte assez pour m’en louer :

Mon père est gouverneur de toute la Syrie 2 ;

Et comme si c’était trop peu de flatterie 3 ,

Moi-même elle m’embrasse,et vient de me donner,Tout jeune que je suis, l’Égypte à gouverner.

Certes, si je m'enflais de ces vaines fuméesDont on voit à la cour tant d’âmes si charmées 4,

r Celte pièce ne mérite aucun commentaire ; elle pèche parl’indécence du sujet, par la conduite, par la froideur, par lestyle. On ne fera ^ue très-peu de remarques. (V.)

2 Dans Polyeuctc > Félix est gouverneur de toute l’Arménie,et ici Valens est gouverneur de toute la Syrie : un mot de tropgâte un beau vers, et rend un médiocre mauvais. (V.)

3 Trop peu de flatterie de donner le gouvernement de toutela Syrie! et la fortune qui embrasse Placide! quelles ex-pressions! quel style! quelle négligence! (V.)

4 II faut convenir que ce style est bas et incorrect ; et mal-heureusement la plus grande partie de la pièce est écrite dansce goût. On a exigé un commentaire sur toutes les pièces deCorneille; mais toutes n’en méritent pas. Que verra-t-on par cecommentaire? que nul auteur n’est jamais tombé si bas aprèsêtre monté si haut. La seule consolation d’un travail si ingratestquedumoins tant de fautes peuvent être de quelque utilité;elles feront voir aux étrangers que les beautés ne nous aveu-glent pas sur les défauts; que notre nation est juste en admi-rant et en désapprouvant; et les jeunes auteurs, en voyant ces

CORNEILLE. — TOME I.

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Si l’éclat des grandeurs avait pu me ravir,

J’aurais de quoi me plaire et de quoi m’assouvirAu-dessous des Césars, je suis ce qu’on peut être ;

A moins que de leur rang le mien ne saurait croître 3 ;Et pour haut qu’on ait mis des titres si sacrés,

On y monte souvent par de moindres degrés 3 .

Mais ces honneurs pour moi ne sont qu’une infamie,Parce que je les tiens d’une main ennemie 4,'

Et leur plus doux appât qu’un excès de rigueur,

Parce que pour échange on veut avoir mon cœur.

On perd temps toutefois; ce cœur n’est point à vendre 5 .Marcelle, en vain par là tu crois gagner un gendre ;Ta Flavie à mes yeux fait toujours même horreur.Ton frère Marcellin peut tout sur l’empereur.

Mon père est ton époux, et tu peux sur son âmeCe que sur un mari doit pouvoir une femme :

Va plus outre 6 ; et par zèle ou par dextérité,

Joins le vouloir des dieux à leur autorité 7 :

Assemble leur faveur, assemble leur colère 6 :

Pour aimer je n’écoute empereur, dieux, ni père ;

Et je la trouverais un objet odieuxDes mains de l’empereur, et d’un père, et des dieux.CLÉOBULE.

Quoique pour vous Marcelle ait le nom de marâtre,Considérez, seigneur, qu’elle vous idolâtre;

Voyez d’unœil plus sain ce que vous lui devez,

Les biens etles honneurs qu’elle vous a sauvés.Quand Dioclétian fut maître de l’empire...

PLACIDE.

Mon père était perdu, c’est ce que tu veux dire.

Sitôt qu’à son parti le bonheur eut manqué,

chutes déplorables et si fréquentes, en seront plus sur leursgardes. (V.)

1 Un éclat gui peut ravir ! un homme qui aurait de quoi,se plaire et de quoi s ’assouvir! Nul auteur n’a jamais écritplus mal et mieux : voilà pourquoi on disait que Corneille avaitun démon qui lit pour lui les belles scènes de ses tragédies, etqui lui laissa faire tout le reste. (V.)

2 Cela n’est pas français : un rang ne croit pas ; on passe, ons’élève d'un rang à un autre. (V.) — Un rang peut s’accroîtrequand on y joint de nouvelles prérogatives, de nouveaux hon-neurs ; en un mol lorsqu’il devient supérieur à ce qu’il était. (P.)

3 On y monte souvent par de moindres degrés,

n’est pas plus exact que le reste; on ne monte pas à un titre.

4 Parce que est une conjonction dure à l’oreille, et traînanteen vers; il faut toujours l’éviter; mais, quand il est répété, ildevient intolérable. On pardonne toutes ces fautes dans des ou-vrages remplis de beautés, comme les précédents. (V.)

5 On peut dire, dans le style noble : vendre son sang, ven-dre son honneur à la fortune; mais un cœur à vendre estbas. (V.)

6 Terme autrefois familier, et qui n’est plus français. (V.)

7 Pourquoi le vouloir des dieux? Cet hymen n’est point or-donné par un oracle; les dieux sont ici de trop : le vouloirn’est plus d’usage. (V.)

8 II faudrait leurs faveurs au pluriel, parce qu’on ne peutassembler une seule chose. (V.)

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