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Tome premier.
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DON SANCHE

Je pense avoir aussi bien payé vos services.

Malgré vos envieux et leurs mauvais offices,

J’ai fait beaucoup pour vous, et tout ce que j’ai faitNe vous a pas coûté seulement un souhait.

Si cette récompense est pourtant si petiteQu’elle ne puisse aller jusqu’à votre mérite,

S’il vous en reste encor quelque autre à souhaiter,Parlez , et donnez-moi moyen de m’acquitter.

CARLOS.

Après tant de faveurs à pleines mains versées,

Dont mon cœur n'eût osé concevoir les pensées,Surpris, troublé, confus, accablé de bienfaits,

Que j’osasse former encor quelques souhaits!

I). ISABELLE.

Vous êtes donc content ; et j’ai lieu de me plaindre.

CARLOS.

De moi?

D. ISABELLE.

De vous, marquis. Je vous parle sansfeindre:Écoutez. Votre bras a bien servi l’État,

Tant que vous n’avez eu que le nom de soldat ;

Dès que je vous fais grand, sitôt que je vous donneLe droit de disposer de ma propre personne,

Ce même bras s’apprête à troubler son repos ,Comme si le marquis cessait d’être Carlos,

Ou que cette grandeur ne fût qu’un avantageQui dût à sa ruine armer votre courage.

Les trois comtes en sont les plus fermes soutiens :Vous attaquez en eux ses appuis et les miens ;

C’est son sang le plus pur que vous voulez répandre :Et vous pouvez juger l’honneur qu’on leur doit ren-Puisque ce même État me demandant un roi, [dre,Les a jugés eux trois les plus dignes de moi.

Peut-être un peu d’orgueil vous a mis dans la têteQu’à venger leur mépris ce prétexte est honnête ;Vous en avez suivi la première chaleur :

Mais leur mépris va-t-il jusqu’à votre valeur ?

N’en ont-ils pas rendu témoignage à ma vue?

Ils ont fait peu d’état d’une race inconnue,

Ils ont douté d’un sort que vous voulez cacher :Quand un doute si juste aurait dû vous toucher,J’avais pris quelque soin de vous venger moi-même.Remettre entre vos mains le don du diadème,

Ce n’était pas, marquis, vous venger à demi.

Je vous ai fait leur juge, et non leur ennemi ;

Et si sous votre choix j’ai voulu les réduire,

C’est pour vous faire honneur et non pour les d étruire.C’est votre seul avis, non leur sang que je veux ;

Et c’est m’entendre ma! que vous armer contre eux.

N’auriez-vous point penséque, si ce grand courageVous pouvait sur tous trois donner quelque avantage,On dirait que l’État, me cherchant un époux,

N’en aurait pu trouver de comparable à vous?

ACTE II, SCÈNE II.

Ah! si je vous croyais si vain, si téméraire....

CABLOS.

Madame, arrêtez là votre juste colère;

Je suis assez coupable, et n’ai que trop osé,

Sans choisir pour me perdre un crime supposé.

Je ne me défends point des sentiments d’estimeQue vos moindres sujets auraient pour vous sans cri-Lorsque je vois en vous les célestes accords [me.Des grâces de l’esprit et des beautés du corps,

Je puis, de tant d’attraits, I’ûme toute ravie,

Sur l’heur de votre époux jeter un œil d’envie;

Je puis contre le ciel en secret murmurerDe n’être pas né roi pour pouvoir espérer ;

Et, les yeux éblouis de cet éclat suprême ,

Baisser soudain la vue, et rentrer en moi-même :Mais que je laisse aller d’ambitieux soupirs,

Un ridicule espoir, de criminels désirs !...

Je vous aime, madame, et vous estime en reine;

Et quand j’aurais des feux dignes de votre haine,

Si votre âme, sensible à ces indignes feux,

Se pouvait oublier jusqu’à souffrir mes vœux ;

Si, par quelque malheur que je ne puis comprendre,Du trône jusqu’à moi je la voyais descendre,Commençant aussitôt à vous moins estimer,

Je cesserais sans doute aussi de vous aimer.

L’amour que j’ai pour vous est tout à votre gloire :Je ne vous prétends point pour fruit de ma victoire;Je combats vos amants, sans dessein d’acquérirQue l’heur d’en faire voir le plus digne, et mourir ;Et tiendrais mon destin assez digne d’envie,

S’il le faisait connaître aux dépens de ma vie.Serait-ce à vos faveurs répondre pleinementQue hasarder ce choix à mon seul jugement?

Il vous doit un époux, à la Castille un maître :

Je puis en mal juger, je puis les mal connaître.

Je sais qu’ainsi que moi le démon des combatsPeut donner au moins digne et vous et vos États ;Mais du moins si le sort des armes journalièresEn laisse par ma mort de mauvaises lumières,

Elle m’en ôtera la honte et le regret ;

Et même, si votre âme en aime un en secret,

Et que ce triste choix rencontre mal le vôtre,

Je ne vous verrai point, entre les bras d’un autre,Reprocher à Carlos par de muets soupirsQu’il est l’unique auteur de tous vos déplaisirs.

D. ISABELLE.

Ne cherchez point d’excuse à douter de ma flamme,.Marquis; je puis aimer, püisqu’enfin je suis femme;Mais, si j’aime, c’est mal me faire votre courQu’exposer au trépas l’objet de mon amour;

Et toute votre ardeur se serait modéréeA m’avoir dans ce doute assez considérée :

Je le veux éclaircir, et vous mieux éclairer,