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SOPHONISBE, ACTE II, SCÈNE I.
Il faut servir Carthage, et hasarder l’État.
Mais que deviendrez-vous, si je meurs au combat?Qui sera votre appui, si le sort des bataillesVous rend un corps sans vie au pied de nos murailles?
SOPHONISBE.
Je vous répondrais bien qu'après votre trépasCe que je deviendrai ne vous regarde pas :Maisj’aime mieux, seigneur, pour voustirer de peine,Vous dire que je sais vivre et mourir en reine.SYP1IAX.
N’en parlons plus, madame. Adieu : pensez à moi.
Et je saurai pour vous vaincre, ou mourir en roi 1 ,
ACTE SECOND ’.
SCÈNE PREMIÈRE.
ÉRYXE, RARCÉE.
ÉIIYXE.
Quel désordre, Rarcée, ou plutôt quel supplice, •M’apprêtait la victoire à revoir Massinisse !
' Celte .«cènedevrait être intéressante et sublime. Sophonisbeveut forcer son mari il prendre le port i de. Carthage contre lesRomains. C’est un grand objet, et digne de Corneille ; si cet oI>-jet n’est pas rempli, c’est en partie la faute du style : c’est cetterépétition : M'aimez-vans, seigneur?... Oui , m'aimez-vousencore ? c’est cette imitation du discours de Pauline à Po-lyeucle :
Moi qui, pour en étreindre ii jamais Jes grands nœuds,
Ai d'un amour si juste éteint les plus beaux feuxi
imitation mauvni.se : car le saerliiee tpie Pauline a fait de sonamour pour Sévère est touchant; et le sacrifice de Massinisse,que Sophonisbe a fait à l’ambition, est d’un genre tout différent.Enfin Sypliax est faillie; Sophonisbe vent gouverner.sonmari.I.a scène n’est pas assez fortement écrite, et tout est froid. Jene parle point de Carthage abandonnée , qui vaut pour l'unet pour l’autre une grande journée ; Je ne parle pas du slyle,qui devrait réparer les vices du fond et qui les augmente. (V.)
« On retrouve dans ce second acte (les étincelles du feu quiavail animé l’auteur de Cinna et de Polgenrte, etc. Cependantla pièce de Corneille n’cul qu’un médiocre succès, el la Sopho-nisbe de Mairet conliuiia à élre représentée. Je crois en trou-ver la raison Jusque dans les beaux endroits même de la Sopho-nisbe de Corneille. Eryxe, celte ancienne maîtresse de Massi-nisse, démêle très-bien l’amour de Massinisse pour sa rivale;tout ce qu’elle dit est vrai, mais ce vrai ne peut toucher. Elleannonce elle-même que Sophonisbe est aimée; dès lors plusd’incrrlltnde dans l’esprit du spectateur, plus de suspension,plus de crainle. Mairet avait eu l’art de tenir les esprits en sus-pens : on ne sait d'abord chez lui si Massinisse pardonnera ounon h sa captive. C’est beaucoup que, dans le temps grossier oùMairet écrivait, Il devinât ce grand urt d’intéresser. Sa pièceétait, A la vérité, remplie do vers de comédie et de longues dé-clamations, mais ce goût subsista très-longtemps, et il n’y avaitqu'un petit nombre d’esprits éclairés qui s’aperçussent de ces
Et que de mon destin l’obscure trahisonSur mes souhaits remplis a versé de poison !
Sypliax est prisonnier ; Cyrthe tout éperdueA ce triste spectacle aussitôt s’est rendue.Sophonisbe, en dépit de toute sa fierté,
Va gémir à son tour dans la captivité :
Le ciel finit la mienne, et je n’ai plus de chaînesQue celles qu’avec gloire on voit porter aux reines ;
Et, lorsqu’aux mêmes fers je crois voir mon vainqueur,
Je doute, en le voyant, si j’ai part en son cœur!
En vain l’impatience à le chercher m’emporte,
En vain de ce palais je cours jusqu’à la porte,
Et m’ose figurer, en cet heureux moment,
Sa flamme impatiente et forte également :
Je l’ai vu, mais surpris, mais troublé de ma vue;
Il n’était point lui-méine alors qu’il m’a reçue;
Et ses yeux égarés marquaient un embarrasA faire assez juger qu’il ne me cherchait pas.
J’ai vanté sa victoire, et je me suis flattéeJusqu’à m’imaginer que j'étais écoutée :
Mais, quand pour me répondre il s’est fait un effort,Son compliment au mien n’a point eu de rapport;
Et j’ai trop vu par là qu’un si profond silenceAttachait sa pensée ailleurs qu’à ma présence,
Et que l’emportement d’un entretien secretSous un front attentif cachait l’esprit distrait.
barcée. [mes.
Les soins d’un conquérant vous donnent trop d’alar-C’est peu que devant lui Cyrthe ait mis bas les armes,Qu’elle se soit rendue, et qu’un commun effroiL’ait fait à tout son peuple accepter pour son roi :
Il lui faut s’assurer des places et des portes,
Pour en demeurer maître y poster ses cohortes :
Ce devoir se préfère aux soucis les plus doux ;
Et, s’il en était quitte, il serait tout à vous.
ÉRYXE.
Il me l’a dit lui-même alors qu’il m’a quittée;
Mais j’ai trop vu d’ailleurs son lime inquiétée;
Et de quelque couleur que tu couvres ses soins,
Sa nouvelle conquête en occupe le moins.Sophonisbe, en un mol, et captive et pleurante,
défauts. On aimait encore, ainsi que nous l’avons remarquésouvent, ces longues tirades raisonnées qui, h l’aide de cinq ousix vers pompeux, et de la déciamalion ampoulée d’un acleur,subjuguaient l’imagination d’un parterre, alors peu instruit, quiadmirait ce qu’il entendait et ce qu’il n’entendait pas. Des versdurs, entortillés, obscurs, passaient à la faveur de quelquesvers heureux. On ne. connaissait pas la purelé et l’élégance con-tinue du style. La pièce de Mairet subsista donc, ainsi que plu-sieurs ouvrages de Desmarets, de Tristan, de du Ryer, de Ro-trou,jusqu’à ce que le goût du public fut formé. La Sophonisbede Corneille tomba ensuite comme les autres pièces de tous cesauteurs : elle est plus fortement écrite, niais non plus pure-ment; et, avec l’incorrection et l’obscurité du style, elle a legrand défaut d’être absolument sans intérêt, comme le lecteurpeut le sentir à chaque page. (V.)