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ANDROMÈDE, ACTE Y, SCÈNE II.
PHINEE.
Que veux-tu? ne sois point le témoin de ma honte :Andromède revient ; va trouver nos amis,
Va préparer leurs bras à ce qu’ils m’ont promis.
Ou mes nouveaux respects fléchiront l’inhumaine,Ou ses nouveaux mépris animeront ma haine ;
Et tu verras mes feux, changés en juste horreur,Armer mes désespoirs, et hâter ma fureur.
AMMON.
Je vous plains; mais enfin j’obéis, et vous laisse.
SCÈNE II.
CASSIOPE, ANDROMÈDE, PHINÉE,
SUITE DE LA HEINE.
PHINÉE.
Une seconde fois, adorable princesse 1 ,
Malgré de vos rigueurs l’impérieuse loi....
ANDROMÈDE.
Quoi ! vous voyez la reine, et vous parlez à moi !
PHINÉE.
C’est de vous seule aussi que j’ai droit de me plaindre.Je serais trop heureux de la voir vous contraindre,
Et n’accuserais plus votre infidélitéSi vous vous excusiez sur son autorité.
Au nom de cette amour autrefois si puissante,Aidez un peu la mienne à vous faire innocente ;Dites-moi que votre âme à regret obéit,
Qu’un rigoureux devoir malgré vous me trahit ;Donnez-moi lieu de dire : « Elle-même elle en pleure,« Elle change forcée, et son cœur me demeure ; »
Et soudain, de la reine embrassant les genoux,
Vous m’y verrez mourir sans me plaindre de vous.Mais que lui puis-je, hélas! demander pour remèdeQuand la main qui me tue est celle d’Andromède,
Et que son cœur léger ne court au changementQu’avec la vanité d’y courir justement?
CASSIOPE.
Et quel droit sur ce cœur pouvait garder PhinéeQuand Persée a trouvé la place abandonnée,
Et n’a fait autre chose, en prenant son parti,
Que s’emparer d’un lieu dont vous étiez sorti ;
Mais sorti, le dirai-je, et pourrez-vous l’entendre?Oui, sorti lâchement, de peur de le défendre?
Ainsi nous n’avons fait que le récompenserD’un bien où votre bras venait de renoncer,
Que vous cédiez au monstre, à lui-même, à tout autre:Si c’est une injustice, examinons la vôtre.
La voyant exposée aux rigueurs de son sort,
Vous vous étiez déjà consolé de sa mort ;
1 On ne doit jamais rien dire une seconde fois : cette scènen’est qu’une répétition de la précédente. (V. )
Et, quand par un héros le ciel l’a garantie,
Vous ne vous pouvez plus consoler de sa vie.
PHINÉE.
Ah! madame!...
CASSIOPE.
Eh bien ! soit, vous avez soupiréAutant que l’a pu faire un cœur désespéré.
Jamais aucun tourment n’égala votre peine ;
Certes quelque douleur dont votre âme fût pleine,
Ce désespoir illustre et ces nobles regretsLui devaient un peu plus que des soupirs secrets.
A ce défaut, Persée....
PHINÉE.
Ah ! c’en est trop, madame ;Ce hom rend, malgré moi, la fureur à mon âme :
Je me force au respect; mais toujours le vanter,C’est me forcer moi-même à ne rien respecter.Qu’a-t-il fait, après tout, si digue de vous plaire,Qu’avec un tel secours tout autre n’eût pu faire ?
Et, tout héros qu’il est, qu’eût-il osé pour vous,
S’il n’eût eu que sa flamme et son bras comme nous?Mille et mille auraient fait des actions plus belles,
Si le ciel comme à lui leur eût prêté des ailes ;
Et vous les auriez vus encor plus généreux,
S’ils eussent vu le monstre et le péril sous eux :
On s’expose aisément quand on n’a rien à craindre.Combattre un ennemi qui ne pouvait l’atteindre,Voir sa victoire sûre et daigner l’accepter,
C’est tout le rare exploit dont il se peut vanter ;
Et je ne comprends point ni quelle en est la gloire,Ni quel grand prix mérite une telle vcitoire.
CASSIOPE.
Et votre aveuglement sera bien moins compris,
Qui d’un sujet d’estime en fait un de mépris.
Le ciel, qui mieux que nous connaît ce que nousMesure ses faveurs au mérite des hommes ; [sommes,Et d’un pareil secours vous auriez eu l’appui,
S’il eût pu voir en vous mêmes vertus qu’en lui.
Ce sont grâces d’en haut rares et singulières,
Qui n’en descendent point pour des âmes vulgaires ;Ou, pour en mieux parler, la justice des cieuxGarde ce privilège au digne sang des dieux :
C’est par là que leur roi vient d’avouer sa race.
ANDROMÈDE.
Je dirai plus, Phinée ; et, pour vous faire grâce,
Je veux ne rien devoir à cet heureux secoursDont ce vaillant guerrier a conservé mes jours ;
Je veux fermer les yeux sur toute cette gloire ,Oublier mon péril, oublier sa victoire,
Et, quel qu’en soit enfin le mérite ou l’éclat,
Ne juger entre vous que depuis le combat.
Voyez ce qu’il a fait, lorsque après ces alarmes,Me voyant tout acquise aux bonheur de ses armes,Ayant pour lui les dieux, ayant pour lui le roi,