HERACLIUS, ACTE I, SCENE I.
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PERSONNAGES.
PHOCAS, empereur (l’Orient.
HERACLIUS, lils (le l’empereur Maurice, cru Martian, fils dePhocas, amant d’Eudoxe.
MARTIAN, lils de Phocas, cru Léonce, lils de Léoutine,amant de Pulchérie.
PULCHÉRIE, tille de l’empereur Maurice, maîtresse deMartian.
LÉONTINE, dame de Constantinople, autrefois gouvernanted’Héraclius et de Martian.
EUDOXE, tille de Léontine, et maîtresse d’Héraclius.
CRISPE, gendre de Phocas.
EXUPÈRE, patricien de Constantinople.
AMINTAS, ami d’Exupère.
Un page de Léontine.
La scène est à Constantinople.
ACTE PREMIER.
SCÈNE PREMIÈRE.
PHOCAS, CRISPE.
PHOCAS.
Crispe, il n’est que trop vrai, la plus belle couronneN’a que de faux brillants dont l’éclat l’environne 1 ;Et celui dont le ciel pour un sceptre fait choix,Jusqu’à ce qu’il le porte, en ignore le poids 3 .
Mille et mille douceurs y semblent attachées,
Qui ne sont qu’un amas d’amertumes cachées :
1 On trouve souvent dans Corneille de ces maximes vagues etde ces lieux communs, où le poëte se met à la place du person-nage. S’il y a dans Racine quelque passage qui ressemble au dé-but de Phocas, c’est celui d’Agamemnon dans Iphigénie :
Heureux qui, satisfait de squ humble fortune,
Libre du joug superbe où je suis attaché,
Vit dans l’état obscur où lés dieux l’ont caché !
Mais que cette réflexion est pleine de sentiment! qu’elle estbelle ! qu’elle est éloignée de la déclamation ! Au contraire, lespremiers vers de Phocas paraissent une amplilication ; les versen sont négligés! Ce sont les faux brillants qui environnentune couronne ; c’est celui dont le ciel a fait choix pour unsceptre, et qui en ignore le poids; ce sont mille et mille dou-ceurs qui sont un amas d’amertumes cachées. J’ajouteraiencore que cette déclamation conviendrait peut-être mieux àun bon roi qu’à un tyran et à un meurtrier qui règne depuislongtemps, et qui doit être très-accoutumé aux dangers d’unegrandeur acquise par les crimes, et à ces amertumes cachéessous mille douceurs. (V.)
2 Jusqu'à ce qu’il le porte : on doit autant qu’on le peut évi-ter ces cacophonies ; elles sont si désagréables à l’oreille, qu’ondoit même y avoir une grande attention dans la prose. Quesera-ce donc dans la poésie? tout y doit être coulant et harmo-nieux. (Y.)
Qui croit les posséder les sent s’évanouir 1 ;
Et la peur de les perdre empêche d’en jouir :
Surtout qui, comme moi, d’une obscure naissanceMonte par la révolte à la toute-puissance,
Qui de simple soldat à l’empire élevéNe l’a que par le crime acquis et conservé ;
Autant que sa fureur s’est immolé de têtes,
Autant dessus la sienne il croit voir de tempêtes 2 ;
Et comme il n’a semé qu’épouvante et qu’horreur,
Il n’en recueille enfin que trouble et que terreur 3 .J’en ai semé beaucoup ; et depuis quatre lustresMon trône n’est fondé que sur des morts illustres ;
Et j’ai mis au tombeau, pour régner sans effroi,
Tout ce que j’en ai vu de plus digne que moi AMais le sang répandu de l’empereur Maurice,
Ses cinq fils à ses yeux envoyés au supplice,
En vain en ont été les premiers fondements,
Si pour m’ôter ce trône ils servent d’instruments.
On en fait revivre un au bout de vingt années :Bysance ouvre, dis-tu, l’oreille à ces menées 5 ;
Et le peuple amoureux de tout ce qui me nuit,
D’une croyance avide embrasse ce faux bruit,Impatient déjà de se laisser séduire 6Au premier imposteur armé pour me détruire,
Qui s’osant revêtir de ce fantôme aimé i ,
1 Si ces douceurs sont des amertumes, comment se plaint-onde les sentir s’évanouir? Quand on veut examiner les vers fran-çais avec des yeux attentifs et sévères, on est étonné des fautesqu’on y irouve. (V.)
J Cette phrase n’est pas correcte, qui comme moi s’est élevéau trône, il croit voir des tempêtes : cet il est une faute, sur-tout quand ce gui comme est si éloigné. Cela est en mêmetemps négligé et forcé : négligé, parce que ce mot vague detempêtes n’est là que pour la rime ; forcé, parce qu’il est diffi-cile de voir autant de tempêtes qu’on a fait de crimes. (Y.) —Faites la construction de la phrase sans en rien supprimer, etvous verrez que cet il est nécessaire. (P.)
3 C’est le fond de la même pensée exprimé par une autreligure. On doit éviter toutes ces amplifications. Ce tour (lephrase, comme il n’a semé, comme il voit en nous, etc., esttrès-souverit employé par Corneille : il ne faut pas le prodiguer,parce qu’il est prosaïque. (V.)
4 Ce vers est beau ; je ne sais pas cependant si un empereur,qui a eu assez de mérite et de courage pour parvenir à l’empire,du rang de simple soldat, avoue st aisément qu’il a immolé tantde personnes plus dignes que lui de la couronne ; il doit lesavoir crues dangereuses, mais non plus dignes que lui de lapourpre. En général, il n’est pas dans la nature qu’un souve-rain s’avilisse ainsi soi-même : c’est à quoi tous les jeunes gensqui travaillent pour le théâtre doivent prendre garde ; les mœursdoivent toujours être vraies. (V.)
5 On ouvre l’oreille à un bruit, et non à des menées ; on lesdécouvre. (V.)
6 Se laisser séduire à quelqu’un n’est plus d’usage, et aufond c’est une faute : je me suis laissé aimer, persuader,avertir par vous, et non pas aimer, persuader, avertir àvous. (V.)
7 Peut-on se vêtir d’un fantôme? l’image est-elle assez juste?comment pourrait-on se mettre un fantôme sur le corps? Toute