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EXAMEN D’ANDROMÈDE.
dans le corps de l’ouvrage, si elles avaient eu à les ins-truire de quelque chose qui fût important. 11 n’en va pasde même des machines, qui ne sont pas dans cette tragédiecomme des agréments détachés; elles en font en quelquesorte le nceud et le dénomment, et y sont si nécessairesque vous n’en sauriez retrancher aucune que vous ne fas-siez tomber tout l’édifice.
Les diverses décorations dont les pièces de celte natureont besoin, nous obligeant à placer les parties de l’actionen divers lieux particuliers, nous forcent de pousser unpeu au delà de l’ordinaire l’étendue du lieu général qui lesrenferme ensemble, et en constitue l’unité. Il est malaiséqu’une v ille y suffise : il y faut ajouter quelques dehorsvoisins, comme est ici le rivage de la mer. C’est la seuledécoration que la fable m’a fournie; les quatre autres sontde pure invention. 11 aurait été superflu de les spécifierdans les vers, puisqu’elles sont présentes à la vue ; et je netiens pas qu’il soit besoin qu’elles soient si propres à ce quis’y passe, qu’il ne se soit pu passer ailleurs aussi commodé-ment; il suffit qu’il rfy aie pas de raison pourquoi il sedoive plutôt passer ailleurs qu’au lieu où il se passe. Parexemple, le premier acte est une place publique prochedu temple, où se doit jeter le sort pour savoir quelle vic-time on doit ce jour-là livrer au monstre : tout ce qui s’ydit se dirait aussi bien dans un palais ou dans un jardin ;mais il se dit aussi bien dans cette place qu’en ce jardin oudans ce palais. Nous pouvons choisir un lieu selon le vrai-semblable ou le nécessaire; et il suffit qu’il n’y aie aucunerépugnance du côté de l’action au choix que nous en fai-sons pour le rendre vraisemblable, puisque cette action nenous présente pas toujours un lieu nécessaire, comme estla mer et ses rochers au troisième acte, où l’on voit l’ex-position d’Andromède, et le combat de Persée contre lemonstre, qui ne pouvait se faire ailleurs. Il faut néan-moins prendre garde à choisir d’ordinaire un lieu décou-vert , à cause des apparitions des dieux qu’on introduit.Andromède, au second acte, serait aussi bien dans son ca-binet que dans le jardin, où je la fais s’entretenir avec sesnymphes et avec son amant ; rirais comment se ferait l’ap-parition d’Æole dans ce cabinet ? et comment les vents l’enpourraient-ils enlever, à moins que de la faire passer parla cheminée, comme nos sorciers? Par cette raison, il ypeut avoir quelque chose à dire à celle de Junon, au qua-trième acte, qui se passe dans la salle du palais royal ; maiscomme ce n’est qu’une apparition simple d’une déesse,quipeut se montrer et disparaître où et quand il lui plaît, etne fait que parler aux acteurs, rien n’empêche qu’elle nese soit faite dans un lieu fermé. J’ajoute que quand il y au-rait quelque contradiction de ce côté-là, la disposition denos théâtres serait cause qu’elle ne serait pas sensible auxspectateurs. Bien qu’ils représentent en effet des lieux fer-més , comme une chambre ou une salle, il ne sont ferméspar haut que de nuages; et quend on voit descendre lechar de Junon du milieu de ces nuages, qui ont été conti-nuellement en vue, on ne fait pas une réflexion assezprompte ni assez sévère sur le lieu, qui devrait êtrefermé d’un lambris, pour y trouver quelque manque dejustesse.
L’oracle de Vénus, au premier acte, est inventé avec
CORNEILLE. — TOME 1.
j assez d’artifice pour 1 porter les esprits dans un sens con-traire à sa vraie intelligence; mais il ne le faut pas prendrepour le vrai nœud de la pièce, autrement elle serait ache-vée dès le troisième, où l’on en verrait le dénomment.L’action principale est le mariage de Persée avec Andro-mède; son nœud consiste en l’obstacle qui s’y rencontredu côté de Phinée, à qui elle est promise, et son dénoû-ment en la mort de ce malheureux amant, après laquelleil n’y a plus d’obstacle. Je puis dire toutefois à ceux quivoudront prendre absolument cet oracle de Vénus pour lenœud de cette tragédie, que le troisième acte n’en éclair-cit que les premiers vers, et que les derniers ne se font en-tendre que par l’apparition de Jupiter et des autres dieux,qui termine la pièce.
La diversité de la mesure et de la croisure des vers quej’y ai mêlés me donne occasion de tâcher à les justifier, etparticulièrement les stances dont je me suis servi en beau-coup d’autres poèmes, et contre qui je vois quantité degens d’esprit et savants au théâtre" témoigner aversion.Leurs raisons sont diverses. Les uns ne les improuventpas tout à fait, mais ils disent que c’est trop mendier l’ac-clamation populaire en faveur d’une antithèse, ou d’untrait spirituel qui ferme chacun de leurs couplets, et quecette affectation est une espèce de bassesse qui ravale tropla dignité de la tragédie. Je demeure d’accord que c’estquelque espèce de fard; mais puisqu’il embellit notre ou-vrage, et nous aide à mieux atteindre le but de notre art,qui est de plaire, pourquoi devons-nous renoncer à cetavantage? Les anciens se servaient sans scrupule, et mêmedans les choses extérieures, de tout ce qui les y pouvaitfaire arriver; Euripide vêtait ses héros malheureux d'ha-bits déchirés, afin qu’il fissent plus de pitié; et aristo-pbane fait commencer sa comédie des Grenouilles par Xan-thias monté sur un âne, afin d’exciter plus aisément l’au-diteur à rire. Cette objection n’est donc pas d’assez d’im-portance pour nous interdire l’usage d’une chose qui toutà la fois nous donne de la gloire, et de la satisfaction à nosspectateurs.
H est vrai qu’il faut leur plaire selon les règles ; et c’estce qui rend l’objection des autres plus considérable, en cequ’ils veulent trouver quelque chose d’irrégulier dans cettesorte de vers. Ils disent que, bien qu’on parle en vers surle théâtre, on est présumé ne parler qu’en prose ; qu’il n’ya que cette sorte de vers que nous appelons, alexandrins àqui l’usage laisse tenir nature de prose; que les stances nesauraient passer que pour vers; et que, par conséquent,nous n’en pouvons mettre avec vraisemblance en la bou-che d’un acteur, s’il n’a eu le loisir d’en faire, ou d’en fairefaire par un autre, et de les apprendre par cœur.
J’avoue que les X’ers qu’on récite sur le théâtre sont pré-sumés être prose : nous ne parlons pas d’ordinaire en vers,et sans cette fiction leur mesure et leur rime sortiraient duvraisemblable. Mais par quelle raison peut-on dire que lesvers alexandrins tiennent nature de prose, et que ceux desstances n’en peuvent faire autant? Si nous en croyonsAristote, il faut se servir au théâtre des vers qui sont lesmoins vers, et qui se mêlent au langage commun, sans ypenser, plus souvent que les autres. C’est par cette raisonque les poètes tragiques ont choisi l’ïambique, plutôt que
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