OTHON, ACTE IV, SCÈNE V.
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PLAUTINE.
Pour négliger votre ordre il sait trop son devoir.
CAMILLE.
Il vous a tôt quittée, et son ingratitude...
PLAUTINE.
Vous met-elle, madame, en quelque inquiétude?
CAMILLE.
Non ; mais j’aime à savoir comment on m’obéit.
PLAUTINE.
La curiosité quelquefois nous trahit ;
Et par un demi-mot que du cœur elle tire,
Souvent elle dit plus qu’elle ne pense dire.
CAMILLE.
La mienne ne dit pas tout ce que vous pensez.
PLAUTINE.
Surtout ce que je pense elle s’explique assez.
CAMILLE.
Souvent trop d’intérêt que l’amour force à prendreEntend plus qu’on ne dit et qu’on ne doit entendre.Si vous saviez quel est mon plus ardent désir...
PLAUTINE.
D’Othon et de Pison je vous donne à choisir.
Mon peu d’ambition vous rend l’un avec joie :
Et pour l’autre, s’il faut que je vous le renvoie,Mon amour, je l’avoue, en pourra murmurer-,
Mais vous savez qu’au vôtre il aime à déférer.
CAMILLE.
Je pourrai me passer de cette déférence.
PLAUTINE.
Sans doute; et toutefois, si j’en crois l’apparence...
CAMILLE.
Brisons là; ce discours deviendrait ennuyeux.
PLAUTINE.
Martian que je vois vous entretiendra mieux.Agréez ma retraite, et souffrez que j’éviteUn esclave insolent de qui l’amour m’irrite.
SCÈNE V.
CAMILLE, MARTIAN, ALBIANE.
CAMILLE.
A ce qu’elle me dit, Martian, vous l’aimez?
MABTIAN.
Malgré ses fiers mépris mes yeux en sont charmés.Cependant pour l’empire, il est à vous encore :Ualba s’est laissé vaincre, et Pison vous adore.
CAMILLE.
Ue votre haut crédit c’est donc un pur effet ?
1 Que dire de cette scène, sinon qu’elle est aussi froide queles autres?Camillecroittromper Martian, et Martian croit trom-Camille , sans qu’il y ait encore le moindre danger pour por-s °nne, sans qu’il y ait eu aucun événement, sans qu’il y ail euUn seul moment d’intérêt. (V.)
MABTIAN.
Ne désavouez point ce que mon zèle a fait.
Mes soins de l’empereur ont fléchi la colère,
Et renvoyé Plautine obéir chez son père.
Notre nouveau César la voulait épouser ;
Mais j’ai su le résoudre à s’en désabuser ;
Et Galba, que le sang presse pour sa famille,
Permet à Vinius de mettre ailleurs sa fille.
L’un vous rend la couronne, et l’autre tout son cœur.Voyez mieux quelle en est la gloire et la douceur,Quelle "félicité vous vous êtes ôtéePar une aversion un peu précipitée ;
Et pour vos intérêts daignez considérer...
CAMILLE.
Je vois quelle est ma faute, et puis la réparer;
Mais je veux, car jamais on ne m’a vue ingrate,
Que ma reconnaissance auparavant éclate,
Et n’accorderai rien qu’on ne vous fasse heureux.Vous aimez, dites-vous, cet objet rigoureux ;
Et Pison dans sa main ne verra point la mienneQu’il n’ait réduit Plautine à vous donner la sienne,
Si pourtant le mépris qu’elle fait de vos feuxNe vous a pu contraindre à former d’autres vœux.
MABTIAN.
Ah ! madame, l’hymen a de si douces chaînes,
Qu’il lui faut peu de temps pour calmer bien des hai-Et du moins mon bonheur saurait avec éclat [nés ;Vous venger de Plautine et punir un ingrat.
CAMILLE.
Je l’avais préféré, cet ingrat, à l’empire;
Je l’ai dit, et trop haut pour m’en pouvoir dédire ;
Et l’amour, qui m’apprend le faible des amants,
Unit vos plus doux vœux à mes ressentiments,
Pour me faire ébaucher ma vengeance en Plautine,Et l’achever bientôt par sa propre ruine.
MABTIAN.
Ah ! si vous la voulez, je sais des bras tout prêts ;
Et j’ai tant de chaleur pour tous vos intérêts...
CAMILLE.
Ah! que c’est me donner une sensiblejoie!
Ces bras que vous nf offrez, faites que je les voie,Que je leur donne l’ordre et prescrive le temps, [tents,Je veux qu’aux yeux d’Othon vos désirs soient con-Que lui-même il ait vu l’hymen de sa maîtresseLivrer entre vos bras l’objet de sa tendresse,
Qu’il ait ce désespoir avant que de mourir :
Après, à son trépas voqs me verrez courir.
Jusques-là gardez-vous de rien faire entreprendre.l)u pouvoir qu’on me rend vous devez tout attendre.A liez vous préparer à ces heureux moments ;
Mais n’exécutez rien sans mes commandements.