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Tome premier.
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RODOGUNE, ACTE III, SCÈNE III.

Fuyez, grande princesse, et souffrez cet adieu.

BODOGUNE.

Va, je reconnaîtrai ce service en son lieu.

SCÈNE II 1 .

RODOGUNE, ORQNTE.

KODOGÜNE.

Que ferons-nous, Oronte, en ce péril extrême,

Où l’on fait de mon sang le prix d’un d iadème ?Fuirons-nous chez mon frère? attendrons-nous laOu ferons-nous contre elleun généreux effort?[mort,

OBONTE.

Notre fuite, madame, est assez difficile ;

J’ai vu des gens de guerre épandus par la ville.

Si l’on veut votre perte, on vous fait observer ;

Ou, s’il vous est permis encor de vous sauver,

L’avis de Laonice est sans doute une adresse 2 :Feignant de vous servir elle sert sa maîtresse.

La reine, qui surtout craint de vous voir régner,Vous donne ces terreurs pour vous faire éloigner;

Et pour rompre un hymen qu’avec peine elle endure,Elle en veut à vous-même imputer la rupture.

Elle obtiendra par vous le but de ses souhaits,

Et vous accusera de violer la paix ;

Et le roi, plus piqué contre vous que contre elle,Vous voyant lui porter une guerre nouvelle,

Blâmera vos frayeurs et nos légèretés,

D’avoir osé douter de la foi des traités;

1 Au lieu (l’une situation tragique et terrible, que la fureur deCléopâtre faisait attendre, on ne voitici qu’une scène de politi-que entre Rodogune et l’ambassadeur Oronte. Rodogune a deuxgrands objets, son amour et la haine de Cléopâtre : ces deuxobjetsue produisent ici aucun mouvement ; ils sont écartés pardes discours de politique. Ou a déjà observé que le grand artde la tragédie est que le cœur soit toujours frappé des mêmescoups, et que des idées étrangères n’affaiblissent pas le senti-ment dominant. Cet Oronte, qui ne paraît qu’au troisième acte,lui dit qu’il aurait perdu l’esprit s’il lui conseillait la résis-tance; et il lui conseille de faire l’amour politiquement.Mais d’où sait-il que les deux iils de Cléopâtre aiment Rodogune?Les deux frères avaientétéjusque-là si discrets, qu’ils s’étaientcaché l’un à l’autre leur passion ; comment cet ambassadeurpeut-il donc en parler comme d’une chose publique ? et sil’ambassadeur s’en est aperçu, comment leur mère l’a-t-elleignorée? (V.) — Il vient de l’apprendre de Laonice à l’instantmême. C’est en sa présence que Laonice vient de dire à Rodo-gune :

Au reste, assurez-vous de l’amour des deux princes;

Plutôt que de vous perdre ils perdront leurs provinces. (P.)

1 Pourquoi cet inutile Oronte, qui croit parler ici en ambas-sadeur fort adroit, soupçonne-t-il que l’avis est faux, et que c’estun piège que Cléopâtre tend ici à Rodogune ? ne connaît-il pasles crimes de Cléopâtre? ne la doit-il pas croire capable detout? ne doit-il pas balancer les raisons? il joue ici le rolede cequ’on appelle un gros fin, et rien n’est ni moins tragique niplus mal imaginé. (V.)

Et peut-être, pressé des guerres d’Arménie,

Vous laissera moquée, et la reine impunie.

A ces honteux moyens gardez de recourir.

C’est ici qu’il vous faut ou régner ou périr.

Le ciel pour vous ailleurs n’a point fait de couronne ;Et l’on s’en rend indigne alors qu’on l’abandonne.

BODOGUNE.

Ah! que de vos conseilsj’aimerais la vigueurSi nous avions la force égale à ce grand cœur !

Mais pourrons-nous braver une reine en colèreAvec ce peu de gens que m’a laissés mon frère ?

OBONTE.

J’aurais perdu l’esprit si j’osais me vanterQu’avec ce peu de gens nous pussions résister.

Nous mourrons à vos pieds, c’est toute l’assistanceQue vous peut en ces lieux offrir notre impuissance :Mais pouvez-vous trembler quand dans ces mêmes lieuxVous portez le grand maître et des rois etdes dieux 1 ?L’amour fera lui seul tout ce qu’il vous faut faire.Faites-vous un rempart des fils contre la mère ;Ménagez bien leur flamme, ils voudront tout pourEt ces astres naissants sont adorés de tous, [vous ;Quoi que puisse en ces lieux une reine cruelle,Pouvant tout sur ses fils, vous y pouvez plus qu’elle.Cependant trouvez bon qu’en ces extrémitésJe tâche à rassembler nos Parthes écartés ;

Ils sont peu, mais vaillants, et peuvent de sa rageEmpêcher la surprise et le premier outrage.

Craignez moins, et surtout, madame, en ce grandSi vous voulez régner, faites régner l’amour, [jour,

SCÈNE III.

RODOGUNE.

Quoi ! je pourrais descendre à ce lâche artificeD’aller de mes amants mendier le service 2 ,

Et sous l’indigne appât d’un coup d’œil affété,

1 Comment une femme porte-t-elle ce grand mailre? L’a-mour maître des dieux est une expression de madrigal indigned’un ambassadeur. — Remarquons encore qu’on n’aime pointà voir un ambassadeur jouer un rôle si peu considérable. (Y.)

2 Voici Rodogune qui oublie, dans le commencement de cemonologue, et son danger et son amour : elle prend la hauteurde ces princesses de roman qui ne veulent rien devoir à leursamants ; celles de sa naissance ont , dit-elle, horreur des bas-sesses ; et cette scrupuleuse et modeste princesse qui a ditquYYest des nœuds secrets , qu’/7 est des sympathies , dont par ledoux rapport les âmes assorties, etc. et qui craint de s’a-vouer à elle-même la sympathie qu’elle a pour Antiochus ;cette fille si timide va (la scène d’après) proposer à ses deuxamants d’assassiner leur mère, et elle dit ici qu’elle ne veut pasmendier leur service ! Quoi ! elle craint de leur avoir la moindreobligation, et elle va leur demander le sang de Cléopâtre ! C’estau lecteur à se rendre compte de l’impression que ces contras-tes font sur lui. (V.)