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THEODORE, ACTE I, SCÈNE II.
Ou que, s’il se rendait d’une humeur trop sévère,L’Égypte où l’on m’envoie est un asile ouvertPour mettre notre flamme et notre heur à couvert.Là, saisis d’un rayon des puissances suprêmes,
Nous ne recevrons plus de lois que de nous-mêmes.Quelques noires vapeurs que puissent concevoirEt la mère et la fille ensemble au désespoir,
Tout ce qu’elles pourront enfanter de tempêtes,Sans venir jusqu’à nous crèvera sur leurs têtes ,
Et nous érigerons en cet heureux séjourDe leur rage impuissante un trophée à l’amour.
Parle, parle pour moi, presse, agis, persuade ;Fais quelque chose enfin pour mon esprit malade;Fais-lui voir mon pouvoir, fais-lui voir mon ardeur :Son dédain est peut-être un effet de sa peur;
Et, si tu lui pouvais arracher cette crainte,
Tu pourrais dissiper cette froideur contrainte,
Tu pourrais... Mais je vois Marcelle qui survient.
SCÈNE IL
MARCELLE,PLACIDE, CLÉOBULE,STÉPHANIE.
MARCELLE.
Ce mauvais conseiller toujours vous entretient 1 !
PLACIDE.
Vous dites vrai, madame, il tache à me surprendre ;Son conseil est mauvais, mais je sais m’en défendre.
MARCELLE.
Il vous parle d’aimer?
PLACIDE.
Contre mon sentiment.
MARCELLE.
Levez, levez le masque, et parlez franchement :
De votre Théodore il est l’agent fidèle ;
Pour vous mieux engager elle fait la cruelle,
Vous chasse en apparence, et, pour vous retenir,
Par ce parent adroit vous fait entretenir.
PLACIDE.
Par ce fidèle agent elle est donc mal servie :
Loin de parler pour elle, il parle pour Flavie ;
Et ce parent adroit en matière d’amourAgit contre son sang pour mieux faire sa cour.
C’est, madame, en effet le mal qu’il me conseille;
1 Cette scène de bravade entre Marcelle et Placide parait con-tre toute bienséance ; c’est une picoterie bourgeoise, et desbourgeois bien élévés parleraient plus noblement. Marcelle que-relle Placide, tandis qu’elle devrait tâcher de lui plaire. Quelrôle désagréable que celui d’une femme qui veut à toute fort * 1qu’on épouse sa tille, qui dit des injures grossières àcelui dontelle veut faire son gendre, et qui en essuie de plus fortes ! Mar-celle dit que Placide a le cœur trop bas pour aimer en bon lieu,qu’il a une âme vile et basse ; Placide répond sur le même ton :cela seul devait faire tomber la pièce, qui d’ailleurs est une desplus mal écrites. (V.)
Mais j’ai le cœur trop bon pour lui prêter l’oreille.
MARCELLE.
Dites le cœur trop bas pour aimer en bon lieu.
PLACIDE.
L’objet où vont mes vœux serait digne d’un dieu.
MARCELLE.
Il est digne de vous , d’une âme vile et basse.
PLACIDE.
Je fais donc seulement ce qu’il faut que je fasse.
Ne blâmez que Flavie : un cœur si bien placéD’une âme vile et basse est trop embarrassé ;
D’un choix qui lui fait honte il faut qu’elle s’irrite,Et me prive d’un bien qui passe mon mérite.
MARCELLE.
Avec quelle arrogance osez-vous me parler !
PLACIDE.
Au-dessous de Flavie ainsi me ravaler.
C’est de cette arrogance un mauvais témoignage.
Je ne me puis, madame, abaisser davantage.
MARCELLE.
Votre respect est rare, et fait voir clairementQue votre humeur modeste aime l’abaissement.
Eh bien! puisqu’à présent j’en suis mieux avertie,
Il faudra satisfaire à cette modestie;
Avec un peu de temps nous en viendrons à bout.
PLACIDE.
Vous ne m’ôterez rien, puisque je vous dois tout.Qui n’a que ce qu’il doit a peu de perte à faire.
MARCELLE.
Vous pourrez bientôt prendre un senti ment contraire
PLACIDE.
Je n’en changerai point pour la perte d’un bienQui me rendra celui de ne vous devoir rien.
MARCELLE.
Ainsi l’ingratitude en soi-même se flatte.
Mais je saurai punir cette âme trop ingrate ;
Et pour mieux abaisser vos esprits soulevés,
Je vous ôterai plus que vous ne me devez.
PLACIDE.
La menace est obscure ; expliquez-la, de grâce.
MARCELLE.
L’effet expliquera le sens de la menace.
Tandis, souvenez-vous-, malgré tous vos mépris,Que j’ai fait ce que sont et le père et le fils :
Vous me devez l’Égypte ; et Valens, Antioche.
PLACIDE.
Nous ne vous devons rien après un tel reproche.
Un bienfait perd sa grâce à le trop publier :
Qui veut qu’on s’en souvienne, il le doit oublier.
MARCELLE.
Je l’oublierais, ingrat, si pour tant de puissanceJe recevais de vous quelque reconnaissance.
PLACIDE.
Et je m’en souviendrais jusqu’aux derniers abois,